15 août 2007

Virginie Despentes - King Kong Théorie

Le bouquin est parti sur un registre un peu trop trashy pour que je puisse y voir une soeur de pensée. En clair, j’avais d’ores et déjà perdu le plaisir de lire un auteur avec qui j’aurais été miraculeusement d’accord. Mais je suis bien vite sortie de ce registre de qui-a-tort-et-qui-a-raison. Car malgré une tendance certaine à la provocation, son angle de vue radical est véritablement intéressant. Il y a du nouveau : j’ai envisagé différemment, en lisant ce livre, des thèmes qu’il me semblait avoir déjà tellement fouillés que le tour en était fait.
Et elle se donne, Virginie, quoiqu’on pense d’elle et de ses convictions. Elle se donne, à fond, d’ailleurs comme les gens qui se savent initier une bataille, comme ceux qui sont conscients des critiques à venir et prêts à se faire détester. C’est violent mais beau. Elle assène ses phrases et ses comme des coups de marteau. Le passage, assez long, que j’ai choisi, l’illustre plutôt bien. Et il résulte aussi, de ce trop crûment parler, un certain soulagement : la désacralisation des mots... qui attaque frontalement tout ce qui relève vaguement de la honte et du tabou. Et parfois même, le trashy poussé vire presque à l’humour...
Pas du 100% mais... chapeau. Curieuse voire avide d’en discuter.

Voiture de trois lascars, blancs, typiques banlieusards de l'époque, bières, pétards, il est question de Renaud, le chanteur. Comme ils sont trois, dans un premier temps, on refuse de monter avec eux. Ils se donnent la peine d'être vraiment sympas, de faire des blagues et de discuter. Ils nous convainquent que c'est trop bête d'attendre à l'ouest de Paris alors qu'ils pourraient nous dropper à l'est, là où ce sera plus facile de trouver quelqu'un. Et on monte dans la voiture. Des deux filles, je suis celle qui a le plus bourlingué, la plus grande gueule, celle qui décide qu'on peut y aller. Au moment où les portières claquent, cependant, on sait déjà que c'est une connerie. Mais au lieu de hurler "on descend" les quelques mètres où il est encore temps, on se dit chacune dans notre coin qu'il faut arrêter de paranoïer et de voir des violeurs partout. Ca fait plus d'une heure qu'on parle avec eux, ils ont juste l'air de branleurs, amusants, vraiment pas agressifs. Cette proximité, depuis, parmi les choses indélébiles : corps d'hommes dans un lieu clos où on est enfermées, avec eux, mais pas semblables à eux. Jamais semblables, avec nos corps de femmes. Jamais en sécurité, jamais les mêmes qu'eux. Nous sommes du sexe de la peur, de l'humiliation, le sexe étranger. C'est sur cette exclusion de nos corps que se construisent les virilités, leur fameuse solidarité masculine, c'est dans ces moments qu'elle se noue. Un pacte reposant sur notre infériorité. Leurs rires de mecs, entre eux, le rire du plus fort, en nombre.
Pendant que ça se passe, ils font semblant de ne pas savoir exactement ce qui se passe ; parce qu’on est en minijupe une cheveux verts l’autre orange, forcément on « baise comme des lapins », donc le viol en train de se commettre n’en est pas un. Comme pour la plupart des viols, j’imagine. J’imagine que, depuis, aucun de ces trois types ne s’identifie comme violeur. Car ce qu’ils ont fait, eux, c’est autre chose. A trois avec un fusil contre deux filles qu’ils ont cognées jusqu’à les faire saigner : pas du viol. La preuve : si on avait vraiment tenu à ne pas se faire violer, on aurait préféré mourir, ou on aurai réussi à les tuer. Celles à qui ça arrive, du point de vue des agresseurs, d’une manière ou d’une autre ils s’arrangent pour le croire, tant qu’elles s’en sortent vivantes, c’est que ça ne leur déplaisait pas tant que ça. (...) Les hommes continuent de faire ce que les femmes ont appris à faire pendant des siècles : appeler ça autrement, broder, s’arranger, surtout ne pas utiliser le mot pour décrire ce qu’ils ont fait. Ils ont « un peu forcé » une fille, ils ont « un peu déconné », elle était « trop bourrée » ou bien c’était une nymphomane qui faisait semblant de ne pas vouloir : mais si ça a pu se faire, c’est qu’au fond la fille était consentante. Qu’il y ait eu besoin de la frapper (…) de s’y prendre à plusieurs pour la contraindre, qu’elle chiale avant pendant et après n’y change rien, dans la plupart des cas, le violeur s’arrange avec sa conscience, juste une salope qui ne s'assume pas et qu'il a suffi de savoir convaincre. A moins que ça ne soit difficile à porter, aussi, de l'autre côté. On n'en sait rien, ils n'en parlent pas.
Il n'y a vraiment que les psychopathes graves, violeurs en série qui découpent les chattes à coups de tessons de bouteilles, ou pédophiles s'attaquant aux petites filles, qu'on identifie en prison. Car les hommes condamnent le viol. Ce qu'ils pratiquent, c'est toujours autre chose.


