06 septembre 2009

Simone de Beauvoir - Mémoires d'une jeune fille rangée

Qu'est-ce que j'ai exactement d'une jeune fille rangée ? Pas grand-chose, il me semble. Et pourtant, me voilà encore frappée à la lecture des mémoires de Simone de Beauvoir : j'y retrouve d'étranges similitudes, de cheminements de la raison et de la pensée communs.
J'ai été tout particulièrement frappée par ce passage, reproduit ci-dessous, où elle parle de ses attentes quant à "l'amour", ou plutôt, de son anticipation future des relations avec un époux hypothétique. Je me suis sentie un peu blessée et ridicule de sa sincérité à l'aveu de ce qu'elle décrit, et que je dois reconnaître avoir longtemps considéré comme un idéal : la nécessité d'un conjoint supérieur.

Bien que je crois m'être toujours (toujours, et même bien avant mon coming-out pseudo-féministe) défendue d'un tel souhait, le lire noir sur blanc m'a fait réaliser la prégnance qu'il avait longtemps eue, jusqu'à très récemment.
Niant cette envie de supériorité (encore plus depuis que, lisant des ouvrages tels que la domination masculine, cela reviendrait à m'avouer que je suis une femme moyenne reproduisant sans conscience critique, voire reconnaissant et désirant, l'inégalité qui perdure entre les sexes), je n'ai jamais vraiment pris le temps de m'interroger sur le pourquoi d'une telle envie.

Les raisons de Simone me conviennent en partie ; comme je dis souvent, il aura toujours fallu plus d'efforts et de persévérance à une femme pour atteindre une position sociale valorisée quelle qu'elle soit ; la facilité relative dont disposent les hommes font qu'un égal est, par la force des choses, un supérieur. Un semblable supérieur ; je suis touchée aussi par la notion de partage et de similitude qu'elle évoque, car je conçois, et cela encore, les choses de cette manière, bien que plus largement : il n'est pas de relation durable sans une base fondamentale solide et commune. Je ne suis plus depuis longtemps une adepte de "l'amour tombé du ciel". D'ailleurs, je ne considère pas que cela soit applicable uniquement au couple "amoureux" ; mais le préalable à toute relation intense et, je l'ai déjà dit, durable.

Cette explication m'a saisie par sa simplicité, me signifiant mon absence totale de réflexion à ce sujet. Cela dit, je ne pense pas que mes relations avec mes parents aient influencé de la même manière que celle qu'elle décrit cette pensée intime ; cette genèse différenciée m'apparaît comme encore plus signifiante : même s'il n'existe rien de concret, de marque tangible d'une différence entre les sexes dans l'éducation et le milieu familial, nous avons tous - je ne pense pas que ce soit seulement Simone et moi - une intuition profonde de cette inégalité qui perdure, et nous nous en accommodons toujours dans une certaine mesure, même quand elle nous révolte.

Enfin, si je dis m'être émancipée récemment de cette vision des choses, ce n'est nullement que je ne m'accommode plus ; c'est que j'ai été amenée à reconsidérer les modes de relations socialement offerts. Et à comprendre que le couple était quelque chose de très restreint, de très éloigné de l'idéal relationnel, nécessairement flou, que j'entrevois comme une recherche désespérée, mais permanente. Et donc aussi de l'idée de supériorité/infériorité qui reste accroché à ce modèle binaire et hétérosexuel. Et aussi, parce que j'ai appris, progressivement, que personne n'est supérieur ou inférieur, quand une certaine proximité appréciée s'installe réellement entre des personnes.

Mais quand même, Simone reste une sacrée découverte, à chaque fois.

"Moi je voulais qu’entre mari et femme tout fût mis en commun ; chacun devait remplir, en face de l’autre, ce rôle d’exact témoin que jadis j’avais attribué à Dieu. Cela excluait qu’on aimât quelqu’un de différent : je ne me marierais que si je rencontrais, plus accompli que moi, mon pareil, mon double.

Pourquoi réclamais-je qu’il me fût supérieur ? Je ne crois pas du tout que j’aie cherché en lui un succédané de mon père ; je tenais à mon indépendance ; j’exercerais un métier, j’écrirais, j’aurais une vie personnelle ; je ne m’envisageai jamais comme la compagne d’un homme : nous serions deux compagnons. Cependant, l’idée que je me faisais de notre couple fut indirectement influencée par les sentiments que j’avais portés à mon père. Mon éducation, ma culture, et la vision de la société, telle qu’elle était, me convainquait que les femmes appartiennent à une caste inférieure (…) ; le prestige paternel avait fortifié cette opinion : c’est en partie sur elle que je fondais mon exigence. Membre d’une espèce privilégiée, bénéficiant au départ d’une avance considérable, si dans l’absolu un homme ne valait pas plus que moi, je jugerais que, relativement, il valait moins : pour le reconnaître comme mon égal, il fallait qu’il me dépassât."

02 août 2009

Ah...

... il y a tant de réflexions, de menus machins bordéliques, pensées entremêlées de sons et lumières, flash du passé, espoirs sordides, questionnements et hésitations ; dans ma tête.
Il faut dire que quand il s'agit d'émotion, je ne maîtrise plus grande chose, je ne tends plus vers rien et... tiens, je ne suis tellement pas la seule ! Quel manque crucial d'originalité.
Réflexion que je me fais, cette après midi 14h37 (alentours), sur une route de campagne qui me ramène du boulot en écoutant France Inter (et une écrivaine qui sert un discours terriblement lassant, ressassé, sur des relations de couple etc.) : pourquoi les gens un tant soit peu intelligents qui ont un quelconque problème versent-ils dans l'autoanalyse écrite ? Quel manque d'originalité.
Nous sommes tous là, un journal intime, des feuillets sans nom, un blog livré en patûre à la blogosphère et j'en passe ; à la recherche d'un support pour raconter notre vie et nous plaire à nous y complaire en pensant que cela pourrait intéresser... qui ?

