02 août 2009
Ah...
Il faut dire que quand il s'agit d'émotion, je ne maîtrise plus grande chose, je ne tends plus vers rien et... tiens, je ne suis tellement pas la seule ! Quel manque crucial d'originalité.
Réflexion que je me fais, cette après midi 14h37 (alentours), sur une route de campagne qui me ramène du boulot en écoutant France Inter (et une écrivaine qui sert un discours terriblement lassant, ressassé, sur des relations de couple etc.) : pourquoi les gens un tant soit peu intelligents qui ont un quelconque problème versent-ils dans l'autoanalyse écrite ? Quel manque d'originalité.
Nous sommes tous là, un journal intime, des feuillets sans nom, un blog livré en patûre à la blogosphère et j'en passe ; à la recherche d'un support pour raconter notre vie et nous plaire à nous y complaire en pensant que cela pourrait intéresser... qui ?
Qui cela pourrait-il bien intéresser de lire les déboires et la fierté affichée de pauvres mal adaptés qui s'imaginent plus profonds qu'ils ne le sont ? Eh bien, les semblables. Les autres occupés à se triturer le cerveau à coup de belles phrases incompréhensibles (il est plus sûr de faire du beau lorsque l'on se départit du sens) : des hameçons à poissons morts.
Il suffit de se rappeler, Librisme, ce réservoir de gens à problèmes heureux de se retrouver entre eux et gratouiller leurs blessures, pour voir, à quel point on se ressemble, tu penses, est-ce que ta souffrance pourrait se coller à la mienne, et d'où un immensément fragile puzzle de pièces mal engoncées, je t'aime, moi non plus, toi oui, mais encore... et vogue le temps et les phases de joie excessives, et de destruction massive...
Via les mots et le ô vénéré support virtuel.
Et dire que cela aurait pu être tellement beau... mais les gens à problèmes sont des gens étriqués peu enclins à se poser les questions nécessaires quand il est temps. Mieux vaut tout poser, tout superposer, équilibrer à force de béquilles vacillantes, jusqu'au jour où tout s'écroule et où l'on se dit qu'il aurait fallu commencer par l'autre bout. Et nous recommencerons ? Ah, mes semblables ! On ne s'y noiera jamais assez.
27 mai 2009
Leaving (behind ?)
Alors voilà, ces deux années sont passées, on avance, et comme dirait mon ami Souchon, "on a pas assez d'essence pour faire la route dans l'autre sens" ; alors, à la fin d'une étape eh bien, on continue, on s'en va, faire son nid sous d'autres cieux. Sans bien savoir lesquels d'ailleurs...
La fin d'un époque, c'est ce moment étrange où ce qui était le quotidien le plus banal, l'accessible et le "toujours sous la main", se prépare à plonger dans le passé. A entrer dans une chronologie bien particulière, la trame narrative de notre propre existence, ce qui fait son unicité. Désormais Bordeaux ne sera plus l'endroit où je fais mes études, "ouais, c'est loin, 6h de train, mais c'est une ville sympa, moi j'aime bien", mais une étape délimitée de mon parcours, dont je viendrai à parler sous plusieurs étiquettes : les années de master, ou, quand j'habitais à Bordeaux, ou encore, la période Science-Po... Oui, ce qui était l'atmosphère générale, la constante d'une vingtaine de mois, va se clore telle une grande parenthèse.
On ne quitte jamais définitivement un lieu, encore moins les gens qui y sont associés ; par exemple, je sais que je reviendrai ici une semaine dans l'été, un mois en septembre ; et que je garderai contact avec les personnes importantes rencontrées ici, et que nous aurons bien des occasions de nous revoir, en des circonstances variées... et pourtant, il y a un moment où on sent que "l'on part", que c'est pour de vrai. Ce moment où on sent la rupture impuissante du "c'est fini". Pourquoi maintenant et pas la prochaine fois ? Que perd-on précisément à cet instant-là ? Qu'est-ce qui détermine ce sentiment confus ?
Ce que l'on perd, ce ne sont ni les amis, ni la maison et la chambre qu'on occupait : c'est une mode de vie que l'on abandonne. Un soi associé à cet environnement qui ne sera jamais vraiment pareil à aucun autre, le cadre des évolutions que l'on y a connues, qui y resteront toujours liées. On abandonne une de ces petites vies qui font la grande, et parce que cela semble nécessaire, aller de soi, on le fait sans trop de difficultés. Avec peut-être un refoulement imperceptible qui nous l
aisse penser qu'on ne "réalise pas". Peut-être parce que réaliser rendrait les choses tellement plus difficiles.So, bye-bye Bordeaux... la pluie, le rugby, les couloirs de l'IEP, les cours de Darbon, la salle d'escalade de Villenave d'Ornon et les cours de Dominique à la Halle le jeudi soir, les soirées de discute avec les colocs dans l'encadrement de la porte de ma chambre, les post-its sur le frigo, les marches jusqu'à l'appart de Joël et le mataba, les courses effrénées pour attraper le tram, les petites voisines qui piaillent et leurs parents qui s'engueulent, la bêtise des collégiens allant et venant, les matchs de badminton. Et tous ces éléments qui font système pour un temps. Une configuration éphémère au centre de laquelle, si petite soit-elle, j'avais ma place.
18 mai 2009
Petites choses
Ce soir j'avais juste envie de dire des bêtises, sans savoir à qui les dire vraiment. Qui ça intéresserait ? Qui en serait touché ? Qui serait à la (bonne) hauteur ? Les petites choses sont fragiles, elles survivent mal au dédain, elles survivent mal aux grandes difficultés de la vie que nous traversons, pensons-nous, vaillamment. Les petites choses sont là pour les yeux qui les voient en fouillant l'horizon, pour les idées désoeuvrées qui se traînent à la cime des arbres en cherchant un petit peu de quoi s'égayer. Ce soir je courais dans le parc, il y avait l'odeur de l'herbe mouillée, et des pétales de fleurs blanches écrasés dans le sable du chemin, et l'eau sombre et miroitante de cette sorte de mare, troublée de temps en temps par les cercles de poissons venant s'abreuver d'air. Et le soleil tapait un peu sur mon visage, et les feuilles de cet arbre à la forme si étrange et si nette, si vertes. Un érable ?
