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Comme il aura été aisé de le remarquer, je n'ai plus écrit grand-chose dans ce blog depuis bientôt un an, et de fait, je n'ai plus touché non plus à ma page de gestion de blog depuis un an. Ayant eu la curiosité de le faire ce soir... je me suis rendu compte, un peu étonnée en effet, que j'avais quelques commentaires en attente de modération (pour tout dire, j'avais aussi complètement oublié avoir choisi cette option...). Quelques commentaires, donc quelques lecteurs, que je prie donc de m'excuser d'avoir si longtemps ignoré leur contribution.
C'est donc le simple objet de ce message, qui est aussi l'occasion d'annoncer que je vais certainement mettre fin à ce blog prochainement. Un nouveau et proche départ au Japon m'attend, et avec lui je souhaiterais commencer également un nouveau blog, dans l'esprit des "recommencements". Je pense que j'ai assez entassé ici au fil des années, et j'ai l'ambition (certes légère, car je me sais peu douée pour cela) de faire quelque chose d'un peu plus cohérent. Mais je pense, au final, qu'on y retrouvera aussi mes états d'âmes, mes coups de coeur littéraires voire cinématographiques, et mes commentaires interculturels (qui sont peut-être une soupape de sécurité pour vivre sereinement la quotidienneté japonaise... peut-être). Mais enfin, j'aimerais le faire de façon plus suivie, plus liée.
Encore faut-il que j'en aie le temps, ce qui reste, à ce jour, l'inconnue principale. Mais j'espère bien m'y remettre.
Au revoir et merci, donc, à tous ceux qui ont participé, lu ou commenté, les petites histoires de ce modeste blog commencé il y a bientôt cinq ans. En espérant que nous aurons à nouveau de nombreuses opportunités d'échanger - et matière à cela.


PS : je ne compte pas poster ici le lien de mon nouveau blog qui n'est pas encore né, mais (s'il en vient à exister) il sera certainement accessible via mon profil blogger, étant donné que pour des raisons pratiques, j'ai la flemme de changer d'hébergeur. Si certains de ceux qui passent par là ont des blogs à faire partager, je serais heureuse de les suivre depuis mon bout du monde, n'hésitez donc pas à laisser vos url ou profils en commentaire.
Les Tokyoïtes utilisent énormément leurs vélos. C'est un de leurs côtés "éco", avec le tri sélectif compliqué et systématique.Dans tous les quartiers, même les plus bondés, ils sont là, chancelants sur leur bicyclette au milieu de la foule ; partout, on trouve des parkings spécial vélos (et payants), avec antivols fournis. C'est toute une institution.Le problème, c'est que cette circulation à vélo,
c'est n'importe quoi.
Comme je l'avais déjà remarqué lors de mon passage à Hokkaido, ici les vélos roulent habituellement sur le trottoir. Enfin, de temps en temps, ils sont aussi sur la route.Je crois sincèrement que si je dois être victime d'un accident de la route ici, ce ne sera pas par collision avec une voiture, mais avec un de ces maudits cyclistes. Que ça soit la grande foule, que le trottoir soit étroit, coûte que coûte, ils ne veulent pas mettre le pied à terre, et tentent des embardées fantasques pour éviter le pauvre piéton que je suis. Il n'est pas rare de se trouver pris en sandwich à la sortie d'un passage piéton entre deux vélos tentant de se croiser.Y'a aussi les mères sur vélo parlant à leur enfant sur vélo en regardant derrières elles, et pas devant, sur un trottoir plein de poteaux électriques, et vous vous arrivez en face, laissez-moi vous dire que c'est pas franchement rassurant.Y'en a d'autres qui, pour couper court à toute négociation, se contentent de rouler à toute vitesse et à vous de vous écartez du passage... bref, en un mot, ils sont insupportables ! Vive les bonnes vieilles voitures polluantes !