En 1990, (...) une certaine Camille Paglia écrit un article qui m’interpelle et commence par me faire rigoler, dans lequel elle décrit l’effet que lui font les footballeurs sur terrain, fascinantes bêtes de sexe pleines d’agressivité. Elle commençait son papier sur toute cette rage guerrière et à quel point ça lui plaisait, cet étalage de sueur et de cuisses musclées en action. Ce qui, de fil en aiguille, l’amenait au sujet du viol. J’ai oublié ses termes exacts. Mais, en substance : « C'est un risque inévitable, c'est un risque que les femmes doivent prendre en compte et accepter de courir si elles veulent circuler librement. Si ça t'arrive, remets-toi debout, dust yourself et passe à autre chose. Et si ça te fait trop peur, il faut rester chez maman et t'occuper de faire ta manucure. » Ca m’a révoltée, sur le coup. Haut-le-coeur de défense.(...)
Depuis plus rien n’a jamais été cloisonné, comme avant. Penser pour la première fois le viol de façon nouvelle. (...) Pour la première fois, quelqu’un valorisait la faculté de s’en remettre, plutôt que de s’étendre complaisamment sur le florilège des traumas. Dévalorisation du viol, de sa portée, de sa résonance. Ca n’annulait rien à ce qui s’était passé, ça n’effaçait rien de ce qu’on avait appris cette nuit-là. (...) Paglia nous permettait de nous imaginer en guerrières, non plus responsables personnellement de ce qu’elles avaient bien cherché, mais victimes ordinaires de ce qu’il faut s’attendre à endurer si on est femme et qu’on veut s’aventurer à l’extérieur. Elle était la première à sortir le viol du cauchemar absolu, du non-dit, de ce qui ne doit surtout jamais arriver. Elle en faisait une circonstance politique, quelque chose qu’on devait apprendre à encaisser. Paglia changeait tout : il ne s’agissait plus de nier, ni de succomber, il s’agissait de faire avec.


Quand le film Baise-moi a été retiré de l’affiche, beaucoup de femmes ont tenu à affirmer publiquement : « Quelle horreur, il ne faudrait surtout pas croire que la violence est une solution contre le viol. » Ah bon ? On n’entend jamais parler dans les faits divers de filles, seules ou en bandes, qui arrachent des bites avec les dents pendant les agressions, qui retrouvent les agresseurs pour leur faire la peau, ou leur mettre une trempe. Ca n’existe, pour l’instant, que dans les films réalisés par des hommes. (...) Le message qu’ils nous font passer est clair : comment ça se fait que vous ne vous défendez pas plus brutalement ? Ce qui est étonnant, effectivement, c'est qu'on ne réagisse pas comme ça. Une entreprise politique ancestrale, implacable, apprend aux femmes à ne pas se défendre. Comme d'habitude, double contrainte : nous faire savoir qu'il n'y a rien de plus grave, et en même temps, qu'on ne doit ni se défendre, ni se venger. Souffrir, et ne rien pouvoir faire d'autre.
Mais des femmes sentent la nécessité de l’affirmer encore : la violence n’est pas une solution. Pourtant, le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coups de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions « masculines », et comprendre ce que « non » veut dire. J'aurais préféré, cette nuit-là, être capable de sortir de ce qu'on a inculqué à mon sexe, et les égorger tous, un par un. Plutôt que vivre en étant cette personne qui n'ose pas se défendre, parce qu'elle est une femme, que la violence n'est pas son territoire, et que l'intégrité physique du corps d'un homme est plus importante que celle d'une femme.