J'aime bien l'oblicité du soleil du soir, et la texture plastique de l'herbe fraîche quand on emmêle ses doigts le long des tiges. J'aime avoir l'impression d'échapper au temps - j'aime le fait d'être capable de succomber à l'illusion. Marcher en laissant beaucoup balancer ses bras le long du corps, et regarder son ombre osciller sur le bord du trottoir. Les petites choses ont l'air toutes bêtes quand on les empile ; probablement se vivent et ne se disent que très peu. Mais elles se partagent et un instant, je me suis sentie vraiment triste d'être seule à les recueillir.
16 mai 2009
La solitude est toujours relative - et relativement productive
Rêvasser ne sert à rien, se torturer gentiment l'esprit non plus, si ce n'est à se faire mal, un petit peu, beaucoup, jusqu'à ce que ça dérive au moment où, tard le soir, on se retrouve seule face à ses frustrations avec 1) des envies relationnellement suicidaires (pulsions visant à "vider son sac", confesser tout à trac tout ce qui à l'intérieur fait de nous un être humain infréquentable, névrosé, égoïste et j'en passe) 2) des envies physiquement violentes (du genre, mettre son poing dans un mur, donner des coups de pieds dans les meubles, et surtout se laisser des marques de martyr) 3) un relâchement total qui implique l'anéantissement de toute fierté (pleurnicher, pleurer, écouter tous les trucs plus déprimants qu'on a sur son PC, relire les sms, textos, emails, re-re-regarder les photos et toutes autres preuves tangibles d'un "bon vieux temps" révolu).Bref, pas super classe, et pas super productif.
Mais rêvasser, être malheureux, déconcentré, ça rend productif en matière d'écriture. Je salue ici tous les gens heureux qui écrivent dans leurs humeurs normales, et les félicite ; probablement, s'ils ne font pas dans le trop mielleux, ce sont eux les artistes, ceux qui ont du "talent".
J'ai mis du temps à comprendre que je n'en avais pas et que ce n'était qu'un joli exutoire ; mais ce n'est pas si mal. C'est sortir quelque chose dont on peut être fier à un moment où il ne semble pas y avoir grand chose à tirer de soi-même. Bon à prendre, donc, tant que l'on a pas d'illusions sur sa grandeur artistique. Admettre que je me sens assez mal pour avoir envie/besoin d'écrire n'est pas forcément ce qu'il y a de plus plaisant, évidemment ; mais le reconnaître semble honnête, en tous cas.
Ecrire un petit peu pour ne pas dire grand-chose, coller au format du blog, qui nous impose arbitrairement son inévitable classement journalier, espérer que quelques anciens - amis, ennemis, connaissances, curieux - passeront par là, et qu'au moins on se touchera du bout des doigts sans nécessairement le savoir - la vague et mystérieuse présence des autres virtuels, leur couleur d'incertitude ; leur intérêt, peut-être dénué d'objet.
Mettre une jolie image par-ci par-là, un truc trouvé sur Google.image après une recherche au fin fond des pages d'un mot-clé des plus improbables ; trouver une couleur de police, faire un truc esthétique, se relire et trouver des passages bien tournés ; faire passer le temps et faire naître si l'on peut, tout au fond l'étincelle des mauvaises passes qui, si étouffée soit elle par des obscurités mouvantes, n'en est pas moins une étincelle ; quelque chose de vif, qui brille, sur quoi accrocher son regard et plus si affinités...
Ironiquement, toutes les expériences d'écriture balbutiantes des "gens comme moi" (ie, pas les artistes sus-mentionnés) commencent et recommencent en légitimant leur accès à l'écriture - ça, c'est fait. Demain, si le coeur ne m'en dit pas plus, nous parlerons de grands mots, de sentiments profonds, de tristesse incommensurables et autres joyeusetés. Chaque chose en son temps.
11 février 2009
Sous l'eau en silence

I've not defined the word yet
A chance to set your back straight
A chance to find some feeling
You say you will come home soon
Won't see you most the weekday
I miss you at the best of times
You help me walk that fine line
Sometimes you pale on reflection
This walking figure might have nine lives
Sometimes you pale with desire
I don't know whether you've used
All your lives
You talk about forgiveness
I've yet to find the meaning
I miss you at the best of times
You help me walk that fine line...
23 juin 2008
Summer nights
C’est toujours un plaisir singulier que de sortir par l’une des premières nuits de l’été ; les nuits d’été ont une odeur, presque une saveur particulière. Un arôme diffus à l’extrême dans l’air et pourtant indiciblement présent, une odeur de fête, de sable humide et le goût de l’alcool dans la bouche des garçons… Le bruissement des feuilles même et leur découpe imprécise sur le ciel presque noir apporte tranquillement son lot de réminiscences. La nuit estivale forte de ses souvenirs passés traîne dans son sillage un arrière-goût d’infinie possibilité, des traces d’adrénalines prêtes à se réveiller, à glisser au creux des veines ce sentiment d’excitation à la fois vain et étourdissant qui accompagne les soirées dérivant bien loin de ce qu’elles avaient pu laisser imaginer.La nuit d’été enchante la nature aussi bien que les êtres qui la peuplent à demi, donnant à l’espace une profondeur mystérieuse, aux bruits des insectes une dimension paisible et poétique, masquant les visages d’une brume troublante qui porte à confondre grimaces et sourires. Fraîche et caressante, la nuit épouse les corps et les rend malléables ; elle plonge les esprits dans une humeur intrépide qui ne se laisse plus guère réfréner par les peurs du lendemain. C’est soudain l’envie étonnante de faire des choses qui ont du sens ou qui en ont moins ; de s’immerger dans une solitude tremblante et pourtant impatiente, ou encore le besoin impérieux de trouver un autre à qui se lier, une épaule sur laquelle reposer sa tête tandis que les yeux se perdent dans un horizon incertain… Le ciel sombre nous privant à peu près de l’un de nos sens essentiels, nos perceptions s’en trouvent bouleversées et nos autres sens exacerbés. La nuit par ses apparences de secret factice amène aux plus curieux mélanges ; on en sort parfois ébloui, surpris de s’y être laissé prendre, lorsque la clarté matinale vient rompre le charme qui avait si aisément empli l’air obscurci. Des doigts qui l’instant d’avant se muaient en frôlements angéliques retrouvent subitement la gênante réalité de la chair. La lumière précipitamment étouffe tout ce que sa négation impliquait de rêves et d’incroyables promesses.