J'ai assisté ce matin à un désastre télévisuel tel que je ressens le besoin d'en blogger. Une bonne compréhension du sujet nécessite que je pose quelques bases quant à la "culture" japonaise telle que je l'appréhende dans ma nouvelle réalité quotidienne.1) Premier présupposé : la télévision, très regardée au Japon (ma colocataire passe littéralement TOUT son temps libre devant lorsqu'elle reste à la maison), est une véritable honte. Hormis le principe des dramas que j'affectionne, à toute heure et sur toutes les chaînes on tombe sur quantité d'émissions débiles sur le modèle "talk show", des gens plus ou moins célèbres parlant de n'importe quoi et surtout de rien, le ton allant du film pour bonne ménagère (du genre "C'est au programme", nullité du matin sur France 2) à la vulgarité bien lourdasse à coup de grands éclats de rire aussi naturels que bruyants. Bref, que du bonheur. J'ai dû tomber une ou deux fois, pas plus, sur une émission qui semblait digne d'intérêt, style documentaire, et encore je n'ai pas bien pu analyser car ladite coloc a direct changé de chaîne (mmmh, pays étranger, guerre ou quelque chose comme ça, bouh, pas intéressant !)...2) Pour ceux qui l'ignoreraient, à l'inverse de l'Europe et d'ailleurs de bien des régions du monde, les Japonais valorisent la peau claire, bien blanche, enfin du moins pour les filles (comme partout, les critères de beauté sont bien plus destinés à ces demoiselles qu'à ces messieurs). Ici, aucun complexe à me balader en mini-short avec mon bronzage inexistant de mois de juin : j'ai la classe. On s'habitue tellement à voir des paires de jambes blanquinasses à tout va que les étrangères bronzées deviennent presque choquantes.3) (notez que ce point est légèrement hors-sujet) La mode féminine au
Japon est un vrai fiasco, à tel point que je ne crois pas pouvoir le décrire, un entassement de maquillage, d'accessoires, de vêtements à frou-frous à donner mal aux yeux et au coeur. Un élément emblématique qui pourrait peut-être donner une idée de la gravité de la situation : ici il existe une marque de vêtements BARBIE pour ADULTES. Bon, fin de l'introduction.Ce matin donc je prends mon petit déjeuner avec Chieko, devant une émission à la con qu'elle avait préalablement choisie. Thème d'un "encart" de ce brillant talk-show : la couleur de la peau. Voix off : "aujourd'hui dans les quartiers branchés à Tokyo, on croise aussi des filles très bronzées. Noir ou blanc, qu'est-ce qui est le mieux ?" Mmmh, ça promet. Pour répondre à cette très pertinente et philosophique question, sont choisies deux paires d'effigies censées représenter les deux côtés de la balance. Quatre affreux pots de peinture sur pattes, apprêtées d'une manière dont on doute qu'on puisse vraiment VIVRE dans de telles conditions, faux cils et fausse couleurs de cheveux, qui ne diffèrent guère en effet que par la couleur de leur peau.Etape 1 : micro-trottoir : on demande à de jeunes hommes dans la rue leur préférence ; les chanceux doivent coller une vignette dans la case "blanchâtre" ou "cramée aux UV". A chaque décision, gloussements épiques de satisfaction des semi-humaines en arrière-plan. Résultat : les Blanches win (guère surprenant).Etape 2 (et c'est là que ça devient triste) : les quatre tachonnes (je me rends compte que je manque de vocabulaire approprié pour les dénommer), toujours par paire, vont dans une école primaire, faire devant les petites filles un discours pour défendre leur choix de couleur de peau... c'est là que leurs capacités intellectuelles se dévoilent.Blanchettes : "C'est plus mignon, la peau blanche, avec des vêtements occidentaux, c'est plus joli par exemple (dit-elle en pinçant entre deux doigts, à titre d'exemple, une robe à motifs style "Petite maison dans la prairie" en beaucoup, beaucoup moins long évidemment), et puis les garçons dans la rue ben ils ont dit qu'ils préféraient (gloussement, gloussement)".Cramettes : "Euh, c'est cool d'être bronzées... puis les garçons y'en a quand même qui ont dit qu'ils aimaient, euh voilà."Résultat : après une telle différence de performance, et avec toute la force des traditions ancestrales pour elles, win des Blanchettes. Les petites filles interrogées semblent avoir été convaincues par le "ça va mieux avec les habits Barbie", même si on doit s'emmerder tout l'été avec des ombrelles et des couches de crèmes pégueuse indice 50.On se rend donc compte par la même occasion qu'il y a un léger souci dans le système éducatif au Japon. Ce sera peut-être un prochain épisode.