Qui cela pourrait-il bien intéresser de lire les déboires et la fierté affichée de pauvres mal adaptés qui s'imaginent plus profonds qu'ils ne le sont ? Eh bien, les semblables. Les autres occupés à se triturer le cerveau à coup de belles phrases incompréhensibles (il est plus sûr de faire du beau lorsque l'on se départit du sens) : des hameçons à poissons morts.
Il suffit de se rappeler, Librisme, ce réservoir de gens à problèmes heureux de se retrouver entre eux et gratouiller leurs blessures, pour voir, à quel point on se ressemble, tu penses, est-ce que ta souffrance pourrait se coller à la mienne, et d'où un immensément fragile puzzle de pièces mal engoncées, je t'aime, moi non plus, toi oui, mais encore... et vogue le temps et les phases de joie excessives, et de destruction massive...
Via les mots et le ô vénéré support virtuel.

Et dire que cela aurait pu être tellement beau... mais les gens à problèmes sont des gens étriqués peu enclins à se poser les questions nécessaires quand il est temps. Mieux vaut tout poser, tout superposer, équilibrer à force de béquilles vacillantes, jusqu'au jour où tout s'écroule et où l'on se dit qu'il aurait fallu commencer par l'autre bout. Et nous recommencerons ? Ah, mes semblables ! On ne s'y noiera jamais assez.

08 juin 2009

Colette - Le blé en herbe

Un gros coup de coeur, au sens fort : un livre dans lequel on plonge si intensément, qui réveille sans raison particulière - pas d'identification véritable, pas de morceaux de passés troublement reflétés - des émotions profondes mais fragiles, qu'il paraît difficile de pouvoir en dire quelque chose de conséquent, et qui ne briserait cette proximité magique et éphémèrement entrevue - un peu comme on craint de dénaturer ses rêves en tentant de les raconter, ce qui, à coup sûr, arrive...

Un livre qui vous partage entre l'envie de partager, comme toutes les belles choses y engagent, et l'envie de garder pour soi, un plaisir jaloux dont la pureté semble vulnérable à toute tentative d'expression, car forcément maladroite.
Alors, que dire du blé en herbe ? Un roman sur l'amour, évidemment. Sur le sentiment amoureux dans son intensité, ses faiblesses, ses contradictions et ses souffrances collatérales. Un roman sur l'adolescence, cette période forcément transitoire où l'on doit s'efforce de devenir, quelqu'en soit l'objet en complément. Un roman social, alors ? En filigrane, assurément. Une esquisse des trajectoires prédessinées de l'existence de chacun, et des quelques zones grises où est laissée la possibilité, toujours présente, de sortir des sentiers battus. Mais pas complètement ; une image de révolte, contre ce piètre état de fait, et une image de résignation ; non moins sage, et finalement non moins honorable.

J'aurais dû détester ce livre, certainement, ne serait-ce que pour les excessives références au "masculin" et au "féminin" (surtout), sans discussion, un trait d'écriture semblerait-il fait pour m'exaspérer. Pourquoi non ? Je dirais cette conscience, certes désabusée, en arrière-plan, du caractère non naturel de ces différences pourtant réelles car apprises - leur reconnaissance sans en nier la transgression.
Il y a plusieurs choses à dégager de la passion juvénile qui entraîne Philippe et Vinca. La fin de l'enfance ne signifie pas seulement la fin d'une certaine "innocence" et le passage à une vie d'adulte dûment codifiée ; elle signifie également un chemin partagé, relativement indifférencié, qui se sépare pour laisser place à deux voies radicalement différentes qu'ils devront suivre indépendamment : Philippe deviendra un homme, Vinca deviendra une femme, avec toutes les contraintes socialement attribuées à chacun de ces rôles non négociables.

Ce n'est pas qu'ils découvrent à présent, dans leur nouvelle chair d'adultes débutants, qu'ils éprouvent de l'amour l'un pour l'autre ; c'est qu'ils leur faut à présent s'aimer autrement, s'aimer un petit peu comme des étrangers, incorporer au sentiment né de longue date cette nouvelle dimension d'inégalité : le transformer pour pouvoir se faire face, chacun à sa place, alors que depuis si longtemps il ne s'était agi que d'avancer tranquillement, côte à côte, et confiants dans l'indestructibilité d'une telle relation.
Il y a désormais tout un monde entre Vinca et Philippe, un fossé qui creuse au milieu de celui qu'ils avaient construit sans vraiment s'en apercevoir. Le blé en herbe, ce n'est pas seulement cette idée qu'il n'est jamais trop tôt pour aimer, mais surtout celle de la nécessaire douleur de l'amour entre des êtres sommés de s'appréhender comme des étrangers, ne serait-ce qu'un peu.

Face à cette nouvelle réalité et aux auspices obscurs qu'elle laisse présager, il ne s'agit pas de fuir ni de tenter d'aller contre ; dans l'été finissant qui enveloppe la côte bretonne, les deux héros cherchent, à tâtons, une issue favorable à leurs tourments respectifs - il faut savoir s'en contenter : le bonheur est déjà passé, et le blé n'est herbe qu'une fois.

"Ils éprouvèrent un amer et identique consentement à distancer, dès les premiers mots de leur entretien, le lieu commun de la dispute et du mensonge. C’est le fait des héros, des comédiens et des enfants, de se sentir à l’aise sur un plan élevé. Ces enfants espérèrent follement qu’une douleur noble pouvait naître de l’amour." (Mon passage préféré...)

27 mai 2009

Leaving (behind ?)

Aujourd'hui, moment de nostalgie à faire partager ; et pas de chichis, un moment éminemment, objectivement nostalgique : le départ.
Alors voilà, ces deux années sont passées, on avance, et comme dirait mon ami Souchon, "on a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens" ; alors, à la fin d'une étape eh bien, on continue, on s'en va, faire son nid sous d'autres cieux. Sans bien savoir lesquels d'ailleurs...

La fin d'un époque, c'est ce moment étrange où ce qui était le quotidien le plus banal, l'accessible et le "toujours sous la main", se prépare à plonger dans le passé. A entrer dans une chronologie bien particulière, la trame narrative de notre propre existence, ce qui fait son unicité. Désormais Bordeaux ne sera plus l'endroit où je fais mes études, "ouais, c'est loin, 6h de train, mais c'est une ville sympa, moi j'aime bien", mais une étape délimitée de mon parcours, dont je viendrai à parler sous plusieurs étiquettes : les années de master, ou, quand j'habitais à Bordeaux, ou encore, la période Science-Po... Oui, ce qui était l'atmosphère générale, la constante d'une vingtaine de mois, va se clore telle une grande parenthèse.