Les nuits d’été sont d’étranges parenthèses dans des existences d’ordinaire soumises à des lois raisonnables. C’est ce qui les fait magiques et à la fois irréelles ; aussi, terriblement mélancoliques tellement le contraste qu’elles opposent au reste est déroutant… Aussi insaisissables et éphémères que de purs songes, il est pourtant plus difficile d’effacer ces mots murmurés avant l’aube traître, ces frissons si incroyables qu’on a pu leur abandonner un moment sa conscience. Une vie rangée s’accommode mal de ces délicieux petits dérapages, qui ne se laissent rationaliser qu’au prix de l’oubli du plaisir éprouvé.
Je suis trop romantique certainement pour renoncer à ces objets fragiles cachés en quelque recoin de mon être et qui parfois resurgissent, sans autre logique que la leur propre. J’y suis trop attachée pour y creuser ou y rechercher quelque raison évidente, quelque preuve tangible. Je me contente de les laisser graviter et m’assaillir sans prévenir lorsque, m’offrant sans réfléchir une balade nocturne en juin, tous ces visages, ces peaux et ces murmures et ces étreintes innombrables se condensent en un nuage délétère qui une seconde m’enveloppe pour me ramener aussitôt au bien trop sage instant présent.
27 octobre 2007
Toute petite réflexion sur le questionnaire de Proust
Voici un petit article pour accorder mon blog à l’air du temps. C’est-à-dire, rêveries éparses sur tout et rien, éphémères inspirations poétiques, et désir latent de toutes sortes de choses qui semblent simplement intouchables... et par là, adorables, comme toujours.Je vais donc dans une nouvelle école et vois de nouveaux gens. Je participe le mardi à un cours d’anglais dont les discussions maladroites, langues étrangères obligent, m’amusent étonnamment bien que la professeur(e?) me soit un brin insupportable. Mais il y a de l’idée dans ses sujets de cours, je dois dire.
La semaine dernière nous avons donc discuté du « questionnaire de Proust ». Mais qu’est-ce ? Tout d’abord, la version complète de ce questionnaire peut être trouvée à cette adresse. Ce questionnaire est un exemple d’amusement des jeunes gens à l’époque de la Belle Epoque ; lors de fêtes d’anniversaire par exemple, on faisait remplir aux invités un questionnaire, que l’on pourrait rapprocher des longues séries de questions à se renvoyer indéfiniment dans les chain-mails d’aujourd’hui. Comme c’était une toute autre période, et certainement un autre milieu social, les questions sont évidemment plus spirituelles, culturelles, voire philosophiques. Ainsi, le questionnaire peut débuter sur « Quelle est votre idée du bonheur parfait ? » au lieu du terriblement intelligent « Quelle heure est-il ? » actuel. Mais passons.
On parle du « questionnaire de Proust » car ce dernier est connu pour y avoir répondu avec une certaine originalité, et un art particulier - quoique ses réponses ne paraissent pas forcément formidables à chaque fois, et que cet intérêt soit probablement lié à la reconnaissance de l’auteur de talent qu’il fut, j’ai pourtant aimé certaines d’entre elles. Tout particulièrement celles-ci (en VO s’il vous plaît):
- Feminine charm
The quality you most like in a woman?
- A man’s virtues, and frankness in friendship
Voilà qui m’enchante curieusement, me touche même. Proust aimait chez les hommes une once de charme féminin ; et chez les femmes des vertus masculines, ainsi que de la « franchise dans la camaraderie ». Ce qui est a priori original et étonnant, l’individu moyen apprécierait certainement l’inverse. La prof de préciser alors que « nous connaissons tous l’orientation sexuelle de l’auteur » - ce qui, même si on ne la connaissait pas (ce qui était mon cas), nous l’a révélé, car on ne spécifie l’orientation sexuelle des gens que lorsqu’elle est déviante...
Ces deux affirmations doivent-elles pour autant être mises en lien avec les mystérieuses lois de l’attirance ? Je ne crois pas. Car on aime plus souvent les hommes et les femmes dans un autre cadre. Et moi, qui suis pour l’instant formellement hétérosexuelle (pas forcément pour mon bien), je n’aurais pas su mieux répondre à ces questions en apparence si vastes.
Est-ce que j’aime les hommes pour leurs « charmes féminins » ? Pas exactement. Mais je recherche inconsciemment en eux des qualités féminines. Et me sens apaisée lorsque je les trouve. Par exemple, j’aime les hommes qui parlent beaucoup, sur quelque ton que ce soit. Querelleur, amical, amusant ou confident, peu m’importe, j’aime qu’ils communiquent et qu’ils soient capables de le faire sur tout, ou du moins d’en donner l’impression. J’aime qu’ils sachent, avec tact et dignité, exprimer leurs émotions. J’aiment qu’ils n’aient pas peur d’avoir l’air faibles parfois, j’irais même jusqu’à dire que j’admire ceux qui sont capables de pleurer devant autrui sans avoir honte. En résumé, qu’ils soient capables de relâchement et qu’ils oublient parfois d’être fiers. Car fiers, ils le seront toujours assez ; cela fait partie des qualités considérées comme masculines ; ils en auront appris bien assez en grandissant en tant qu’hommes. Et j’aime aussi la douceur, la gentillesse de certains ; ceux chez qui ce n’est pas un caractère exceptionnel, mais une partie de leur manière d’être. C’est agréable et ça inspire la confiance. Aussi féminin qu’on veuille que ça soit.