Pendant ce viol, j’avais dans la poche de mon Teddy rouge et blanc un cran d’arrêt (...) que je brandissais assez facilement, en ces temps globalement confus. Je m’y étais attachée, à ma façon j’avais appris à m’en servir. Cette nuit-là, il est resté planqué dans ma poche et la seule pensée que j’ai eue à propos de cette lame était : pourvu qu’ils ne la trouvent pas, pourvu qu’ils ne décident pas de jouer avec. Je n’ai même pas pensé à m’en servir. Du moment que j’avais compris ce qui nous arrivait, j’étais convaincue qu’ils étaient les plus forts. Une question de mental. Je suis convaincue depuis que s’il s’était agi de nous faire voler nos blousons, ma réaction aurait été différente. Je n’étais pas téméraire, mais volontiers inconsciente. Mais à ce moment précis, je me suis sentie femme, salement femme, comme je ne l’avais jamais senti, comme je ne l’ai plus jamais senti. Défendre ma propre peau ne me permettait pas de blesser un homme. Je crois que j’aurais réagi de la même façon s’il n’y avait eu qu’un seul garçon contre moi. C’est le projet du viol qui refaisait de moi une femme, quelqu’un d’essentiellement vulnérable. (...) Je ne suis pas furieuse contre moi de ne pas avoir osé en tuer un. Je suis furieuse contre une société qui m’a éduquée sans jamais m’apprendre à blesser un homme s’il m’écarte les cuisses de force, alors que cette même société m’a inculqué l’idée que c’était un crime dont je ne devais pas me remettre. Et je suis surtout folle de rage de ce qu’en face de trois hommes, une carabine et piégée dans une forêt dont on ne peut s’échapper en courant, je me sente encore aujourd’hui coupable de ne pas avoir eu le courage de nous défendre avec un petit couteau.

A la fin, il y en a un qui trouve cette lame, il la montre aux autres, sincèrement surpris que je ne l’aie pas sortie. « Alors, c’est que ça lui plaisait ». Les hommes, en toute sincérité, ignorent à quel point le dispositif d'émasculation des filles est imparable, à quel point tout est scrupuleusement organisé pour garantir qu'ils triomphent sans risquer grand chose, quand ils s'attaquent à des femmes. Ils croient, benoîtement, que leur supériorité est due à leur grande force. Ca ne les dérange pas de se battre carabine contre cran d'arrêt. Ils estiment le combat égalitaire les bienheureux crétins. C'est tout le secret de leur tranquillité d'esprit.

C'est étonnant qu'en 2006, alors que tant de monde se promène avec de minuscules ordinateurs cellulaires en poche, appareils photo, téléphones, répertoires, musique, il n'existe pas le moindre objet qu'on puisse se glisser dans la chatte quand on sort faire un tour dehors, et qui déchiquetterait la queue du premier connard qui s'y glisse. Peut-être que rendre le sexe féminin inaccessible par la force n'est pas souhaitable. Il faut que ça reste ouvert, et craintif, une femme. Sinon, qu'est-ce qui définirait la masculinité ?


Quand le garçon se retourne et déclare « fini de rire » en me collant la première beigne, ça n’est pas la pénétration qui me terrorise, mais l’idée qu’ils vont nous tuer. (...) De la peur de la mort, je me souviens précisément. Cette sensation blanche, une éternité, ne plus rien être, déjà plus rien. (...) C’est la possibilité de la mort, la proximité de la mort, la soumission à la haine déshumanisée des autres, qui rend cette nuit indélébile. Pour moi, le viol, avant tout, a cette particularité : il est obsédant. J’y reviens, tout le temps. Depuis vingt ans, chaque fois que je crois en avoir fini avec ça, j’y reviens. Pour en dire des choses différentes, contradictoires. J’imagine toujours pouvoir un jour en finir avec ça. Liquider l’évènement, le vider, l’épuiser.

Impossible. Il est fondateur. De ce que je suis en tant qu’écrivain, en tant que femme qui n’en est plus tout à fait une. C’est en même temps ce qui me défigure, et ce qui me constitue.

(Plus que tout, je trouve cette dernière phrase très, très juste.)


15 commentaires:

Anonyme a dit…

je n'ai pas lu l'article en entier (ben non).
Juste le titre, tes premières phrases.
Et ça:
"On n’entend jamais parler dans les faits divers de filles, seules ou en bandes, qui arrachent des bites avec les dents pendant les agressions, qui retrouvent les agresseurs pour leur faire la peau, ou leur mettre une trempe. Ca n’existe, pour l’instant, que dans les films réalisés par des hommes. (...) "

Alors j'ai décidé que je lirai le livre.
Virginie Despentes, King kong théorie.
Ca, tu peux être sûre que je m'en souviendrai.