On ne quitte jamais définitivement un lieu, encore moins les gens qui y sont associés ; par exemple, je sais que je reviendrai ici une semaine dans l'été, un mois en septembre ; et que je garderai contact avec les personnes importantes rencontrées ici, et que nous aurons bien des occasions de nous revoir, en des circonstances variées... et pourtant, il y a un moment où on sent que "l'on part", que c'est pour de vrai. Ce moment où on sent la rupture impuissante du "c'est fini". Pourquoi maintenant et pas la prochaine fois ? Que perd-on précisément à cet instant-là ? Qu'est-ce qui détermine ce sentiment confus ?

Ce que l'on perd, ce ne sont ni les amis, ni la maison et la chambre qu'on occupait : c'est une mode de vie que l'on abandonne. Un soi associé à cet environnement qui ne sera jamais vraiment pareil à aucun autre, le cadre des évolutions que l'on y a connues, qui y resteront toujours liées. On abandonne une de ces petites vies qui font la grande, et parce que cela semble nécessaire, aller de soi, on le fait sans trop de difficultés. Avec peut-être un refoulement imperceptible qui nous laisse penser qu'on ne "réalise pas". Peut-être parce que réaliser rendrait les choses tellement plus difficiles.

So, bye-bye Bordeaux... la pluie, le rugby, les couloirs de l'IEP, les cours de Darbon, la salle d'escalade de Villenave d'Ornon et les cours de Dominique à la Halle le jeudi soir, les soirées de discute avec les colocs dans l'encadrement de la porte de ma chambre, les post-its sur le frigo, les marches jusqu'à l'appart de Joël et le mataba, les courses effrénées pour attraper le tram, les petites voisines qui piaillent et leurs parents qui s'engueulent, la bêtise des collégiens allant et venant, les matchs de badminton. Et tous ces éléments qui font système pour un temps. Une configuration éphémère au centre de laquelle, si petite soit-elle, j'avais ma place.

18 mai 2009

Petites choses

Ce soir j'avais juste envie de dire des bêtises, sans savoir à qui les dire vraiment. Qui ça intéresserait ? Qui en serait touché ? Qui serait à la (bonne) hauteur ? Les petites choses sont fragiles, elles survivent mal au dédain, elles survivent mal aux grandes difficultés de la vie que nous traversons, pensons-nous, vaillamment. Les petites choses sont là pour les yeux qui les voient en fouillant l'horizon, pour les idées désoeuvrées qui se traînent à la cime des arbres en cherchant un petit peu de quoi s'égayer.
Ce soir je courais dans le parc, il y avait l'odeur de l'herbe mouillée, et des pétales de fleurs blanches écrasés dans le sable du chemin, et l'eau sombre et miroitante de cette sorte de mare, troublée de temps en temps par les cercles de poissons venant s'abreuver d'air. Et le soleil tapait un peu sur mon visage, et les feuilles de cet arbre à la forme si étrange et si nette, si vertes. Un érable ?


J'aime bien l'oblicité du soleil du soir, et la texture plastique de l'herbe fraîche quand on emmêle ses doigts le long des tiges. J'aime avoir l'impression d'échapper au temps - j'aime le fait d'être capable de succomber à l'illusion. Marcher en laissant beaucoup balancer ses bras le long du corps, et regarder son ombre osciller sur le bord du trottoir.
Les petites choses ont l'air toutes bêtes quand on les empile ; probablement se vivent et ne se disent que très peu. Mais elles se partagent et un instant, je me suis sentie vraiment triste d'être seule à les recueillir.

16 mai 2009

La solitude est toujours relative - et relativement productive

Ma situation actuelle particulière - qui, je l'entends bien, n'est probablement intéressante qu'en termes de trajectoire personnelle - du fait de son haut degré d'expérience de la perplexité, ouvre des voies plus que larges à la rêvasserie - pure et simple, entortillements émotionnels en tous genres, flottements romantico-dépressifs comme les gros nuages (ceux de mardi sur la Garonne auraient aussi bien pu sortir tout droit d'un Magritte) du ciel de Bordeaux-Pessac, c'est à dire qu'ils passent et repassent, un peu au gré du temps, et qu'ils jouent à cache-cache avec des humeurs plus actives ou réjouissantes, l'énergie du footing du soir ou encore, le plaisir léger des soirées ensoleillées.

Rêvasser ne sert à rien, se torturer gentiment l'esprit non plus, si ce n'est à se faire mal, un petit peu, beaucoup, jusqu'à ce que ça dérive au moment où, tard le soir, on se retrouve seule face à ses frustrations avec 1) des envies relationnellement suicidaires (pulsions visant à "vider son sac", confesser tout à trac tout ce qui à l'intérieur fait de nous un être humain infréquentable, névrosé, égoïste et j'en passe) 2) des envies physiquement violentes (du genre, mettre son poing dans un mur, donner des coups de pieds dans les meubles, et surtout se laisser des marques de martyr) 3) un relâchement total qui implique l'anéantissement de toute fierté (pleurnicher, pleurer, écouter tous les trucs plus déprimants qu'on a sur son PC, relire les sms, textos, emails, re-re-regarder les photos et toutes autres preuves tangibles d'un "bon vieux temps" révolu).Bref, pas super classe, et pas super productif.

Mais rêvasser, être malheureux, déconcentré, ça rend productif en matière d'écriture. Je salue ici tous les gens heureux qui écrivent dans leurs humeurs normales, et les félicite ; probablement, s'ils ne font pas dans le trop mielleux, ce sont eux les artistes, ceux qui ont du "talent".
J'ai mis du temps à comprendre que je n'en avais pas et que ce n'était qu'un joli exutoire ; mais ce n'est pas si mal. C'est sortir quelque chose dont on peut être fier à un moment où il ne semble pas y avoir grand chose à tirer de soi-même. Bon à prendre, donc, tant que l'on a pas d'illusions sur sa grandeur artistique. Admettre que je me sens assez mal pour avoir envie/besoin d'écrire n'est pas forcément ce qu'il y a de plus plaisant, évidemment ; mais le reconnaître semble honnête, en tous cas.