J’ai rarement rencontré de garçons dont j’ai pensé qu’ils ressemblaient trop à des filles. Et ceux qui sont exagérément maniérés ne m’inspirent que de l’indifférence. Comme tous ces gens qui s’attachent trop aux apparences.
A l’inverse, j’aime chez les filles cette force déclarée qui les pousse à ne pas vouloir rentrer dans la case. Car la case des filles est tout de même plus petite que celle des garçons, il me semble. J’admire les filles qui n’ont pas peur d’aller au-delà des limites de genre pour s’épanouir en tant qu’être humain et se réaliser à quelque niveau que ce soit. J’aime les filles ambitieuses et naturelles, voyantes et un peu rebelles, qui parlent trop fort, qui n’ont pas peur de l’adversité, et qui savent retenir leurs larmes quand c’est nécessaire. Bref, le contraire de ce que j’aime chez les garçons à peu près... parce que ce n’est pas ce qu’on leur aura appris, à elles.
Je n’aime pas les schémas de genre et ni les autres et j’ai l’esprit critique, pour cela comme pour le reste, je ne peux pas m’empêcher de tout remettre en question. Je suis curieuse. J’ai envie de voir le maximum de choses, de vivre le maximum de choses et mon corps à cela est déjà une assez grande limite. Pas la peine d’en créer d’autres ou de laisser les autres en créer pour moi là où elles ne servent à rien.
J’aime me trouver des points communs avec les gens, garçons ou filles, hommes ou femmes. Y a-t-il vraiment quelque chose de si illogique là-dedans ?
Pourtant, je vois bien que la majorité des gens se sentent bien dans les cases. Elles semblent largement assez grandes pour eux. Du coup, je me sens parfois orgueilleuse de penser ainsi. Ou à côté de la plaque. Les garçons aiment les filles « bien féminines », et les filles fantasment sur des hommes « bien virils ». Qu’ils désireront. Qui les protègeront. Clic - comme une pièce de puzzle bien enclenchée. Je ne pourrais jamais m’associer à quelqu’un comme ça. J’y perdrais mon estime... puis, ça ne m’intéresserait pas. J’ai besoin d’aller au plus profond des gens, pour trouver quelque chose à quoi m’accrocher. Connaître leurs opinions sur un millier de petites choses, qui les rendront réellement uniques. Mélanger mon monde au leur comme une flaque de peinture bleue se noierait avec une flaque de peinture jaune, donnant une nouvelle sorte de vert. Effaçant le maximum de barrières qui sont autant de possibilités de séparation. S’ouvrir... autant qu’on le peut. Ca ressemblerait à ça, un couple pour moi. En dehors de ça, je ne vois pas grand chose. Ce serait faire les choses à moitié. Alors qu’on parle de faire sa vie, à deux. Je ne pourrais pas mal le faire. Je suis vraiment trop utopiste ?
31 mai 2007
To be sad or not to be sad
J’ai un leitmotiv depuis quelque temps : on peut contrôler ses émotions. On peut être maître de soi tout le temps ; on peut ne pas s’écouter et ne pas se laisser glisser dans des tristesses vaines et larmoyantes. On peut. C’est difficile. Mais c’est possible. En réalité, pas tout n’est question de volonté mais beaucoup de choses. Il s’agit d’être rationnel, la condition préalable pour être fort. Etre triste en soi ne sert à rien, c’est proprement contre-productif et c’est à sens unique : on coule parce que quelque chose nous pousse vers le bas et plutôt que d’en prendre le contre-pied, on se laisse noyer, on accueille cette boule douloureuse qui remonte au fond de la gorge comme un petit animal apprivoisé. On prend son malheur entre ses bras et on le cajole. Ca peut durer des mois.
Pleurer semble soulager, les larmes sortent si facilement, mouillent harmonieusement les globes oculaires des paupières aux pupilles et nous donnent l’air de stars de cinéma l’espace de cinq minutes. Une fois qu’elles débordent de nos yeux, généralement on ne ressemble plus à rien. On respire mal, on n’arrive plus à s’exprimer correctement, on sanglote sans plus savoir pourquoi. D’ailleurs savoir pourquoi compte peu, arrivé à ce stade ; on a quitté le terrain de la rationalité depuis longtemps, on est passé sur la scène dramatique de la complaisance dans la douleur.
Certes il y a des souffrances qui méritent des larmes, qui ne sauraient les empêcher ne serait-ce que parce que l’on possède un fond d’humanité. Certaines, j’en conviens, mais bien peu en comparaison de toutes ces larmes versées en n’importe quels lieux et temps. Il est anormal de pleurer pour les garçons, paraît-il. Et norme sociale ou pas, peu le font. Du moins, pas en public, donc forcément moins, au su de tout le monde. Il est absolument admis que les filles pleurent quand elles souffrent. A tel point que si elles ne pleurent pas, on ne croira pas qu’elles sont réellement blessées. C’est idiot, mais c’est un fait. Testé : les autres vous traitent normalement, rationnellement, tant que vos yeux et vos joues sont secs. Même si vous avouez être triste à en crever, il essaieront de vous faire face avec des arguments logiques. Ils peuvent même être durs ou désagréables s’ils sont eux-mêmes de mauvaise humeur, ou peu enclins à être à l’écoute. Mais à partir du moment où de l’eau brille sous vos cils, et que votre voix se brouille, tout s’inverse. Le ton le plus acariâtre se muera en une tendresse plus ou moins mêlée de pitié. Même moins, je n’aime pas la pitié. Et cette expérience est toujours vraie. Si vous êtes une fille du moins, on ne prend votre tristesse au sérieux que si votre visage s’inonde. Personne ne songe à sonder les blessures muettes, comme on le ferait chez un garçon têtu et fermé. Si vous êtes à même de former la carapace, celle-ci sera belle et bien impénétrable.