Comme pour beaucoup de produits, c'est toujours amusant de voir comment la mise en page des bouquins peut changer, d'un pays à l'autre. Je détestais la mise en page britannique : poches trop gros, gros caractères en surbrillance pour les titres, j'avais toujours l'impression de lire un bestseller. Je préfère de loin la présentation discrète des Folio français, avec leur uniformité, leur couverture lisse, et leurs illustrations quelque peu mystérieuses.En bonne lectrice internationale, je me demandais donc ce qu'il en serait des livres nippons. Première bonne surprise : par bonheur, la grossièreté anglo-saxonne nous est épargnée. Et, en bons Japonais soucieux de n'occuper que ce qu'il faut d'espace, les poches sont vraiment petits, fins, bref pratiques. Ils ont la spécificité d'avoir une double couverture (comme les brochés chez nous), un peu inutile mais bon joli.Cependant, à la caisse d'une librairie et sur le point de m'offrir mon premier poche en VO, je découvre une spécificité supplémentaire. Lors de mon achat, je fais savoir à la caissière que je n'ai pas besoin de sac plastique, et là, elle me brandit une sorte de couverture de livre, me demandant si ça, je le veux. Intriguée, je répond oui. Et voilà que mon petit livre se retrouve affublée d'une seconde couverture, sur laquelle se trouvent des messages anti-tabac...A quoi peut bien servir cette seconde couverture ? Avant d'examiner précisément la chose, j'imagine qu'il s'agit de quelque chose supposé protéger le livre, de la pluie, ou de je ne sais quoi dans le genre. Mais à bien observer le comportement de mes voisins dans le métro, je me rends compte que presque tous lisent des livres cachés par ces doubles couvertures (car le Japonais dans le métro, assis, debout, écrasé en heure de pointe, est imperturbable ; il dort ou il lit). Je conçois alors que la chose ait un autre but : cacher le contenu du livre lu. De là, est-ce à dire que les Japonais liraient du porno ou trucs du genre en pleine foule ?
Un grand bonjour aux éventuels lecteurs résiduels de ce blog, si tant est qu'il y en ait encore ; et à tous ceux qu'un missclick ou autre aura redirigés vers cette page.
Après quelques bons mois d'absence et d'une vie bordelaise probablement trop amusante pour me laisser le temps (et le besoin) d'écrire, j'ambitionne de débuter ici une chronique de mes aventures japonaises, principalement sur le thème de quotidien et des choses qui, chaque jour ici, m'étonnent et me font sourire. J'ai décidé de commencer par les transports parce que, eh bien, c'est l'une des premières choses auxquelles, dans ce pays comme dans bien d'autres, on se trouve confronté. Et aussi bien sûr, vous serez nombreux à en avoir eu vent, les transports de Tokyo et du Japon en général sont connus pour leur ponctualité, leur efficacité et leur côté pratique (leur prix aussi, hélas, lorsqu'on en a fait soi-même l'expérience !) ; toutes choses qui font clairement défaut à la SNCF, la RATP et leurs homologues locaux (une petite pensée pour TBC et la ligne B du tram bordelais à cet égard !).