Ecrire un petit peu pour ne pas dire grand-chose, coller au format du blog, qui nous impose arbitrairement son inévitable classement journalier, espérer que quelques anciens - amis, ennemis, connaissances, curieux - passeront par là, et qu'au moins on se touchera du bout des doigts sans nécessairement le savoir - la vague et mystérieuse présence des autres virtuels, leur couleur d'incertitude ; leur intérêt, peut-être dénué d'objet.
Mettre une jolie image par-ci par-là, un truc trouvé sur Google.image après une recherche au fin fond des pages d'un mot-clé des plus improbables ; trouver une couleur de police, faire un truc esthétique, se relire et trouver des passages bien tournés ; faire passer le temps et faire naître si l'on peut, tout au fond l'étincelle des mauvaises passes qui, si étouffée soit elle par des obscurités mouvantes, n'en est pas moins une étincelle ; quelque chose de vif, qui brille, sur quoi accrocher son regard et plus si affinités...

Ironiquement, toutes les expériences d'écriture balbutiantes des "gens comme moi" (ie, pas les artistes sus-mentionnés) commencent et recommencent en légitimant leur accès à l'écriture - ça, c'est fait. Demain, si le coeur ne m'en dit pas plus, nous parlerons de grands mots, de sentiments profonds, de tristesse incommensurables et autres joyeusetés. Chaque chose en son temps.

11 février 2009

Sous l'eau en silence

Sur les pavés on s’allongera ; les bras en croix, et le poids de la nuit sur l’estomac, à regarder la pluie tomber de par en bas ; de longues épines en cercle blanches et fines, nous griffant les joues de traînées mouillées… et les cheveux qui coulent dans le caniveau et les doigts qui se recroquevillent, on écoutera, pour une fois, sans se parler, sans se toucher, d’oreille à oreille le bourdonnement de l’intérieur à l’intérieur, aussi pur que, et seulement. Et on dessinera notre arabesque sur notre petit coin de terre, et tant pis si même personne ne nous voit.

You ask about forgiveness
I've not defined the word yet
A chance to set your back straight
A chance to find some feeling
You say you will come home soon
Won't see you most the weekday
I miss you at the best of times
You help me walk that fine line

Sometimes you pale on reflection
This walking figure might have nine lives
Sometimes you pale with desire
I don't know whether you've used
All your lives

You talk about forgiveness
I've yet to find the meaning
I miss you at the best of times
You help me walk that fine line...

23 novembre 2008

De l'identité féminine

Je viens de finir ce livre bien intéressant de Christine Mennesson, Etre une femme dans le monde des hommes – Socialisation sportive et construction du genre, et cela me laisse en proie à des questionnements dont je croyais m’être lassée… mais au fond, les vieux démons reviennent toujours… Je crois que j’ai aimé ce livre pas tellement pour ce qu’il m’a fait découvrir, ce sur quoi il m’aurait « ouvert les yeux » - ce livre étudie les rapports aux normes sexuées des femmes engagées dans des sports dits « masculins » (les exemples étudiés sont la boxe, le football, l’haltérophilie), autrement dit, d’une part comment le milieu sportif en tant qu’instance de socialisation favorise des rapports aux normes sexuées inversés ou conformes, d’autre part comment l’entrée dans de telles disciplines peut également être la conséquence de dispositions sexuées inversées, résultant de la socialisation enfantine et adolescente – mais plutôt parce qu’il confirme des choses que je pense fondamentalement, des idées autour desquelles j’ai tourné toute seule sans me demander si on avait pu les étudier précisément (cf. un de mes articles précédents qui doit dater de début 2007), et qui se trouvent alors confortées, noir sur blanc, d’observations et de conceptualisations sociologiques.

En fait, c’est exactement ce pourquoi j’ai voulu étudier la sociologie : mieux connaître ce qui m’environne, pourvoir poser des mots sur des sensations, des impressions que le monde social m’inspirait confusément ; en quelque sorte, me rassurer en catégorisant ces processus presque invisibles qui nous gouvernent… et particulièrement lorsqu’ils ont trait au genre, cette division première, fondamentale, qui me place hors de ma volonté du « mauvais côté de l’humanité ».

Cela me renvoie à la question suivante : comment qualifier les difficultés qu’il peut y avoir à être une fille (au sens des représentations sociales de la féminité) ? Et pourquoi je perçois de telles difficultés alors que la plupart de mes semblables (filles, au sens sexuel) s’en accommodent au point de les ignorer ou de trouver inutile d’y réfléchir ?

Dans XY, De l’indenté masculine, Elisabeth Badinter nous explique que, en dépit de la position dominée des femmes dans le monde social, c’est l’identité masculine qui pose réellement problème, car il s’agit de l’acquérir : thèse que résume assez bien cette maxime utilisée comme pseudo par une de mes amies sur MSN : « L’homme se doit de faire, alors que la femme peut se contenter d’être » ; on est une femme dès le tout départ, alors qu’on devient un homme : cela suppose une transformation, une initiation, un effort ; un but aussi, et donc une fierté de l'atteindre.

Je poserais le problème de l’identité féminine du point de vue inverse : n’ayant pas à l’acquérir mais, au contraire, la possédant en tant que donnée de départ, l’enjeu est de ne pas la perdre en faisant trop. Ainsi on comprend que le genre féminin soit conçu comme essentiellement passif (à des degrés divers, à des niveaux pas forcément explicites, évidemment) et que toutes nos représentations aillent en ce sens (mon coloc me disait l’autre jour, devant la télé : « les filles musclées en même temps c’est pas joli… je sais pas pourquoi ? » : le muscle, ce stigmate évident du corps actif, n’a pas sa place dans l’esthétique attendue d’un corps de femme). L’opposition féminin/masculin se calque sur celle de la forme/fonction : les hommes seront jugés principalement sur leurs actions et les femmes, sur leur apparence, le charme de leur présence ou je ne sais quoi, en tout cas, pour ce qu’elles sont, leurs réalisations passant largement au second plan.