En conclusion, il faut bien avouer que les larmes sont un moyen, même inconscient, de se faire plaindre, de s’attirer au moins de la compassion, de cesser toute hostilité, et de passer pour attendrir dans le rôle du faible qui a besoin d’être protégé. Et tout cela, on le fait instinctivement ; ce n’en est pas moins vrai.
J’ai remarqué quelque chose cependant - ça s’est vérifié pour moi, je serais mal placée pour en parler à la place des autres. Je ne pleure que pour des choses relativement tristes. Et pas lors des véritables tragédies, si rares qu’elles puissent être ; ces évènements qui vous laissent totalement anéanti, incapable presque de réaction et de décision, et qui impriment tout en silence le traumatisme un peu partout. Ca rejoint la vérité physiologique : quand la blessure est trop profonde, on ne la sent plus. Quand les nerfs sont sectionnés, la douleur s’estompe, mais le corps est alors plus vulnérable que jamais, inapte à se défendre contre ce qui l’agresse, parce qu’il l’ignore désormais. Cette section des nerfs est un dernier retranchement ; la métaphore peut s’appliquer aux douleurs psychologiques, je pense. La partie de notre cerveau qui vit la souffrance se déconnecte de celle qui réfléchit. La seconde ne plus venir au secours de la première ; celle-ci l’a, du moins provisoirement, mise hors service. Le temps peut-être transforme les entailles en cicatrices et la connexion se refait, on revit, on réapprend, et plus tard, on découvre où se cachent les séquelles du choc. Mais pendant tout ce temps-là, pas une larme ne se sera échappée. L’extérieur sera demeuré froid. Selon les situations, en fonction de si la tristesse est partagée ou non, on vous en blâmera ou on vous ignorera. Dans les deux cas, personne n’est là pour tendre la main, car la douleur, trop enfouie, n’est pas directement perceptible.
Il ne s’agit alors plus de contrôle de soi, mais d’impuissance. Cela aura l’apparence de la dignité, ce ne sera qu’une paralysie provisoire. Si elle dure trop longtemps, je crois qu’on peut ne jamais en guérir.
Pour en revenir au sujet de départ, la question est de savoir où trouver les ressources nécessaires pour combattre la tendance descendante et nager vers la surface avant d’être trop engloutie. Il faut trouver quelque chose de suffisamment gai, et de suffisamment proche, pour s’y accrocher. Il faut trouver quelque chose de gai, mais de non lié à la chose triste, et c’est bien cela le plus délicat. Quand l’instant va mal, plein de morceaux de passé semblent idylliques, et s’y raccrocher est plus qu’inutile, ce sont comme de grosses pierres qui filent encore plus vite vers le fond de l’eau. Trouver n’importe quoi d’autre : des perspectives sur un plan différent. C’est difficile. C’est une question de volonté.
Il faut savoir si l’on veut s’arrêter à pleurnicher sur un état de fait, souvent inchangeable, mais qui ne doit pas nécessairement nous arrêter. Aller de l’avant. Ouvrir des portes sans trop se soucier de celles qui ont pu se fermer. Et quand il s’agit d’au revoirs, apprendre que si l’on n’est pas capable de les prononcer, il faut au moins savoir les entendre.
Ce soir je n’ai pas mangé. C’est un premier signe que l’on va mal ; je vais essayer d’avaler la bestiole parasite qui coince mon oesophage, du riz et du poulet devraient la faire descendre, et moi, je vais remonter la première marche sur laquelle j’ai bêtement glissé.
Etrange, mais pour la première fois depuis longtemps, écrire m’a fait du bien.
09 février 2007
A 40° comme de la bonne vodka ?
Peut-on se permettre n'importe quoi en se prévalant d'un indiscutable "second degré" ?Peut-on se permettre n'importe quoi au nom du bon délire bien mâle ?
J'avoue que je me pose la question. Je suis un peu perplexe à la lecture des paroles d'une chanson que je viens de connaître grâce à Floriane : TTC - Girlfriend - il paraît que c'est connu, je ne connaissais pas (checkez le lien, je refuse de polluer mes pages avec un vocabulaire aussi répugnant).
J'ai donc pris connaissance des paroles, et j'avoue qu'à la première lecture j'avais bien plus envie de vomir que de m'hilarer devant mon ordi en me disant "ah ah ah c'est forcément du second degré, (ou du énième) bon délire, ils se sont gavéééés !!"
Mais j'ai également perdu le goût de perdre mon énergie à crier vainement des insultes destinées aux merdes en tout genre qui peuplent la planète. Je suis plus brillante qu'eux, et ma fierté m'interdit désormais de m'abaisser à ce genre de mesquineries. Calmement je me rends donc sur Google et recherche quelques discussions concernant ce fameux titre. J'en trouve plutôt l'éloge, appuyée par la magnifique excuse du second degré, du "c'est un bon délire entre potes", et du "ça doit bien envoyer en boîte".
Ok.
Du second degré donc. Dans un sens, c'est plutôt rassurant, parce que les paroles sont quand même ignobles, et si vous voulez mon avis, il faut être un bon crasseux d'un goût douteux pour arriver à les sortir de sa bouche tranquillement "en délirant". Dans un autre, c'est plutôt malsain, et pour deux bonnes raisons.
