27 mai 2009

Leaving (behind ?)

Aujourd'hui, moment de nostalgie à faire partager ; et pas de chichis, un moment éminemment, objectivement nostalgique : le départ.
Alors voilà, ces deux années sont passées, on avance, et comme dirait mon ami Souchon, "on a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens" ; alors, à la fin d'une étape eh bien, on continue, on s'en va, faire son nid sous d'autres cieux. Sans bien savoir lesquels d'ailleurs...

La fin d'un époque, c'est ce moment étrange où ce qui était le quotidien le plus banal, l'accessible et le "toujours sous la main", se prépare à plonger dans le passé. A entrer dans une chronologie bien particulière, la trame narrative de notre propre existence, ce qui fait son unicité. Désormais Bordeaux ne sera plus l'endroit où je fais mes études, "ouais, c'est loin, 6h de train, mais c'est une ville sympa, moi j'aime bien", mais une étape délimitée de mon parcours, dont je viendrai à parler sous plusieurs étiquettes : les années de master, ou, quand j'habitais à Bordeaux, ou encore, la période Science-Po... Oui, ce qui était l'atmosphère générale, la constante d'une vingtaine de mois, va se clore telle une grande parenthèse.

On ne quitte jamais définitivement un lieu, encore moins les gens qui y sont associés ; par exemple, je sais que je reviendrai ici une semaine dans l'été, un mois en septembre ; et que je garderai contact avec les personnes importantes rencontrées ici, et que nous aurons bien des occasions de nous revoir, en des circonstances variées... et pourtant, il y a un moment où on sent que "l'on part", que c'est pour de vrai. Ce moment où on sent la rupture impuissante du "c'est fini". Pourquoi maintenant et pas la prochaine fois ? Que perd-on précisément à cet instant-là ? Qu'est-ce qui détermine ce sentiment confus ?

Ce que l'on perd, ce ne sont ni les amis, ni la maison et la chambre qu'on occupait : c'est une mode de vie que l'on abandonne. Un soi associé à cet environnement qui ne sera jamais vraiment pareil à aucun autre, le cadre des évolutions que l'on y a connues, qui y resteront toujours liées. On abandonne une de ces petites vies qui font la grande, et parce que cela semble nécessaire, aller de soi, on le fait sans trop de difficultés. Avec peut-être un refoulement imperceptible qui nous laisse penser qu'on ne "réalise pas". Peut-être parce que réaliser rendrait les choses tellement plus difficiles.

So, bye-bye Bordeaux... la pluie, le rugby, les couloirs de l'IEP, les cours de Darbon, la salle d'escalade de Villenave d'Ornon et les cours de Dominique à la Halle le jeudi soir, les soirées de discute avec les colocs dans l'encadrement de la porte de ma chambre, les post-its sur le frigo, les marches jusqu'à l'appart de Joël et le mataba, les courses effrénées pour attraper le tram, les petites voisines qui piaillent et leurs parents qui s'engueulent, la bêtise des collégiens allant et venant, les matchs de badminton. Et tous ces éléments qui font système pour un temps. Une configuration éphémère au centre de laquelle, si petite soit-elle, j'avais ma place.

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