Il est difficile d’être fille au sens de féminin lorsque l’on a toujours envisagé son existence en termes d’action, et non de présentation. Car l’une se fait nécessairement au détriment de l’autre ; vivre au féminin suppose au jour le jour de nombreux efforts de présentation (ici pas la peine de donner d’exemples) qui constituent une préoccupation constante et consument donc, toutes proportions gardées, de l’énergie et du temps que l’on pourrait investir ailleurs, à des fins d’action propres.

Je réfléchis et j’essaie de chercher dans ma propre expérience, ma propre socialisation notamment enfantine les raisons de ce malaise – positif, à mon sens – de ne pas « savoir être une fille » comme il serait « logique » de le savoir.

Les études sur la mixité parlent de garçons et de filles jouant séparément à l’école ; de garçons brutaux et de filles douces, souvent reines de la classe de par leurs bonnes notes mais laissant le champ libre aux activités « turbulentes » des garçons dans la cour de récréation. Je réfléchis et je me rends compte que je n’ai pas du tout vécu ma scolarité enfantine de cette manière. Je me vois, tout au long de l’école primaire, jouer à des jeux où il y a un loup qui attrape les autres, et où le but est de courir le plus vite possible pour lui échapper. Je me revois tomber dans l’élan et m’écorcher les genoux sur le goudron ; faire des courses de vitesse avec des filles et des garçons et l’euphorie de toucher le mur la première ; jouer aux billes sur des plaques d’égout avec des filles et des garçons ; je me souviens également être perturbée par l’injonction d’une de mes maîtresses, nous ayant grondés pour rentrer toujours trempés des récréations les jours de pluie ; et essayer, conformément à la consigne, de rester pour une fois sagement à l’abri… un ennui mortel jusqu’à ce que se décide une irrésistible partie de cache-cache-police.

Je n’ai pas l’impression de me mentir et garde fondamentalement de bons souvenirs de ma scolarisation primaire, avec des garçons aussi bien que des filles. Serais-je une exception ? Je me rappelle pour certaines raisons avoir préféré la compagnie des garçons, sans pour autant avoir dédaigné celle des filles… je me souviens avoir passé beaucoup de temps avec eux sans avoir été pour autant assimilée à un garçon.

Mon expérience ne cadre pas avec les tableaux dessinés par ces études sur le système scolaire et cela me perturbe quelque peu… mais le fait est que enfant, j’ai toujours été dynamique et active sans être assimilée à un garçon et sans me poser la question de savoir si mon comportement était féminin ou masculin… neutralité qui m’est évidemment refusée à l’âge adulte. Il faut se positionner, et transgresser une telle norme a son prix. Cela implique des compromis inconfortables qui questionnent la spontanéité de la plupart des comportements : comment montrer que je ne suis pas ces normes que j’abhorre tout en montrant que je suis tout de même une « fille », parce que seulement acceptable dans cette catégorie-là ?

26 octobre 2008

Nihon no tabemono (Foods)

Comme pour tout voyage dans une culture assez différente, une grande partie de mes découvertes japonaises sont liées à la nourriture. Contrairement à ce que pensent les trois quarts des Français qui m’en parlent, on ne mange pas au Japon que du riz et du poisson. Certes on mange du riz presque tout le temps, mais il s’agit d’un accompagnement. Quant au poisson, c’est vrai que les sashimi et autres sushi y reviennent bien moins cher qu’en France, mais on trouve tout un tas d’autres choses moins connues et tout aussi exotiques.

Ocha, gohan & miso soup

Voilà ce qui constitue les constantes du repas japonais ; c’est au moins vrai pour les repas de midi et du soir, le petit-déjeuner semblant varier selon les goûts de chacun. Tout repas comporte un plat principal (légumes, viande, poisson ou autre), un bol de miso soup (bouillon dans lequel peuvent flotter différents ingrédients), un bol de riz rond et gluant (gohan en japonais, et je tiens à préciser que je suis amoureuse de ce riz et assez triste de ne pas en trouver dans nos supermarchés français), et comme boisson, du thé sans sucre que l’on peut boire glacé ou chaud.


Noodles

Passons aux spécialités locales : les Japonais sont de grands fans de nouilles, toujours servies avec une garniture dans un bouillon brûlant. C’est particulièrement le cas à Hokkaido, qui, en tant que région froide, est spécialiste du ramen – nouilles blanches assez fines, agrémentées généralement d’œufs, tranches de porc, algues et autres spécimens végétaux dont je ne connais pas le nom. Il y a autant de ramen shops à Hokkaido que de kebabs à Marseille, pour vous donner une idée : autant dire qu’on ne peut pas les éviter ! A noter que la taille des bols est souvent impressionnante et que l’Occidentale que je suis n’est jamais parvenue à terminer le bouillon. En tous cas, on est rassasié en sortant de table, aucune inquiétude de ce côté-là.

Autre type de nouilles, les udon, beaucoup plus épaisses, se mangent sur le même mode mais généralement avec des tempura (beignets de légumes, de crevettes ou de viande), d’ailleurs les beignets trempés dans le bouillon ce n’est pas ce qu’il y a de plus génial…

Enfin, il y a aussi les soba, spécialité justement de Shintoku, la ville où j’ai passé deux semaines à la ferme. La différence, c’est que les soba sont faites non pas de farine de blé comme les autres nouilles, mais d’une farine noire que l’on obtient à partir de graines de soba. J’ai eu l’immense privilège de contribuer pendant deux jours à la récolte de la production locale de soba et je peux affirmer que c’est terriblement répétitif et usant ! Mais le jeu en vaut la chandelle car les soba kick the ass of the other nouilles. C’est vraiment un goût particulier, très bon.