Nulle part dans cette chanson il n'est mentionné un explicite usage de second degré, et donc, une parodie éventuelle de chansons rap hautement misogynes, que plein de gens apprécient en tant que telles par ailleurs. J'ai écouté du rap pendant bien assez longtemps pour savoir de quoi je parle. "Ramène moi une p'tite pute que j'la fasse crier du bout d'ma bite" chantait en toute élégance et poésie Booba de Lunatic, aujourd'hui très à la mode. La chanson de TTC est explicitement pire ; qui dira à un gamin de 12 ans que TTC dit de la merde pour faire rire ses potes, mais que Booba quant à lui est bien sérieux ? Je suppose que le gamin, pas très évolué, du haut de ses douze ans, se contentera de délirer bien sérieusement sur le sujet évoqué en lui-même.
La seconde raison, je vais peut-être la jouer dramatique, c'est que ce genre de paroles ne peut pas faire rire, et même pas à moitié, un certain nombre de personnes. C'est de trop. Je sais que la plupart des garçons, et bien des filles probablement aussi d'ailleurs, ne peuvent imaginer ce qu'est un viol, et qu'ils ne cherchent pas à le faire non plus. Je suppose que ce n'est pas intéressant pour quiconque n'a pas été confronté de près à ce phénomène. C'est une question d'intégrité physique non respectée, d'abord. Et ça mêle tout un tas de sentiments profondément violents et négatifs, de la douleur physique, l'impuissance et l'humiliation à la honte voire la culpabilité d'on ne sait pas vraiment quoi. Des filles ont peut-être vécu des situations semblables à la "girlfriend" fantasmatique et "délirante" des TTC, et pas de leur plein gré.
Je ne crois pas que l'on puisse rire de ça.
Je ne crois pas que l'on puisse laisser sciemment traîner une ambiguïté pareille lorsqu'on sait que des ados par définition influençables sont le public cible des rappeurs en général.

Et d'ailleurs, je crois que ce genre de délire ne peut exister que parce que les filles sont effectivement considérées comme des objets baisables dans un coin du cerveau de tout le monde.
Alors je crois que même entre potes, "trop" délirer là-dessus est malsain.
Et en faire un titre destiné à un large public devient carrément insultant. Finalement, je me moque de ce que les auteurs de ces lyrics pensent vraiment des femmes - comme de ma première chaussette. Ce n'est pas l'important ; l'important c'est que les mots ont leur influence, bien plus étendue qu'on ne veut bien le croire. Ce sont les mots qui véhiculent les idées d'une génération à une autre, qui impriment des conceptions dans les inconscients. Ils sont à manier avec précaution. Le second degré et l'humour ne sont pas des excuses ; si l'on est pas assez fin pour manier ces instruments à bon escient, mieux vaut s'abstenir.
23 décembre 2006
Chers lecteurs, lectrices
Enfin, la joie de retrouver le pays natal n’en a pas vraiment été altérée. C’est bientôt Noël ici, et je suis comme les enfants pour ça, même si c’est très formel Noël, j’aime bien. (Ca doit être en partie, grosse partie, à cause de la bouffe, je suis une fille qui « mange bien », modèle rarissime il se trouve, de nos jours.)
Il y a quelques choses qui ont changé depuis mon départ, en bien ou en mal, difficile à dire ; la température déjà qui est descendue de plusieurs dizaines de degrés (j’exagère ?) me laissant perplexe sous un soleil de neige et des étendues d’herbes givrées le matin ; quelques personnes par-ci par-là, amis ou ennemis, qui s’éloignent comme s’ils glissaient lentement sur une pente délicatement opposée ; et d’autres qui se rapprochent, alors qu’on ne s’y attendait plus vraiment ; l’absence et l’attente tissent des liens étranges, avec leur propre logique, parfois difficile à saisir en termes de relations de proximité, et c’est comme si on ne pouvait pas faire grand-chose, si on n’avait pas appris les règles de ce jeu un peu déroutant. On apprend et on suit, les choses se passent d’elles-mêmes, et il ne reste que des sourires et des grimaces à se peindre sur le visage si elles ne sont pas exactement ce que l’on voulait.
Le risque est pris et la parenthèse est close, il n’est plus temps maintenant de se retourner sur des erreurs éventuelles ; « mieux vaut avoir des remords que des regrets » me disait récemment un garçon aux yeux clairs après avoir descendu aux trois quarts une bouteille de J&B ; eh bien, ce qui est fait est fait, et il ne servirait à rien de courir en tous sens. On ramassera les pièces qui restent, et on leur mélangera les nouvelles, les souvenirs étrangers, ça finira bien par former un puzzle acceptable, quelque chose à prendre en main et à faire pousser dans un coin, un avenir.
Me revoilà, à quelques jours d’une nouvelle année, dois-je faire des voeux, dois-je envoyer quelques uns de ces mails impersonnels, dois-je garder un silence calme en pensant qu’il satisfera ceux qui me connaissent un peu ? Souhaiter des choses est simple, aux autres comme à soi, c’est un engagement minime en matière de réalisation, un exercice euphorique qui fait sourire, mais qui a autant d’impact qu’un souffle de vent au travers d’une fenêtre mal fermée. Une nouvelle année est aussi un instant propice à de fameuses « bonnes » résolutions ; plus égoïste peut-être, mais pour être mené à bien l’exercice est moins aisé. Il faudrait être réglé comme du papier à musique pour les faire jaillir à la veille du premier de l’an ; mais les résolutions sont de bonnes choses de toute façon, ce sont des décisions à partir desquelles on a dessiné des axes, des marches d’escaliers dont on ne voit pas forcément le bout, mais sur lesquelles on a déjà, fièrement, posé le pied. Je crois que les miennes sont simples, en apparence, et se résument rapidement à des lignes vagues : me trouver un avenir à vocation professionnelle et mettre un frein à mes périodes d’émotivité excessive, mon deuxième n’étant absolument pas compatible avec mon premier. Il me faut un minimum d’émotion pour réfléchir, mais lorsqu’une vague trop grosse passe, elle emporte toute la raison avec elle ; il faut que cela cesse ; il faut devenir plus forte ; c’est important pour une fille ; et c’est beaucoup une question de volonté.
