Enfin, la joie de retrouver le pays natal n’en a pas vraiment été altérée. C’est bientôt Noël ici, et je suis comme les enfants pour ça, même si c’est très formel Noël, j’aime bien. (Ca doit être en partie, grosse partie, à cause de la bouffe, je suis une fille qui « mange bien », modèle rarissime il se trouve, de nos jours.)
Il y a quelques choses qui ont changé depuis mon départ, en bien ou en mal, difficile à dire ; la température déjà qui est descendue de plusieurs dizaines de degrés (j’exagère ?) me laissant perplexe sous un soleil de neige et des étendues d’herbes givrées le matin ; quelques personnes par-ci par-là, amis ou ennemis, qui s’éloignent comme s’ils glissaient lentement sur une pente délicatement opposée ; et d’autres qui se rapprochent, alors qu’on ne s’y attendait plus vraiment ; l’absence et l’attente tissent des liens étranges, avec leur propre logique, parfois difficile à saisir en termes de relations de proximité, et c’est comme si on ne pouvait pas faire grand-chose, si on n’avait pas appris les règles de ce jeu un peu déroutant. On apprend et on suit, les choses se passent d’elles-mêmes, et il ne reste que des sourires et des grimaces à se peindre sur le visage si elles ne sont pas exactement ce que l’on voulait.
Le risque est pris et la parenthèse est close, il n’est plus temps maintenant de se retourner sur des erreurs éventuelles ; « mieux vaut avoir des remords que des regrets » me disait récemment un garçon aux yeux clairs après avoir descendu aux trois quarts une bouteille de J&B ; eh bien, ce qui est fait est fait, et il ne servirait à rien de courir en tous sens. On ramassera les pièces qui restent, et on leur mélangera les nouvelles, les souvenirs étrangers, ça finira bien par former un puzzle acceptable, quelque chose à prendre en main et à faire pousser dans un coin, un avenir.
Me revoilà, à quelques jours d’une nouvelle année, dois-je faire des voeux, dois-je envoyer quelques uns de ces mails impersonnels, dois-je garder un silence calme en pensant qu’il satisfera ceux qui me connaissent un peu ? Souhaiter des choses est simple, aux autres comme à soi, c’est un engagement minime en matière de réalisation, un exercice euphorique qui fait sourire, mais qui a autant d’impact qu’un souffle de vent au travers d’une fenêtre mal fermée. Une nouvelle année est aussi un instant propice à de fameuses « bonnes » résolutions ; plus égoïste peut-être, mais pour être mené à bien l’exercice est moins aisé. Il faudrait être réglé comme du papier à musique pour les faire jaillir à la veille du premier de l’an ; mais les résolutions sont de bonnes choses de toute façon, ce sont des décisions à partir desquelles on a dessiné des axes, des marches d’escaliers dont on ne voit pas forcément le bout, mais sur lesquelles on a déjà, fièrement, posé le pied. Je crois que les miennes sont simples, en apparence, et se résument rapidement à des lignes vagues : me trouver un avenir à vocation professionnelle et mettre un frein à mes périodes d’émotivité excessive, mon deuxième n’étant absolument pas compatible avec mon premier. Il me faut un minimum d’émotion pour réfléchir, mais lorsqu’une vague trop grosse passe, elle emporte toute la raison avec elle ; il faut que cela cesse ; il faut devenir plus forte ; c’est important pour une fille ; et c’est beaucoup une question de volonté.
Je suis déjà à moitié extirpée de mauvais côté de l’humanité dans lequel le sort, auquel je n’imagine pas de décideur, m’a placée il y a une vingtaine d’années. Je compte bien que cela continue. L’idéal serait de faire rentrer le futur dans ce cadre complexe et quelque peu idéalisé. Peut-être, peut-être pas. Il faut savoir aussi se laisser aller au gré des évènements - certains ne savent faire que ça, mais d’autres y sont trop peu enclins ; j’en suis et je dois y travailler. Me laisser séduire par des opportunités qui pourraient même ressembler à des obstacles sur le chemin tracé. Tant que la passion n’est remplacée que par une autre, cela me va encore.
Sur ce, il me faut vous quitter avec des voeux bien simples ; joyeux Noël, bonne année ; je vous fais confiance pour trouver chacun un moyen d’apprécier cette période, formellement ou informellement, avec ou sans alcool. Que tout le monde décide de vivre un peu plus cette année, avec toujours, de la volonté avant tout - BELIEVE IN YOURSELVES !