Donc, les transports, qualités et défauts, us et coutumes, c'est parti. Je tiens tout d'abord à justifier mon titre : cet article aurait pu s'appeler, tout simplement "le métro japonais", par exemple. Mais ce n'est pas aussi simple. Car pour le novice, fraîchement débarqué de son avion à Narita, les transports japonais sont au premier abord un magnifique casse-tête chinois, passez-moi l'expression. Sur cette même grande zone métropolesque se chevauchent allègrement, en effet, des lignes de métro, des lignes de chemin de fer nationaux, et des trains de banlieue exploités par différentes compagnies privées. A ma première arrivée dans ce méli-mélo dans l'incroyable gare de Shinjuku, croyez bien que j'ai pensé ma dernière heure venue, tentant de trouver la fameuse ligne "Odakyu" qui devait m'amener jusque chez ma famille d'accueil. Les gares japonaises ont ceci d'antiquement européen qu'elles illustrent parfaitement la maxime "tous les chemins mènent à Rome" : la ligne ou la sortie que vous recherchez est toujours indiquée, mais le problème c'est qu'elle l'est toujours dans deux ou trois directions qui, non-averti que vous êtes, vous auriez a priori jugées comme opposées. Ce qui, vous l'aurez compris, ne facilite guère l'orientation intuitive.
Les transports tokyoïtes requièrent donc un brin d'habitude, le temps de démêler quel symbole désigne quel type de ligne, quelle couleur désigne quel type de train (il y en a des rapides, des moins rapides, des qui s'arrêtent partout, des qui s'arrêtent un peu moins et d'autres qui s'arrêtent que dans quelques gares choisies) ; en général, les expatriés dans mon genre savent comment aller de leur boulot à chez eux et c'est déjà pas mal. Mais passé cette première phase de stupeur, on découvre leurs innombrables qualités.
Premièrement, et c'est connu, ils sont toujours à l'heure. A la minute près. Les panneaux d'affichage annonçant les trains ne vous font pas de petit suspense comme ceux de Paris, Bordeaux ou London (pour me limiter à mon expérience), en vous annonçant une attente d'environ 5, 6 minutes - minutes qui s'avèrent bien souvent très flexibles... Non, ici, il y a une timetable et on s'y tient. Le train est annoncé pour une heure précise, 21h33 mettons, et à côté il y a l'heure actuelle qui s'affiche : pas moyen de tricher.
Ensuite, il y a sur le quai des marques indiquant l'endroit où les portes du train vont se situer lorsqu'il s'arrêtera ; ça évite de se sentir niqué lorsque l'on se retrouve pile poil entre deux portes et qu'à cause de ça on ne peut pas briguer de place assise ou de place tout court. Les gens sont donc bien sagement alignés devant les petites marques, chose tout à fait incongrue pour un Français. Je ne doute
pas que certains verront là un stigmate évident de cette propension extrême à l'ordre que l'on reproche aux Japonais ; mais personnellement, j'ai un assez mauvais souvenir des trains sncf qui ne s'arrêtent jamais au même endroit du quai, des voitures tantôt numérotées à l'endroit ou l'envers et si possible, toujours de façon à ce que vous ayez à traverser tout le quai de la gare en longueur.
Enfin, détail pratique non négligeable, vous pouvez avoir une carte d'abonnement et même un seul ticket qui vous permette de transiter dans un même parcours sur 3 types de lignes à la fois. Je sais pas comment ils s'arrangent pour partager les sous entre eux, mais c'est quand même bien. De plus, la carte d'abonnement sert aussi de porte-monnaie et si vous mettez de l'argent en plus dessus, vous pourrez faire vos courses aux combinis et dans plein d'autres magasins proches des gares.
Au final, je me demande si cette peinture globale donne envie ou pas d'utiliser les transports japonais. Comme j'ai quand même envie de vous convaincre, j'ajouterai un dernier argument en leur faveur : tout est extrêmement propre, comme d'ailleurs l'ensemble des rues au Japon. Pas de papiers gras, de mégots ou d'urine sur les murs... et ça a son charme, quand même !