Je suis déjà à moitié extirpée de mauvais côté de l’humanité dans lequel le sort, auquel je n’imagine pas de décideur, m’a placée il y a une vingtaine d’années. Je compte bien que cela continue. L’idéal serait de faire rentrer le futur dans ce cadre complexe et quelque peu idéalisé. Peut-être, peut-être pas. Il faut savoir aussi se laisser aller au gré des évènements - certains ne savent faire que ça, mais d’autres y sont trop peu enclins ; j’en suis et je dois y travailler. Me laisser séduire par des opportunités qui pourraient même ressembler à des obstacles sur le chemin tracé. Tant que la passion n’est remplacée que par une autre, cela me va encore.
Sur ce, il me faut vous quitter avec des voeux bien simples ; joyeux Noël, bonne année ; je vous fais confiance pour trouver chacun un moyen d’apprécier cette période, formellement ou informellement, avec ou sans alcool. Que tout le monde décide de vivre un peu plus cette année, avec toujours, de la volonté avant tout - BELIEVE IN YOURSELVES !
08 novembre 2006
About being in love
Qui est celui qui m’a dit, quelque temps avant mon départ « Tu vas tomber amoureuse à Londres ? » Et à qui j’ai répondu, ironique « c’est ça », voire cynique « sûrement » et probablement ajouté une énormité catégorique du genre « je ne suis pas (plus) le genre de fille qui tombe amoureuse »?
Qui est-il ? Que je lui fasse mes excuses. Je suis TOUJOURS amoureuse. Je suis amoureuse depuis que je suis capable de comprendre ce que ce sentiment peut-être. C’est-à-dire, à peu près, depuis l’âge de douze ans - oui.
Officiellement depuis, j’ai été amoureuse trois fois - trois, chiffre magique, chiffre fatidique, jamais deux sans trois mais après trois ? - en huit ans. Et pas une fois, cela n’a ressemblé à une grande histoire d’amour idyllique - jamais.
Alors, je me permets de corriger mon erreur et de reformuler la sentence ; je sais être amoureuse - probablement plus fidèlement et plus intensément que la plupart des gens. Ce que je ne sais pas, c’est exploiter ce sentiment à des fins agréables - quoique, dans un premier temps, je me satisferais d’une fin non dramatique - mais je ne sais pas faire ça non plus. C’est ça, mon problème.
Pour en revenir à cette phrase aux accents prémonitoires de mon anonyme ami, la question qui se pose est : suis-je en train de tomber amoureuse maintenant ? Question cruciale, mais définitivement des plus difficiles. Je sais qui est celui qui a dit « on ne peut pas savoir si on aime, sauf peut-être après, une fois que c’est fini ». Eh bien, il a presque raison. Pour ma part, je pense qu’on ne peut pas savoir si l’on est en train de commencer à aimer ; si l’on est capable de s’en rendre compte, logiquement c’est qu’on est déjà en plein dedans. Et la marche arrière n’est pas des plus aisées, même avec de la volonté (merde... est-ce que c’est parti pour trois ans ?)
L’amour, tel que je le perçois, est un sentiment étrange aux aspects plutôt négatifs, essentiellement centré sur des désirs égoïstes et possessifs ; égoïstes dans un premier temps - je le veux LUI, je veux être avec lui, je veux qu’il veuille être avec moi, et peu importe ce qu’IL veut moi je le veux quand même (c’est moyen mais c’est ça, non ?) - et possessifs dans un second - lui et moi, moi et lui et personne d’autre ! L’amour se pense en mode binaire. Pourquoi deux ? Pourquoi exclusivement deux ?
D’un point de vue extérieur (c’est-à-dire, pas du point de vue de la fille amoureuse), ça me semble malheureux et réducteur. Ca sous-entend que le besoin d’amour ne peut être comblé que par une personne - une personne à la fois, du moins. Ca sous-entend aussi que l’on ne peut aimer et être amoureux que d’une seule manière ; ça brise franchement l’image de l’être humains aux potentialités multiples.
Et quand je dis trouver ça malheureux... c’est parce qu’il me semble qu’une fois cette bulle exclusive formée, les choses deviennent nettement moins drôles. IL est à moi, je suis à LUI et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? Quand on est amoureux, on désire tellement former cette paire - sans savoir pourquoi, au fond - qu’on ne prévoit pas vraiment l’après. Et puis, que fera-t-on de plus dans la bulle qu’on n’aurait pu faire ailleurs ? En gros, le couple m’apparaît comme un moyen artificiel de se rassurer par rapport à une chose : le fait que l’autre ne s’échappera pas. On en revient au point de départ : possessivité toujours.
Et malgré toutes ces belles paroles, je suis capable de rêver de paire avec une violence incroyable - ça m’agace juste de penser que tout cela est vraisemblablement motivé par une peur universelle ; la peur d’être seul.
Après ce triste constat, vient une autre question cruciale : le désir. Ou, plus largement, la dimension physique. Ou, plus direct, le sexuel.
Quoiqu’il en soit, c’est un fait : on ne distingue pas la vie de couple de la vie sexuelle. La seconde est subtilement imbriquée dans la première, solide règle à laquelle on ne peut déroger. Je ne connais pas de couples abstinents, et je n’en connais pas non plus qui disent tranquillement « nous sommes des âmes sœurs, mais on baise à côté ». Il me semble avoir lu quelque part que Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient de ces originaux-là, mais je n’en suis pas bien sûre, et quand bien même, je ne me passionne pas davantage pour les déviations sexuelles de ces deux grands penseurs – ni pour celles de n’importe qui d’ailleurs, j’ai déjà bien assez à faire avec mon propre cas.