Anonyme a dit…

Tu vas lire le livre alors ? Cool !
(désolée pour mon silence internet des derniers jours, c'était une semaine de folie...)

Pour le passage que tu cites je pense que ce qu'elle souligne et déplore est le fait qu'on "n'en entende jamais parler" plus que le fait que ça n'arriver pas (quoique ça doit être rare, il me semble).

En gros, qu'il n'y a pas de désincitation au viol, au sens de désincitation directe : pas de danger, si ce n'est d'avoir ensuite affaire avec sa conscience - à condition en core d'en avoir une, de considérer le viol comme quelque chose de grave et, surtout, de considérer comme viol ce que certains qualifient et ressentent uniquement comme un malheureux dérapage... (elle parlent de ça aussi au début).

Parce ce ne sont guère les sanctions pénales qui effraient, j'imagine. Au vu des peus de violeurs incarcérés pour tous les viols commis... probablement conséquence de l'état post-trauma des victimes, de la difficulté des procédures, etc. En tous cas, il reste presque plus aisé de commettre un viol qu'un vol à l'étalage...

Anonyme a dit…

Sa manière d'écrire est énorme. Ca me plaît, j'ai envie de lire.
Ce bouquin, il se trouve où?

Anonyme a dit…

Contente que ça te plaise, Floninette. Ce bouquin se trouve partout, je pense, il a été publié y'a pas très longtemps.

J'ai quand même envie qu'on en discute ! Alors lisez vite :)

Louise a dit…

je l'ai, mnt. Plus qu'à lire.
Je vais essayer de faire plus vite que pour le dernier article..

Anonyme a dit…

Lol. Surtout que tu es en vacances, maintenant, non ? ^^

Anonyme a dit…

Re.

En vacances mouais. L'autre me fait "on a peut de choses alors on est pas pressés". Je l'aurais envoyée valsé dans le fossé si elle avait été en face de moi.
J'attends le 10 sept, pour les vacances.

Ma lecture, donc.

Pour moi un livre inintéressant.
C’est pas littérairement que je dis ça, hein ; c’est le contenu.
Il y a peut-être deux pages qui m’ont fait marrer, dans leur tournure, parce que c'est vrai qu'elle ose qu'elle s'affiche, etc.
Mais alors globalement.. déjà je trouve le combat obsolète: c’est bon maintenant, c’est plus de ma génération. C’est un truc de trentenaire. Dès que les quarantenaires seront morts ce sera réglé.
Et puis alors les réflexions sur le viol, le porno, je la trouve complètement à côté de la plaque.
Je veux dire trop agressive pour être convaincante et trop sûre d'elle pour inviter à la réflexion.

Au fur et à mesure que je tournais les pages, que je la voyais s'afficher (moi le viol ci, moi le viol ça, moi le porno ci, moi le porno ça), je me disais que la seule personne habilitée à expliquer le viol, à le commenter, éventuellement à le blâmer ou en blâmer ses protagonistes, c'est quelqu'un de parfaitement bien dans son sexe, parfaitement à l'aise avec sa sexualité.
Quelqu'un d'asexué, même.
Voilà, il faudrait que ce soit quelqu'un d'asexué qui parle.

Parce que là, regarde, à force de se mettre en avant pour prouver sa légitimité (parce que c'est bien ça qu'elle fait, elle se montre en exemple, croyant bien faire on est d'accord, croyant oser -et d'ailleurs ce n'est absolument pas la question), elle perd sa crédibilité.
Pourquoi?
Parce que comment tu peux dire des choses générales sur le viol si tu as toi-même ton expérience, c'est-à-dire ta manière de voir, ton ressenti personnel.
On lui dit viol, elle pense à sa bagnole.
On lui dit porno, elle pense à ses clients.

C'est inévitable.
Et pour moi ça coupe toute velléité à la généralisation.
Loin de fonder une réalité, de légitimer son auteur, ça la pousse à mettre en avant ce qu'elle a vécu comme si c'est ce qu'on vécu toutes les femmes et tous les hommes.