Qu'est-ce que j'ai exactement d'une jeune fille rangée ? Pas grand-chose, il me semble. Et pourtant, me voilà encore frappée à la lecture des mémoires de Simone de Beauvoir : j'y retrouve d'étranges similitudes, de cheminements de la raison et de la pensée communs.
J'ai été tout particulièrement frappée par ce passage, reproduit ci-dessous, où elle parle de ses attentes quant à "l'amour", ou plutôt, de son anticipation future des relations avec un époux hypothétique. Je me suis sentie un peu blessée et ridicule de sa sincérité à l'aveu de ce qu'elle décrit, et que je dois reconnaître avoir longtemps considéré comme un idéal : la nécessité d'un conjoint supérieur.
Bien que je crois m'être toujours (toujours, et même bien avant mon coming-out pseudo-féministe) défendue d'un tel souhait, le lire noir sur blanc m'a fait réaliser la prégnance qu'il avait longtemps eue, jusqu'à très récemment.
Niant cette envie de supériorité (encore plus depuis que, lisant des ouvrages tels que la domination masculine, cela reviendrait à m'avouer que je suis une femme moyenne reproduisant sans conscience critique, voire reconnaissant et désirant, l'inégalité qui perdure entre les sexes), je n'ai jamais vraiment pris le temps de m'interroger sur le pourquoi d'une telle envie.
Les raisons de Simone me conviennent en partie ; comme je dis souvent, il aura toujours fallu plus d'efforts et de persévérance à une femme pour atteindre une position sociale valorisée quelle qu'elle soit ; la facilité relative dont disposent les hommes font qu'un égal est, par la force des choses, un supérieur. Un semblable supérieur ; je suis touchée aussi par la notion de partage et de similitude qu'elle évoque, car je conçois, et cela encore, les choses de cette manière, bien que plus largement : il n'est pas de relation durable sans une base fondamentale solide et commune. Je ne suis plus depuis longtemps une adepte de "l'amour tombé du ciel". D'ailleurs, je ne considère pas que cela soit applicable uniquement au couple "amoureux" ; mais le préalable à toute relation intense et, je l'ai déjà dit, durable.
Cette explication m'a saisie par sa simplicité, me signifiant mon absence totale de réflexion à ce sujet. Cela dit, je ne pense pas que mes relations avec mes parents aient influencé de la même manière que celle qu'elle décrit cette pensée intime ; cette genèse différenciée m'apparaît comme encore plus signifiante : même s'il n'existe rien de concret, de marque tangible d'une différence entre les sexes dans l'éducation et le milieu familial, nous avons tous - je ne pense pas que ce soit seulement Simone et moi - une intuition profonde de cette inégalité qui perdure, et nous nous en accommodons toujours dans une certaine mesure, même quand elle nous révolte.
Enfin, si je dis m'être émancipée récemment de cette vision des choses, ce n'est nullement que je ne m'accommode plus ; c'est que j'ai été amenée à reconsidérer les modes de relations socialement offerts. Et à comprendre que le couple était quelque chose de très restreint, de très éloigné de l'idéal relationnel, nécessairement flou, que j'entrevois comme une recherche désespérée, mais permanente. Et donc aussi de l'idée de supériorité/infériorité qui reste accroché à ce modèle binaire et hétérosexuel. Et aussi, parce que j'ai appris, progressivement, que personne n'est supérieur ou inférieur, quand une certaine proximité appréciée s'installe réellement entre des personnes.
Mais quand même, Simone reste une sacrée découverte, à chaque fois.
"Moi je voulais qu’entre mari et femme tout fût mis en commun ; chacun devait remplir, en face de l’autre, ce rôle d’exact témoin que jadis j’avais attribué à Dieu. Cela excluait qu’on aimât quelqu’un de différent : je ne me marierais que si je rencontrais, plus accompli que moi, mon pareil, mon double.
