18 juillet 2010

Vélo, fléau !

Les Tokyoïtes utilisent énormément leurs vélos. C'est un de leurs côtés "éco", avec le tri sélectif compliqué et systématique.
Dans tous les quartiers, même les plus bondés, ils sont là, chancelants sur leur bicyclette au milieu de la foule ; partout, on trouve des parkings spécial vélos (et payants), avec antivols fournis. C'est toute une institution.

Le problème, c'est que cette circulation à vélo, c'est n'importe quoi. Comme je l'avais déjà remarqué lors de mon passage à Hokkaido, ici les vélos roulent habituellement sur le trottoir. Enfin, de temps en temps, ils sont aussi sur la route.
Je crois sincèrement que si je dois être victime d'un accident de la route ici, ce ne sera pas par collision avec une voiture, mais avec un de ces maudits cyclistes. Que ça soit la grande foule, que le trottoir soit étroit, coûte que coûte, ils ne veulent pas mettre le pied à terre, et tentent des embardées fantasques pour éviter le pauvre piéton que je suis. Il n'est pas rare de se trouver pris en sandwich à la sortie d'un passage piéton entre deux vélos tentant de se croiser.
Y'a aussi les mères sur vélo parlant à leur enfant sur vélo en regardant derrières elles, et pas devant, sur un trottoir plein de poteaux électriques, et vous vous arrivez en face, laissez-moi vous dire que c'est pas franchement rassurant.
Y'en a d'autres qui, pour couper court à toute négociation, se contentent de rouler à toute vitesse et à vous de vous écartez du passage... bref, en un mot, ils sont insupportables ! Vive les bonnes vieilles voitures polluantes !

06 juillet 2010

Noir ou blanc, telle est la question...


J'ai assisté ce matin à un désastre télévisuel tel que je ressens le besoin d'en blogger. Une bonne compréhension du sujet nécessite que je pose quelques bases quant à la "culture" japonaise telle que je l'appréhende dans ma nouvelle réalité quotidienne.

1) Premier présupposé : la télévision, très regardée au Japon (ma colocataire passe littéralement TOUT son temps libre devant lorsqu'elle reste à la maison), est une véritable honte. Hormis le principe des dramas que j'affectionne, à toute heure et sur toutes les chaînes on tombe sur quantité d'émissions débiles sur le modèle "talk show", des gens plus ou moins célèbres parlant de n'importe quoi et surtout de rien, le ton allant du film pour bonne ménagère (du genre "C'est au programme", nullité du matin sur France 2) à la vulgarité bien lourdasse à coup de grands éclats de rire aussi naturels que bruyants. Bref, que du bonheur. J'ai dû tomber une ou deux fois, pas plus, sur une émission qui semblait digne d'intérêt, style documentaire, et encore je n'ai pas bien pu analyser car ladite coloc a direct changé de chaîne (mmmh, pays étranger, guerre ou quelque chose comme ça, bouh, pas intéressant !)...

2) Pour ceux qui l'ignoreraient, à l'inverse de l'Europe et d'ailleurs de bien des régions du monde, les Japonais valorisent la peau claire, bien blanche, enfin du moins pour les filles (comme partout, les critères de beauté sont bien plus destinés à ces demoiselles qu'à ces messieurs). Ici, aucun complexe à me balader en mini-short avec mon bronzage inexistant de mois de juin : j'ai la classe. On s'habitue tellement à voir des paires de jambes blanquinasses à tout va que les étrangères bronzées deviennent presque choquantes.

3) (notez que ce point est légèrement hors-sujet) La mode féminine au Japon est un vrai fiasco, à tel point que je ne crois pas pouvoir le décrire, un entassement de maquillage, d'accessoires, de vêtements à frou-frous à donner mal aux yeux et au coeur. Un élément emblématique qui pourrait peut-être donner une idée de la gravité de la situation : ici il existe une marque de vêtements BARBIE pour ADULTES. Bon, fin de l'introduction.

Ce matin donc je prends mon petit déjeuner avec Chieko, devant une émission à la con qu'elle avait préalablement choisie. Thème d'un "encart" de ce brillant talk-show : la couleur de la peau. Voix off : "aujourd'hui dans les quartiers branchés à Tokyo, on croise aussi des filles très bronzées. Noir ou blanc, qu'est-ce qui est le mieux ?" Mmmh, ça promet. Pour répondre à cette très pertinente et philosophique question, sont choisies deux paires d'effigies censées représenter les deux côtés de la balance. Quatre affreux pots de peinture sur pattes, apprêtées d'une manière dont on doute qu'on puisse vraiment VIVRE dans de telles conditions, faux cils et fausse couleurs de cheveux, qui ne diffèrent guère en effet que par la couleur de leur peau.

Etape 1 : micro-trottoir : on demande à de jeunes hommes dans la rue leur préférence ; les chanceux doivent coller une vignette dans la case "blanchâtre" ou "cramée aux UV". A chaque décision, gloussements épiques de satisfaction des semi-humaines en arrière-plan. Résultat : les Blanches win (guère surprenant).

Etape 2 (et c'est là que ça devient triste) : les quatre tachonnes (je me rends compte que je manque de vocabulaire approprié pour les dénommer), toujours par paire, vont dans une école primaire, faire devant les petites filles un discours pour défendre leur choix de couleur de peau... c'est là que leurs capacités intellectuelles se dévoilent.
Blanchettes : "C'est plus mignon, la peau blanche, avec des vêtements occidentaux, c'est plus joli par exemple (dit-elle en pinçant entre deux doigts, à titre d'exemple, une robe à motifs style "Petite maison dans la prairie" en beaucoup, beaucoup moins long évidemment), et puis les garçons dans la rue ben ils ont dit qu'ils préféraient (gloussement, gloussement)".
Cramettes : "Euh, c'est cool d'être bronzées... puis les garçons y'en a quand même qui ont dit qu'ils aimaient, euh voilà."
Résultat : après une telle différence de performance, et avec toute la force des traditions ancestrales pour elles, win des Blanchettes. Les petites filles interrogées semblent avoir été convaincues par le "ça va mieux avec les habits Barbie", même si on doit s'emmerder tout l'été avec des ombrelles et des couches de crèmes pégueuse indice 50.

On se rend donc compte par la même occasion qu'il y a un léger souci dans le système éducatif au Japon. Ce sera peut-être un prochain épisode.