Je suis capable d’amour et de désir (jusque là, tout va bien) ; le problème, c’est que généralement, les deux ne coïncident pas. La vie est mal faite, mais en général, mes âmes-sœurs ne sont pas mes « corps-sœurs » et inversement ; et je ne vois pas trop ce que je pourrais y changer. Dans l’optique du couple, ça reviendrait à faire un compromis (pour ma part, je ferais quand même plus le compromis sur le physique que sur le reste), mais je suis une idéaliste, je n’aime pas les compromis ! Merde, il s’agit de partager sa VIE avec quelqu’un (et qu’un), alors si ce n’est pas le moment d’être idéaliste, je ne vois pas quand on peut être autorisé à l’être…
D’un côté, il y a les garçons adorables, ceux à qui on aime sourire, qui nous emmerdent tout le temps avec des blagues idiotes, ceux avec qui on parle philosophie assez tard dans la nuit, ceux qui nous envoient de la musique sur msn, ceux sur qui on aime taper sans crainte, ceux qui sont intelligents et sensibles, ceux qui vous font rêver d’un monde meilleur… mais ça n’implique pas pour autant qu’on ait envie de les mettre dans notre lit (à part pour leur écraser la tête à coups de polochons ou lorsqu’on s’endort sans faire exprès devant un DVD qu’on a déjà vu six cent fois).
Et de l’autre, ben il y a les autres, les lumineux, les magnifiques, ceux qui semblent avoir un étrange champ magnétique drapé autour d’eux ; et même vous êtes le seul aimant qui se trouve attiré par ce champ, ils n’en demeurent pas moins désirables. En termes métaphoriques, on pourrait comparer ces specimens-là à une immense barre de chocolat fondant, le genre de truc qu’on pourrait lécher de toute part pendant des heures sans s’en lasser, et qu’on ne quitterait qu’à regret en proie à un épuisement total ; well, la métaphore n’est pas parfaite, parce que le chocolat n’exalte que nos papilles et qu’un corps humain, ça peut exalter beaucoup d’autres sens aussi… Bon, vous voyez ce que je veux dire ? Le mâle rarissime, celui qui est meilleur que le chocolat.
Deux types de personnes incomparables, deux types de sentiments incomparables, et voilà qu’il faut les mixer au nom du couple sacralisé. Qui a eu la mauvaise idée de ce contrat tacite qui lie l’amour au sexe ? Il est ennuyeux… il ne me plaît pas du tout.
Tous ces paramètres pris en compte, finalement, peut-être que j’avais raison, peut-être que je ne suis pas du tout amoureuse, que je ne l’ai jamais vraiment été, qu’à moitié, que différemment, et d’une manière qui, j’imagine, conviendrait à peu de candidats.
Anyway… tout ceci reste du domaine de la théorie, et dans la vraie vie, les sentiments reprennent le pas, et on finit par en oublier ce genre de considérations fantaisistes. Je suis encore capable de réfléchir, donc visiblement, définitivement, pas amoureuse. Cet article en perd sa raison d’être. J’espère, au moins, vous avoir divertis ;-).
22 août 2006
Celle qui part
A l'époque où j'ai créé le blog sur Skyblog, je crois que j'ignorais presque qu'il existait d'autres hébergeurs de weblogs, je me suis lancée là-dedans un peu innocemment comme on se lance dans de petites modes, sans trop savoir sur quoi me baser. Une photo, un texte, une couleur, et une présentation prédéfinie, c'était simple, il suffisait de trouver un peu de contenu. L'intérêt est devenu bien vite de poser dans cet espace étroit les petites choses que je me plaisais à écrire, les jolis textes de mon adolescence sur le tard, quelques souvenirs destinés à une mémoire collective entre amis puis, plus tard, une vague initiation à l'écriture de communication, destinée à un cercle de lecteurs plus large que celui de mes simples amitiés, et portant sur à peu près tous les sujets d'actualités qui me touchaient. Pour finir, un peu de culture quand même, de la musique, des livres, et des films magnifiques que j'ai vu pour la plupart cette année.
En deux ans de Skyblog donc, une certaine évolution. Le manque d'esthétique et de possibilités me gênaient, au moins autant que la fréquentation, mais pas assez peut-être pour me décider à rompre cette continuité, pour laisser tomber ce petit édifice que j'avais bâti en deux ans. Si les raisons de mon évasion semblent limpides, il reste alors la question du moment choisi. Certains d'entre vous doivent y penser, c'est l'idée du départ...
Dans nos conceptions de la vie on a facilement tendance à penser que les changements, et particulièrement les changements de positions géographiques, sont comme un moyen de "recommencer" l'existence, comme l'exprime si bien l'expression consacrée "un nouveau départ". Eh bien, je suis somme toute une personne bien ordinaire, et bien que je ne puisse l'énoncer avec certitude, il semble bien que ce nouveau blog, ses couleurs douces et ses complexités en code html, ne soient que le reflet de mon "nouveau départ" imminent.
Désormais, c'est comme si je n'étais plus seulement Fanny, l'étudiante un peu brillante qui suit sagement ses cours entre la ville classieuse d'Aix en Provence et son calme petit village d'enfance, cette fille un peu râleuse qui semble s'opposer à tout et rien pour le plaisir de la contradiction, celle qui pratique un sport un peu obscur, le Canoë-Kayak, en dilettante, et se plaît à croire qu'elle ferait une boxeuse hors pair avec ses épaules musclées.
Je serai toujours cela, quelque part mais pour l'instant je deviens aussi autre chose, je serai celle qui part...
Bientôt et pour la première fois expatriée dans un nouveau pays, une nouvelle langue, une nouvelle université (bien plus exaltante que la mienne...), de nouvelles connaissances, je vais quitter pour quelques mois à peu près tout ce qui ressemble à un monde connu. Difficile d'imaginer à quoi cela ressemblera, mais d'ores et déjà l'envie de partager mes impressions est là, alors... je devine que le nouveau blog est là pour symboliser ce lien que j'ai envie de créer.