Evidemment, cela va sans dire, tout cela se mange avec des baguettes : on pince tant bien que mal un groupe de nouilles que l’on porte à sa bouche et que l’on aspire assez inélégamment directement dans le bol, ce qui fait beaucoup de bruit et personnellement, je n’ai pas encore trouvé la technique pour ne pas me brûler la langue…


Butadon

Le butadon est un plat consistant en des lamelles de porc grillés, marinés dans une sauce « sweet and sour », servies sur du riz (buta veut dire viande de porc et le préfixe –don illustre le fait que ce soit sur le riz). C’est un plat vraiment pas très cher (5€ en moyenne au restaurant, et encore, miso soup et autre side dishes inclus), très commun et vraiment délicieux, autant dire que j’en ai usé et abusé !


Yakiniku

Toujours dans la série « viandes », le yakiniku. Ce n’est pas vraiment un plat, plutôt un concept : c’est le barbecue japonais. A l’inverse de la France où on vous grillerait la viande en cuisine, les restaurants de yakiniku proposent des tables avec un petit barbecue encastré. La viande (généralement bœuf ou agneau, d’ailleurs l’agneau est très prisé à Hokkaido, bien que toujours beaucoup moins cher que chez nous !) est servie crue, en en morceaux émincés, que l’on fait cuire soi-même, et que l’on mange après les avoir trempés dans une sauce assez salée dont je ne connais pas le nom. D’une, c’est amusant, et de deux, c’est délicieux (il faut voir aussi la quantité de viande que l’on peut obtenir pour moins de 10€ !)


Kattedon

A priori, le kattedon est quelque chose que l’on ne mange qu’à Hokkaido, et plus spécialement à Kushiro, dont le Fish Market est célèbre pour cette spécialité. Comme son étymologie l’indique, si vous suivez un peu, le kattedon consiste en un bol de riz… surmonté de sashimi. Pour mieux vous expliquer, vous rentrez dans le Fish Market où partout autour de vous s’étalent des crabes à demi-vivants et autres bêtes fraîchement issues des fonds marins ; dans un coin, un stand propose (entre autres choses) des bols de riz (d’au moins 5 tailles différentes). Après avoir acheté le riz au format désiré, vous vous dirigez vers le centre du Market ou se trouvent un certain nombre de tables, entourées d’étalages proposant diverses sortes de sashimi ; et vous choisissez, à l’unité, tous les poissons ou autres animaux crus que vous désirez, jusqu’à remplir votre bol. Ensuite, vous dégustez, avec sauce soja en prime. Pour environ 7€, j’ai pu tester une dizaine de poissons différents (dont, évidemment, je connais pas le nom) : une expérience grandissime par le goût !


Okonomiyaki

Les okonomiyaki sont des sortes de grosses crêpes dont la pâte contient des oignons, du chou et du fromage (optionnel), que l’on mange assaisonnée avec de la mayonnaise et une sauce marron, salée, qui est spécialement destinée aux okonomiyaki. C’est une spécialité du Kansai, la région de Honshu où se trouvent Osaka et Kyoto. Mes amis japonais du workcamp en avaient préparés pour notre fête de départ, mais ils n’ont cessé de répéter que leurs okonomiyaki étaient beaucoup moins bons que les « vrais ». En tous cas, ce n’était pas mauvais du tout !


Okashi (Sweets)

A mon grand désarroi, le concept de dessert est absent du quotidien japonais. Les repas comportent rarement de composante sucrée, sauf exception ; et si c’est le cas, on mange le sucré alternativement avec les autres composantes salées (très bizarre, et il m’a fallu un petit temps d’adaptation !). Cela ne veut pas pour autant dire que les Japonais dédaignent les sucreries ; on peut en effet trouver pas mal de pâtisseries et tous les convini possèdent un rayon entier de chocolats et de bonbons (leur chocolat n’a d’ailleurs pas le même goût qu’en France et honnêtement je préfère le nôtre).

Parmi les gourmandises hautement populaires, on trouve les soft cream, qui ne sont rien d’autre que les glaces à l’italienne de chez nous ; à la différence qu’on trouve des parfums insolites comme « daizu » (haricots rouges) « raisin de montagne », ou encore « Hokkaido milk ». En tous cas, tous les jeunes Japonais qui participaient au workcamp avec moi en étaient absolument fans !

Les sucreries les plus typiquement japonaises que j’aie goûté sont les mochi (gâteaux de riz) ; j’en ai d’ailleurs ramené à toute ma famille ! Il s’agit de boules de pâte très molle faites à base de farine de riz, d’une consistance étonnamment élastique, et fourrées de toutes sortes de garnitures ; les plus communes étant garnies de daizu. Vraiment très particulier mais assez bon, une fois passée la drôle de première impression laissée par la texture !

Autres friandises, les dango sont également préparées à base de farine de riz. A vrai dire, la première fois que j’en ai vu, j’ai voulu essayer ; leur forme est tellement jolie et appétissante ! Je pensais plutôt que c’était quelque chose de salé, en fait pas du tout : il s’agit d’une pâte très moelleuse et légèrement sucrée, qui s’apparente un peu aux marshmallows, recouverte d’une sauce caramélisée. Le tout est servi chaud. Délicieux !


Itadakimasu !!!

17 octobre 2008

Travel Hokkaido !

Absolument enchantée par mon extrême-oriental voyage, je comptais écrire quelques articles à mon retour immédiat, mais cela n’a malheureusement pas été possible pour une cause bien simple et si connue de nos jours : retard dans l’installation de la connexion internet de ma maison bordelaise. Me voilà donc un peu tardivement à même de vous raconter mes aventures, même si je n’ai plus vraiment peut-être la flamme qui m’animait encore si intensément il y a deux semaines, la routine quotidienne, ses tracas et la sociologie politique ayant progressivement repris leur place dans mon cerveau illuminé de kanjis.

Je voudrais faire dans ce premier article un tour d’horizon de ce que j’ai vu (et aimé, ou pas), lors de mon voyage à Hokkaido, et principalement lors de la dernière semaine où, le workcamp à la ferme s’étant achevé, j’ai voyagé quelques jours toute seule à travers l’île.