Pourquoi réclamais-je qu’il me fût supérieur ? Je ne crois pas du tout que j’aie cherché en lui un succédané de mon père ; je tenais à mon indépendance ; j’exercerais un métier, j’écrirais, j’aurais une vie personnelle ; je ne m’envisageai jamais comme la compagne d’un homme : nous serions deux compagnons. Cependant, l’idée que je me faisais de notre couple fut indirectement influencée par les sentiments que j’avais portés à mon père. Mon éducation, ma culture, et la vision de la société, telle qu’elle était, me convainquait que les femmes appartiennent à une caste inférieure (…) ; le prestige paternel avait fortifié cette opinion : c’est en partie sur elle que je fondais mon exigence. Membre d’une espèce privilégiée, bénéficiant au départ d’une avance considérable, si dans l’absolu un homme ne valait pas plus que moi, je jugerais que, relativement, il valait moins : pour le reconnaître comme mon égal, il fallait qu’il me dépassât."
... il y a tant de réflexions, de menus machins bordéliques, pensées entremêlées de sons et lumières, flash du passé, espoirs sordides, questionnements et hésitations ; dans ma tête.Il faut dire que quand il s'agit d'émotion, je ne maîtrise plus grande chose, je ne tends plus vers rien et... tiens, je ne suis tellement pas la seule ! Quel manque crucial d'originalité.Réflexion que je me fais, cette après midi 14h37 (alentours), sur une route de campagne qui me ramène du boulot en écoutant France Inter (et une écrivaine qui sert un discours terriblement lassant, ressassé, sur des relations de couple etc.) : pourquoi les gens un tant soit peu intelligents qui ont un quelconque problème versent-ils dans l'autoanalyse écrite ? Quel manque d'originalité.Nous sommes tous là, un journal intime, des feuillets sans nom, un blog livré en patûre à la blogosphère et j'en passe ; à la recherche d'un support pour raconter notre vie et nous plaire à nous y complaire en pensant que cela pourrait intéresser... qui ?Qui cela pourrait-il bien intéresser de lire les déboires et la fierté affichée de pauvres mal adaptés qui s'imaginent plus profonds qu'ils ne le sont ? Eh bien, les semblables. Les autres occupés à se triturer le cerveau à coup de belles phrases incompréhensibles (il est plus sûr de faire du beau lorsque l'on se départit du sens) : des hameçons à poissons morts.Il suffit de se rappeler, Librisme, ce réservoir de gens à problèmes heureux de se retrouver entre eux et gratouiller leurs blessures, pour voir, à quel point on se ressemble, tu penses, est-ce que ta souffrance pourrait se coller à la mienne, et d'où un immensément fragile puzzle de pièces mal engoncées, je t'aime, moi non plus, toi oui, mais encore... et vogue le temps et les phases de joie excessives, et de destruction massive...Via les mots et le ô vénéré support virtuel.Et dire que cela aurait pu être tellement beau... mais les gens à problèmes sont des gens étriqués peu enclins à se poser les questions nécessaires quand il est temps. Mieux vaut tout poser, tout superposer, équilibrer à force de béquilles vacillantes, jusqu'au jour où tout s'écroule et où l'on se dit qu'il aurait fallu commencer par l'autre bout. Et nous recommencerons ? Ah, mes semblables ! On ne s'y noiera jamais assez.
Un gros coup de coeur, au sens fort : un livre dans lequel on plonge si intensément, qui réveille sans raison particulière - pas d'identification véritable, pas de morceaux de passés troublement reflétés - des émotions profondes mais fragiles, qu'il paraît difficile de pouvoir en dire quelque chose de conséquent, et qui ne briserait cette proximité magique et éphémèrement entrevue - un peu comme on craint de dénaturer ses rêves en tentant de les raconter, ce qui, à coup sûr, arrive...