Et puis alors, comble de mauvaise foi intellectuelle, la rengaine du: celle qui pense pas comme moi c'est qu'elle est soumise.
Ah.
Voilà qui fonde une discussion? Tu penses pas comme moi, bah c'est normal c'est que tu es soumise. Plus tu défends ton camps plus tu es soumise.

Elle veut entamer une bataille idéologique, mais elle ne veut pas avoir d'adversaire.
Bien.
Alors qu'elle aille jouer au tennis contre un mur.


Pour moi ce livre relève plus de la catharsis que du manifeste.


Je sais que tu vas me détester pour ça, Fanny. Mais voyons, je pouvais pas faire semblant de pas avoir lu, ç'aurait été peu correct.

Anonyme a dit…

J'ai découvert ton commentaire alors que je m'étais finalement décidée à écrire un nouvel article ; je me suis pas arrêtée dans ma lancée, mais du coup ça fait un peu passer le truc au second plan, dommage.

Cela dit j'ai pas énormément de choses à redire, en fait. Mon talent pour la polémique me quitterait-il ?! En tous cas, rassure toi, je suis loin de te détester pour ça, c'est pas comme si c'était mon bouquin ou la lecture de ma vie.

Perso, j'avais trouvé ça intéressant, je trouve toujours. Sous la prose agaçante de la revendication à outrance, voire de la provoc pure, et sous la tendance à la généralisation que je lui reconnais aussi, j'y ai vu quelque chose de nouveau, des choses envisagées d'une manière radicalement différente de la mienne. Ca m'a plu, ce nouvel angle.

Pas pour tout, par exemple le passage sur la prostitution, je ne suis quasiment d'accord sur rien, je trouve qu'elle a le mérite de son point de vue, pas banal, c'est tout.

Elle a tendance à généraliser pas mal, mais si on regarde bien elle ne parle que d'elle, c'est une façade son truc de généralisation. La dernière phrase que je cite, que je trouve toujours aussi expressive, le montre bien selon moi. Elle n'est pas aussi distanciée qu'elle veut le faire croire, et je pense que c'est à partir de là que son histoire et ses idées font sens. C'est comme toujours les histoires de viols ne prennent sens que dans leur contexte particulier...

Dans la dernière partie enfin, je trouve qu'elle dit des choses très bien sur les rapports de domination. Sur pas mal de trucs je dirais la même chose.

Alors son style d'écriture est soulant, je l'ai déjà dit trop trashy trop nerveux pour moi, mais au final, en l'espace d'un bouquin j'ai adopté trois attitude différentes : la curiosité, le désaccord total et pour finir la jubilation de trouver écrit (avec énergie) des choses que je pense vraies. Ca fait beaucoup pour un même auteur, ça m'est pas arrivé souvent.

Bref, je comprends bien pourquoi tu n'as pas aimé, mais ça n'enlève rien aux raisons pour lesquelles j'ai apprécié ce livre. Pas de quoi se vexer ni de t'en vouloir :) Si ce n'est la culpabilité de t'avoir fait dépenser quelques francs suisses à mauvais escient ?

On a toujours plus à dire que ce qu'on pense, finalement! C'est fou ce que je tchatche à minuit. Allez, 'night Louisette, 'night tout le monde, see you soon !

Anonyme a dit…

sympa de lire ta réponse.

En fait je crois que j'ai vraiment été abasourdie au moment où, telle une tresse dans la soupe, elle vient conrebalancer le problème de l'inégalité h-f (en admettant que), par le punk!
Le punk...

J'ai halluciné. J'ai même relu les dernières pages, pour ça.


En revanche -au passage je l'indique- j'ai parlé autour de moi de ce livre et tiens, une fille m'a dit avoir trouvé quelque chose dedans.
Attends, j'vais lui demander si elle veut s'exprimer là, sous couvert d'anonymat, blabla.

Bonne nuit à toi aussi, tiens

Anonyme a dit…

"une fille" qu'elle m'appelle, elle!
Bon ben c'est moi la fille, alors...

Je ne suis pas d'accord avec toi, Louise, mais je te l'ai dit, déjà. Et je me reconnais plus dans la perception qu'en a eu Fanny. Mais alors je l'ai lu à sa sortie; ce devait être en septembre 2006 donc je n'ai plus exactement tout en tête sinon que j'ai trouvé que ce bouquin avait - pour moi - un effet "libérateur" aussi et peut-être même surtout du fait de la violence de son ton, de la crudité de son vacabulaire [un peu - je ne sais pas si vous l'avez vu! - le même effet que la scène finale dans Boulevard de la mort de Tarantino].