Sapporo

Commençons par le commencement, en termes chronologiques mais peut-être aussi en degré de « civilisation » : j’ai atterri le 8 septembre à Sapporo, capitale de l’île du Nord et forte de ses presque 2 millions d’habitants, si je me souviens bien. Je logeais dans une auberge de jeunesse (Ino’s Place : vraiment très bien et English-speaking staff) située dans un quartier assez vivant (Shiroishi) à trois stations de métro du centre proprement dit.
Sapporo est une ville où l’on se sent étrangement bien, étrangement en sécurité, au cœur de son damier de rues propres et bien perpendiculaires, articulées autour d’
Odori-koen (ou Odori Park), sorte de large allée verdoyante qui traverse hardiment plus d’une dizaine de carrefours. Sur ses plates-bandes se succèdent des pelouses impeccables, de charmantes fontaines et des parterres de fleurs très élaborés, le tout parsemé de touristes et de leurs inséparables appareils photos, et de quelques baraques de maïs grillé.Tout au bout d’Odori-koen, on trouve la TV Tower de Sapporo, qui certes ne vaut pas celle de Tokyo (le truc qui ressemble à une mini Tour Eiffel) mais a l’avantage de donner l’heure à des centaines de mètres à la ronde. Un peu plus loin, on trouve Tokei-dai, une église qui rappelle par son architecture les maisons américaines dans le style Petite maison dans la prairie surmontée d’une horloge qui n’a rien de fascinant en soi, mais c’est l’un des grands spots touristiques de la ville (allez savoir pourquoi, je n’ai pas très bien compris moi-même ; l’entrée était trop chère comparée à mon peu de curiosité pour ce bâtiment extérieurement ordinaire).Quelques rues plus à l’ouest, on trouve les locaux de l’ancien gouvernement d’Hokkaido, élégante bâtisse de brique rouge entourée d’un joli parc calme aux eaux recouvertes de nénuphars. A l’intérieur, on trouve quelques expositions intéressantes sur l’histoire de l’île, avec la plupart du temps une traduction en anglais (ce qui est un luxe certain à Hokkaido, comme je fus amenée à le découvrir plus tard). Tout à côté, il y a le jardin botanique de l’Université d’Hokkaido, un endroit magnifique pour qui aime un tant soit peu la nature, un immense havre de paix au cœur de la ville, aux allées interminables traversant divers styles de jardins et de serres contenant une étonnante variété de fleurs. Enfin, tout au sud, par le métro ou bien pour ceux qui aiment bien marcher, on trouve le Nakajima Park, également très joli, alternant étendues d’eau plates et petits courants jalonnés de ponts en bois dans le style jardins japonais. Pour le reste, n’ayez pas peur des grands buildings et de leurs façades clignotantes ; c’est tout de même une ville japonaise ! Mais l’agencement en demeure coloré et élégant, on y trouve les restaurants les plus divers et variés, toute une panoplie de spécialités japonaises et hokkaidiennes, allant jusqu’aux restaurants italiens ou français en cherchant bien. Tout pour plaire !

Tomita Farm à Furano

Furano est une ville d’importance moyenne qui se situe à l’ouest du Parc National Daisetsuzan, le plus important de l’île et situé en son centre. La ferme Tomita en est l’un des hauts lieux touristiques : des champs de fleurs s’étendant jusqu’au pied des montagnes (dont l’utilité économique m’échappe encore), de la lavande et toute l’industrie qui va avec (du parfum jusqu’à la crème glacée), et du melon vendu par tranches ; cela suffit à dépayser les Japonais venus du Sud. En ce sens, bien qu’à l’opposé d’un point de vue cardinal, Hokkaido est un peu la Provence du Japon, malgré la neige qui recouvre tout uniformément à partir du mois de novembre.

Biei

Autre petite ville, au Nord de Furano, Biei est célèbre pour ses champs qui recouvrent collines et vallons d’un patchwork réjouissant de couleurs jaunes, orangées, ou vert éclatant. On y trouve aussi, chose curieuse, un très grand arbre qui me semble être un peuplier, planté ou poussé par hasard en bordure d’une route et célèbre dans tous le pays pour avoir été photographié dans une publicité de notoriété apparemment nationale. Il y a un très grand parking et même un café spécifiquement construits en l’honneur de cette grande œuvre de la nature… (j’ai personnellement mis pas mal de temps à comprendre pourquoi nous nous étions arrêtés là et pourquoi autant de gens en avaient fait de même, et ce qu’ils pouvaient bien prendre en photo si avidement…). Bref, Biei, joli, mais plutôt pour une courte étape que pour une grande semaine de vacances.

Shikaribetsu-ko
On arrive au lac Shikaribetsu par une succession de petites routes entourées d’une forêt dense et néanmoins lumineuse, car parsemée des troncs blancs et des feuilles claires des bouleaux, et égayée de-ci de-là par la teinte rougeoyante de quelques érables. Ce doit être un endroit assez poétique en automne, lorsque la palette vert-jaune-rouge se complète ; mi-septembre, ce tableau s’esquissait à peine. Il faut aussi ajouter que lors de notre visite le temps était plutôt maussade, donnant à l’eau une teinte un peu trop pâle pour être réjouissante. Deux collines dessinent harmonieusement de leur reflet le contour d’une bouche bien pleine ; on peut admirer le panorama de près, au moyen de petites barques louées pour trois fois rien, ou de loin, les pieds trempant agréablement dans l’un des petits onsen gratuits installés sur la berge.

Kushiro
Kushiro est l’une de ces villes tristounettes, assez importantes sans être vraiment vivantes, comme j’en ai traversé plusieurs à Hokkaido. Située sur la côte au Sud-Est de l’île, le train qui m’y a emmenée depuis l’ouest a longé pendant un certain temps un bord de mer sans aucun intérêt, une eau un peu agitée dans les tons marron et gris léchant une berge sans âme qui vive ; la mer à Hokkaido, partout où j’ai pu la voir, contraste fortement avec le rêve touristisé des plages méditerranéennes. La ville est coupée en deux par Kushiro-kawa (la rivière Kushiro), dont l’embouchure est le lieu d’un port assez imposant et moderne ; mais les infrastructures portuaires ne m’inspirent absolument aucune poésie.
Une grande rue centrale rejoint le port et la gare, avec un grand nombre de banques, de magasins d’inutilités et de peu de restaurants, à mon grand désarroi. Cependant, en cherchant dans les recoins (et à condition de lire un peu de japonais), on peut évidemment manger à Kushiro du très bon poisson et pour pas très cher, notamment au grand Fish Market qui se trouve à quelques pas de la gare.
Si la ville en elle-même ne recèle rien de bien intéressant à voir, il faut savoir que Kushiro est entourée de plusieurs spots touristiques naturels, à moins d’une heure de train ou de voiture. Parmi ceux-ci et du fait de la brièveté de mon étape, je n’ai pu visiter que l’un d’entre eux – mais le plus magnifique, selon les dires du tenancier de mon hôtel – Kushiro-shitsugen, petit paradis de nature qui possède d’ailleurs le statut de Parc National.