Un livre qui vous partage entre l'envie de partager, comme toutes les belles choses y engagent, et l'envie de garder pour soi, un plaisir jaloux dont la pureté semble vulnérable à toute tentative d'expression, car forcément maladroite. Alors, que dire du blé en herbe ? Un roman sur l'amour, évidemment. Sur le sentiment amoureux dans son intensité, ses faiblesses, ses contradictions et ses souffrances collatérales. Un roman sur l'adolescence, cette période forcément transitoire où l'on doit s'efforce de devenir, quelqu'en soit l'objet en complément. Un roman social, alors ? En filigrane, assurément. Une esquisse des trajectoires prédessinées de l'existence de chacun, et des quelques zones grises où est laissée la possibilité, toujours présente, de sortir des sentiers battus. Mais pas complètement ; une image de révolte, contre ce piètre état de fait, et une image de résignation ; non moins sage, et finalement non moins honorable.
J'aurais dû détester ce livre, certainement, ne serait-ce que pour les excessives références au "masculin" et au "féminin" (surtout), sans discussion, un trait d'écriture semblerait-il fait pour m'exaspérer. Pourquoi non ? Je dirais cette conscience, certes désabusée, en arrière-plan, du caractère non naturel de ces différences pourtant réelles car apprises - leur reconnaissance sans en nier la transgression. Il y a plusieurs choses à dégager de la passion juvénile qui entraîne Philippe et Vinca. La fin de l'enfance ne signifie pas seulement la fin d'une certaine "innocence" et le passage à une vie d'adulte dûment codifiée ; elle signifie également un chemin partagé, relativement indifférencié, qui se sépare pour laisser place à deux voies radicalement différentes qu'ils devront suivre indépendamment : Philippe deviendra un homme, Vinca deviendra une femme, avec toutes les contraintes socialement attribuées à chacun de ces rôles non négociables.
Ce n'est pas qu'ils découvrent à présent, dans leur nouvelle chair d'adultes débutants, qu'ils éprouvent de l'amour l'un pour l'autre ; c'est qu'ils leur faut à présent s'aimer autrement, s'aimer un petit peu comme des étrangers, incorporer au sentiment né de longue date cette nouvelle dimension d'inégalité : le transformer pour pouvoir se faire face, chacun à sa place, alors que depuis si longtemps il ne s'était agi que d'avancer tranquillement, côte à côte, et confiants dans l'indestructibilité d'une telle relation. Il y a désormais tout un monde entre Vinca et Philippe, un fossé qui creuse au milieu de celui qu'ils avaient construit sans vraiment s'en apercevoir. Le blé en herbe, ce n'est pas seulement cette idée qu'il n'est jamais trop tôt pour aimer, mais surtout celle de la nécessaire douleur de l'amour entre des êtres sommés de s'appréhender comme des étrangers, ne serait-ce qu'un peu.
Face à cette nouvelle réalité et aux auspices obscurs qu'elle laisse présager, il ne s'agit pas de fuir ni de tenter d'aller contre ; dans l'été finissant qui enveloppe la côte bretonne, les deux héros cherchent, à tâtons, une issue favorable à leurs tourments respectifs - il faut savoir s'en contenter : le bonheur est déjà passé, et le blé n'est herbe qu'une fois.
"Ils éprouvèrent un amer et identique consentement à distancer, dès les premiers mots de leur entretien, le lieu commun de la dispute et du mensonge. C’est le fait des héros, des comédiens et des enfants, de se sentir à l’aise sur un plan élevé. Ces enfants espérèrent follement qu’une douleur noble pouvait naître de l’amour." (Mon passage préféré...)