Mais certainement la perception du lvre dépend aussi sur quel plan on se place. Et c'est là où, oui, je comprends ton point de vue, Louise. C'est vrai que pour un bouquin qui te colle quand même "theory" en titre et qui se réclame et veut s'inscrire dans une certaine école de pensée [celle des "gender studies" américaines qu'elle cite et utilise abondamment dans son bouquin - crois-je me rappeler] c'est pas forcément crédible parce que - comme tu le dis justement - pas distancé de l'expérience de l'auteur.

En revanche je ne crois pas que son projet était là; il ne s'agissait pas de faire un "essai" [elle est pas universitaire, la fille, elle est écrivain à la base, quand même!] avec toute la "rigueur scientifique" que cela sous-entend.

J'espère vraiment, comme tu le dis, que c'est un combat d'arrière-garde et complètement obsolète. J'ai de gros et très sérieux doutes à ce sujet. Tant qu'une femme parce qu'elle est une femme et possède un corps de femme subira un certain type de violence [et je ne crois pas que cela ait cessé d'exister même chez les nanas de 20 ans] qu'elle soit sexuelle ou discriminatoire; tant que - et j'ai vu ça hier à Monop, - deux nanas, parce qu'elles sont jolies se font traiter de "pétasses" après s'être fait entreprendre par un pauv' type qui voulait - je cite: "faire des bêtises" avec elles; tant que... non je ne crois pas que la réflexion sera dépassée.

La flle.

Anonyme a dit…

Obsolète ?? Je suis bien d'accord avec "la fille" sur ce point, d'ailleurs j'ai pas bien compris ce que tu qualifies d'obsolète... le combat pour "l'égalité" ? Encore que le mot soit toujours vague... Mais bon.

Pour moi il n'est rien de moins obsolète. C'est d'autant moins obsolète que la plupart des gens pensent que ça l'est. Je ne vois dans cette prétendue obsolescence qu'une magnifique occultation du problème.

Donc, déjà, en soi, je trouve plaisant que des gens, et pas forcément des filles, s'insurgent un peu de temps en temps.
Est-ce que ne pas le faire est une preuve de soumission ? Je n'en sais rien. Il faut voir le sens qu'on donne à soumission. Entrer dans un système et ne pas en outrepasser les limites, voire intérioriser que les limites sont bien là où elles sont, c'est une forme de soumission, c'est pas toujours extrêmement péjoratif pour autant.
Entrer dans le sexe féminin tel qu'on le conçoit aujourd'hui, abstraction faite des "progrès" passés, se satisfaire de cette conception, c'est donc aussi se soumettre à quelque chose.

Mais on peut sentir qu'on ne rentre pas bien dans la case et qu'on aspire à des choses qui sont désespérément au-dehors. Et l'exprimer. Je crois sincèrement que ça ne rend pas plus heureux. Ca rend les choses difficiles. On doit être bien plus au chaud au milieu de la case, mais je crois qu'on ne choisit pas forcément.
Mais dans tous les cas, ce ressenti actuel, ne saurait être obsolète...

Anonyme a dit…

Je ne crois pas qu'accepter les règles, je veux dire les grandes règles, celles qui fondent une société, est une forme de soumission. Non, plutôt une forme d'intelligence pragmatique.

Exemple, bien juridique puisqu'on parle de règles et que c'est bien mon truc quand même:
les recours devant les tribunaux sont semés de règles complètement débiles, genre sur la place de la signature en fin de recours.
Mais moi, j'accepte ces règles sur la recevabilité des recours. Parce que je sais que sinon ma voix n'a aucune chance d'être entendue.

Exemple physique: je sais que j'ai des seins et que la norme en la matière est de porter des soutiens-gorges. Les hommes n'en portent pas.
Ben moi si, et pourtant je me souviens que c'était cool, quand j'étais petite et que j'en avais pas besoin.

Exemple sportif: je sais que la moyenne de vitesse en course à pied des femmes est moindre à celle des hommes. J'accepte cela, et je fais des courses avec des autres femmes, pas avec tout le monde.
J'accepte que les hommes ont plus de muscles.
J'accepte que les hommes parlent avec une voix plus grave.
J'accepte que les bordels soient interdits et la prostitution réglementée.
J'accepte.