On s’y arrête dans une petite gare sans le moindre guichet et faite de rondins de bois ; des panneaux sommaires et le plus souvent uniquement ornés de kanjis indiquent un petit itinéraire pédestre, se faufilant au travers de la végétation abondante de passerelles en escaliers, toujours en bois. On s’élève ainsi au-dessus de la plaine pour dominer un panorama en effet séduisant : la Kushiro-kawa faisant d’interminables lacets au cœur d’une verdure indomptée - le tout, en ce qui me concerne, sous un coucher de soleil inondant le paysage d’une curieuse lumière dorée. Les différents chemins s’articulent autour d’un Visitors’ lounge, une sorte de très grand chalet proposant informations et expositions photographiques sur la faune, la flore et les activités possibles dans le Parc, avec quelques inévitables souvenirs et de la crème glacée au raisin de montagne (très bon, soit dit en passant).

Shiretoko
Péninsule au Nord-Est d’Hokkaido, Shiretoko offre un magnifique contraste de paysages : les sommets bleutés des montagnes au loin se prolongent de collines débordantes de végétation et creusées de petites rivières, pour aller plonger dans la mer en falaises et cascades.
Le train s’arrête à Shari, autre ville sans grand intérêt qui semble un peu abandonnée, reliée par bus aux deux seules autres points de ralliement de la zone : Utoro au Nord et Rausu sur la côte Est. Malgré un plan et des horaires exclusivement en japonais, je parviens à prendre le bon bus pour atterrir à Utoro, qui ne semble être qu’un regroupement hasardeux de structures touristiques. Mais, mon hôtel, un charmant minshuku qui ne paye pas de mine, a un onsen privé. Je sors manger dans l’unique restaurant que je trouve, où l’on sert toutes sortes de viandes et de poissons. Les serveuses, soucieuses de ma compréhension de la carte (uniquement en japonais évidemment), me dégotent un jeune homme venu de Tokyo et parlant un anglais approximatif ; lequel m’invite finalement à partager sa table avec lui et sa femme, ce qui s’avéra finalement très drôle et enrichissant.
Le lendemain, excursion jusqu’aux Shiretoko Go-ko (les cinq lacs), un endroit assez fascinant : un petite zone de plaine où cinq petits lacs de tailles variables se tiennent côte à côte, surplombant la mer. Un chemin pédestre permet d’en faire le tour, de passerelles en bois en escaliers rocailleux. Quelques bémols cependant : des files de touristes interminables avec leurs appareils photos et leurs guides bruyants, gâchant la vue et entravant sérieusement la fluidité de la marche ; de plus (pas de chance), une partie du parcours se trouve fermée pour cause « d’alerte à l’ours » : eh oui, il y a pas mal d’ours bruns dans cette région. Plus loin se trouvent les chutes d’eau chaudes de Kamuiwakka, probablement magnifiques avec leurs piscines naturelles ; mais l’accès y est fermé à partir du 20 septembre et je me trouve là le 25 : encore raté.
Prochaine étape : l’onsen naturelle d’Iwaobetsu, trois piscines d’eau claire et bouillante entourées de mousse, dans une zone engorgée tout à fait sauvage, où coule une rivière pour le coup tout à fait froide. Seul hic : difficile d’accès quand on a pas de voiture, et peu de bus y passent. 30 minutes de marche jusqu’à l’arrêt le plus proche, ce n’est pas la mer à boire mais bien sûr, une pluie torrentielle choisit ce moment là pour tomber ; heureusement, un couple de Japonais a la gentillesse de me recueillir en voiture et de me reconduire à Utoro, non sans m’avoir fait partagé leur déjeuner… décidément les Japonais tous âges confondus sont adorables !!!

Sounkyo
Dernière journée ou presque au paradis ; j’arrive à Sounkyo, station thermale située au cœur des gorges du même nom, en milieu d’après-midi. Il fait un froid glaciaire porté par un vent violent, auquel succombent tous mes éventuels projets de l’après-midi. A la place, pourquoi ne pas profiter de la chaleur réconfortante d’un onsen, puisque c’est la spécialité locale ! Tous les (grands) hôtels qui se trouvent là en proposent. Pour moins de trois euros, on peut contempler les gorges de Sounkyo du 7e étage, flottant dans un bain à bulles à une température délicieuse.Les gorges de Sounkyo offrent quand même leur lot de sites naturels incroyables, malgré un hiver précoce. Le Mont Kurodake, dont le sommet culmine à (à peine) 1987 mètres, est accessible par téléphérique à partir de 6 heures du matin (à Hokkaido, le soleil et donc la journée appartiennent à ceux qui se lèvent tôt !). A mon arrivée en haut, surprise : les arbres encore vêtus de leurs couleurs automnales sont également couverts d’une neige fraîche… le mélange des deux saisons forme un tableau charmant. Un télésiège se propose de vous emmener vers d’autres hauteurs ; l’occasion pour moi de noter que les télésièges japonais n’ont pas de barrière (!).
Enfin, un peu en amont du village de Sounkyo, on trouve les chutes de Ryusei et Ginga : deux immenses cascades dégringolant depuis une centaine de mètres, l’une à côté de l’autre, et se rejoignant dans la rivière à leurs pieds. Sur l’autre versant, un escalier assez raide monte dans la colline, ce qui permet d’avoir un point de vue exceptionnel du site, et a l’avantage de supprimer du panorama les touristes prenant la pose ainsi que leurs énormes bus. Ce fut ma dernière véritable excursion, avant de repartir de bus en trains pour Sapporo, puis pour la France...