Aujourd'hui, moment de nostalgie à faire partager ; et pas de chichis, un moment éminemment, objectivement nostalgique : le départ.Alors voilà, ces deux années sont passées, on avance, et comme dirait mon ami Souchon, "on a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens" ; alors, à la fin d'une étape eh bien, on continue, on s'en va, faire son nid sous d'autres cieux. Sans bien savoir lesquels d'ailleurs...La fin d'un époque, c'est ce moment étrange où ce qui était le quotidien le plus banal, l'accessible et le "toujours sous la main", se prépare à plonger dans le passé. A entrer dans une chronologie bien particulière, la trame narrative de notre propre existence, ce qui fait son unicité. Désormais Bordeaux ne sera plus l'endroit où je fais mes études, "ouais, c'est loin, 6h de train, mais c'est une ville sympa, moi j'aime bien", mais une étape délimitée de mon parcours, dont je viendrai à parler sous plusieurs étiquettes : les années de master, ou, quand j'habitais à Bordeaux, ou encore, la période Science-Po... Oui, ce qui était l'atmosphère générale, la constante d'une vingtaine de mois, va se clore telle une grande parenthèse.On ne quitte jamais définitivement un lieu, encore moins les gens qui y sont associés ; par exemple, je sais que je reviendrai ici une semaine dans l'été, un mois en septembre ; et que je garderai contact avec les personnes importantes rencontrées ici, et que nous aurons bien des occasions de nous revoir, en des circonstances variées... et pourtant, il y a un moment où on sent que "l'on part", que c'est pour de vrai. Ce moment où on sent la rupture impuissante du "c'est fini". Pourquoi maintenant et pas la prochaine fois ? Que perd-on précisément à cet instant-là ? Qu'est-ce qui détermine ce sentiment confus ?Ce que l'on perd, ce ne sont ni les amis, ni la maison et la chambre qu'on occupait : c'est une mode de vie que l'on abandonne. Un soi associé à cet environnement qui ne sera jamais vraiment pareil à aucun autre, le cadre des évolutions que l'on y a connues, qui y resteront toujours liées. On abandonne une de ces petites vies qui font la grande, et parce que cela semble nécessaire, aller de soi, on le fait sans trop de difficultés. Avec peut-être un refoulement imperceptible qui nous l
aisse penser qu'on ne "réalise pas". Peut-être parce que réaliser rendrait les choses tellement plus difficiles.So, bye-bye Bordeaux... la pluie, le rugby, les couloirs de l'IEP, les cours de Darbon, la salle d'escalade de Villenave d'Ornon et les cours de Dominique à la Halle le jeudi soir, les soirées de discute avec les colocs dans l'encadrement de la porte de ma chambre, les post-its sur le frigo, les marches jusqu'à l'appart de Joël et le mataba, les courses effrénées pour attraper le tram, les petites voisines qui piaillent et leurs parents qui s'engueulent, la bêtise des collégiens allant et venant, les matchs de badminton. Et tous ces éléments qui font système pour un temps. Une configuration éphémère au centre de laquelle, si petite soit-elle, j'avais ma place.
Ce soir j'avais juste envie de dire des bêtises, sans savoir à qui les dire vraiment. Qui ça intéresserait ? Qui en serait touché ? Qui serait à la (bonne) hauteur ? Les petites choses sont fragiles, elles survivent mal au dédain, elles survivent mal aux grandes difficultés de la vie que nous traversons, pensons-nous, vaillamment. Les petites choses sont là pour les yeux qui les voient en fouillant l'horizon, pour les idées désoeuvrées qui se traînent à la cime des arbres en cherchant un petit peu de quoi s'égayer.
Ce soir je courais dans le parc, il y avait l'odeur de l'herbe mouillée, et des pétales de fleurs blanches écrasés dans le sable du chemin, et l'eau sombre et miroitante de cette sorte de mare, troublée de temps en temps par les cercles de poissons venant s'abreuver d'air. Et le soleil tapait un peu sur mon visage, et les feuilles de cet arbre à la forme si étrange et si nette, si vertes. Un érable ?
J'aime bien l'oblicité du soleil du soir, et la texture plastique de l'herbe fraîche quand on emmêle ses doigts le long des tiges. J'aime avoir l'impression d'échapper au temps - j'aime le fait d'être capable de succomber à l'illusion. Marcher en laissant beaucoup balancer ses bras le long du corps, et regarder son ombre osciller sur le bord du trottoir. Les petites choses ont l'air toutes bêtes quand on les empile ; probablement se vivent et ne se disent que très peu. Mais elles se partagent et un instant, je me suis sentie vraiment triste d'être seule à les recueillir.