Et ce n'est pas de la soumission, c'est une simple évidence, un respect des règles physiques et des règles juridiques qui régissent notre société.

La question est de savoir: y a-t-il une règle qui dit "les femmes sont moins que les hommes".
S'il y a une telle règle, et que je propose de respecter les règles, alors évidemment je comprends que tu me tapes sur les doigts.
Or il n'y en a pas, de telle règle. Au contraire, dans nos sociétés d'ici, il y a des règles qui disent "égalité entre sexe". Voici les règles que je respecte.
Et je ne crois pas que ça soit de la soumission.

Dire "les femmes sont toujours en dessous des hommes", genre parce qu'un mec se fout de leur gueule, c'est déjà imaginer qu'il y a une telle règle.
Alors qu'il y en a pas.

Voilà pourquoi je crois que le combat est obsolète, parce qu'il vise à discuter d'une règle qui n'existe plus (elle a existé, je ne dis pas le contraire).
J'irais même plus loin: continuer à "se battre" contre ça, c'est continuer à croire que ça existe.

Alors que non.

Je ne sais pas si c'est dû à mon éducation, mais je ne vois pas de contrainte formelle à l'égalité. Dès lors il suffit que chaque femme -chaque femme- dans sa conscience, regarde les règles existantes, et s'y conforme.
C'est-à-dire voie qu'elle n'est pas inférieure.

Tout simplement.

Je ne nie pas qu'il y a des faits clairs, des faits qui montrent que les femmes sont moins payées, par ex; mais il y a l'arsenal nécessaire pour combattre cela.
Ca ne sert à plus rien de s'exciter d'insulter et de gribouiller les affiches, on peut combattre par des voies éduquées, des voies civiques.
Et je crois que ce sont ces voies-là qui sont les plus porteuses de fruit, parce qu'elles sont aptes à convaincre, par la raison et le droit, également les gens qui ne sont pas prêts à se laisser convaincre par la force et le mépris.
Justement parce qu'elles sont les voies séculaires, les voies mises en place bien avant que les "mauvaises règles" fixant une infériorité de la femme par rapport à l'homme disparaissent.


Pour le reste, il y aura toujours des gens soumis à d'autres (voilà la soumission: être dépendant d'une volonté à laquelle on n'a pas participé. Alors que les règles sociales, fixées dans les lois, on y a participé. C'est du pur Rousseau, ça, j'vais pas refaire son explication), pour des raisons psychiques, psychiatriques sûrement aussi.
Mais ça ce n'est pas une histoire de femme et d'homme.



J'espère que je ne vais pas, demain, relire ce message et me dire "Oh t'es trop con"...

Anonyme a dit…

Alors, après coup, que penses-tu de ton message ? Con ou pas con ;)

J'opte pour la deuxième proposition quant à moi. Petit commentaire quand même :

je suis d'accord pour l'intelligence pragmatique, mais alors tout à fait. Se conformer aux règles imposées est notre meilleure chance de vivre mieux, de nous épanouir dans le cadre proposé, parce qu'il n'y en a pas d'autre, à moins de fuite permanente. On se soumet volontairement à ces règles parce que pour diverses raisons, elles nous sont légitimes. Donc, cela est vrai, cela peut tout de même être qualifié de soumission, sans le sens péjoratif que je mentionnais.

Cela est plutot clair tant qu'on parle de règles juridiques voire de règles morales si prégnantes qu'elles apparaissent à tout le monde comme tel. Mais je pense que chaque individu a son propre panel de règles informelles, de choses qu'ils pensent d'une certaine manière parce que "c'est comme ça". Des tas de gens pensent encore qu'une femme c'est bien moins qu'un homme. C'est une petite règle dans leur tête, et ils agissent en fonction. Pour moi le combat est là, et non pas dans les règles juridiques qui sont très bien, quoique pas respectées.

Exemple bidon : il est interdit de cogner sur sa femme il me semble. Pourtant des tas de gars le font, ils savent que c'est interdit pourtant, mais quelque chose en eux de plus fort que la loi les autorise à le faire. Donc, le combat ne peut pas passer que par la voie légale. Le fait qu'en dépit des lois des garçons continuent à violer des filles est un problème. Il faut en chercher la cause et si cela nous dérange, combattre cette cause. Qui, en l'occurrence, n'est pas un vide juridique sur le sujet.

Autre chose : la norme quand on a des seins est de porter des soutiens-gorge ? C'est pas une norme, c'est une nécessité. On peut ne pas en porter, c'est faisable. Bon, il ne faut pas avoir envie de courir dans ce cas. Je porte des soutifs parce que c'est un confort. Parfois je n'en porte pas parce que la situation ne le nécessite pas. Je trouve aussi que c'était plus cool quand j'en avais pas besoin et que les mecs ont bien de la chance. Mais c'est pas une règle, c'est une fatalité ! On a rien à accepter, puisqu'on a pas d'autre choix de que faire avec.

Je trouve ça con aussi que les mecs aient plus de muscles. Y'a rien à combattre la non plus, mais je me dis que s'il y a un Dieu, et même s'il y en a pas, quelle connerie d'avoir fait un sexe plus grand et plus costaud que l'autre. C'est super injuste. Alors oui, j'suis un peu deg d'être la petite et pas costaud, j'ai le droit, mais bon je l'accepte aussi parce que j'ai pas le choix.
Cela dit, il y a une règle qui dit : les filles musclées, c'est moche. Parce que même avec mon génotype de fille, je pourrais être bien plus baraque et parfois je me dis que ça m'aiderait pas mal. Ca serait un plus de sécurité corporelle non négligeable. Mais voilà, en contrepartie, il me faudrait accepter d'être rejetée par la gent masculine, ce qui est difficile, voire inenvisageable.
Donc il y a une sorte de règle qui dit : pour être appréciées sexuellement, les filles se doivent d'avoir une apparence raisonnablement chétive et faible. Eh ben ça, c'est une règle à la con selon moi. Je la suis plus ou moins car ne pas le faire me ferait trop de mal, mais le principe me dérange . D'autant plus que les hommes sont considérés comme appétissants lorsqu'ils développent leur musculature.

See what I mean ?

Louise a dit…

See what you mean.

"D'autant plus que les hommes sont considérés comme appétissants lorsqu'ils développent leur musculature."
Question de pt de vue.

Moi, perso moi-même, à mon avis, c'est franchement moche un tas de muscles.
Mais enfin, j'trouve aussi que les filles toutes maigres c'est moche.
M'enfin.



Ah. Je ne pense pas qu'il y a une règle -implicite, masculine alors- qui disent que violer les femmes c'est cool. A ce propos j'étais assez d'accord avec Despentes, tiens.
En gros, et si je me souviens bien, elle fait comme ça: "ils trouvent que c'est mal aussi, puisqu'ils disent pas qu'ils ont violé, mais à peine forcé un peu".

Peut-être alors qu'il suffirait de faire des campagnes pour dire que "Non c'est non; et si tu tranformes un "non" en pleurs, ça s'appelle du viol".

Peut-êre qu'ils sont cons, en fait, ils savent pas les pauvres ignorants.

Ou peut-être que le mieux, ce serait de leur demander. Mais moi je n'en ai pas le courage.

[ce post-ci, en revanche, c'est sûr qu'il est débile. Je peux pas tout le tps être intelligente, oh]

Anonyme a dit…

Lol. Moi j'aime bien les muscles sur tout le monde. J'aime leur forme - c'est rond, j'adore les trucs ronds et courbes - c'est dur, c'est agréable à toucher :p (je m'arrête là) et c'est utile aussi. J'aimerais assez qu'il soit valorisé pour moi de les développer un peu plus. BIEN SUR pas tout le monde n'aime les mecs baraques et les filles filiformes. Mais la majorité quand même.

Je pense aussi, comme Despentes, que beaucoup de violeurs ne s'identifient pas comme tels. La plupart doivent voir ça comme une petite dérive. Contrairement à ce que pensent certains de mes amis mâles quand je leur en parle, un violeur ce n'est pas un psycopathe sexuel, un tueur en série ou un truc du genre. C'est un crime commun, car beaucoup ne le pensent pas comme tel.

Mais il y a pas mal de mecs qui comprennent quand même, que non c'est non, même s'ils bandent déjà et que ça les fait chier. Comme quoi refréner ses pulsions c'est toujours faisable, et être à l'écoute de l'autre aussi. Donc on peut rêver que tous les mecs réagissent comme ça. On peut se battre pour ça.

Idem pour les violences conjugales.

Bref, y'a encore des choses à dire, à faire, pour que ça soit plus cool à vivre d'être une fille.