J’ai un leitmotiv depuis quelque temps : on peut contrôler ses émotions. On peut être maître de soi tout le temps ; on peut ne pas s’écouter et ne pas se laisser glisser dans des tristesses vaines et larmoyantes. On peut. C’est difficile. Mais c’est possible. En réalité, pas tout n’est question de volonté mais beaucoup de choses. Il s’agit d’être rationnel, la condition préalable pour être fort. Etre triste en soi ne sert à rien, c’est proprement contre-productif et c’est à sens unique : on coule parce que quelque chose nous pousse vers le bas et plutôt que d’en prendre le contre-pied, on se laisse noyer, on accueille cette boule douloureuse qui remonte au fond de la gorge comme un petit animal apprivoisé. On prend son malheur entre ses bras et on le cajole. Ca peut durer des mois.
Pleurer semble soulager, les larmes sortent si facilement, mouillent harmonieusement les globes oculaires des paupières aux pupilles et nous donnent l’air de stars de cinéma l’espace de cinq minutes. Une fois qu’elles débordent de nos yeux, généralement on ne ressemble plus à rien. On respire mal, on n’arrive plus à s’exprimer correctement, on sanglote sans plus savoir pourquoi. D’ailleurs savoir pourquoi compte peu, arrivé à ce stade ; on a quitté le terrain de la rationalité depuis longtemps, on est passé sur la scène dramatique de la complaisance dans la douleur.
Certes il y a des souffrances qui méritent des larmes, qui ne sauraient les empêcher ne serait-ce que parce que l’on possède un fond d’humanité. Certaines, j’en conviens, mais bien peu en comparaison de toutes ces larmes versées en n’importe quels lieux et temps. Il est anormal de pleurer pour les garçons, paraît-il. Et norme sociale ou pas, peu le font. Du moins, pas en public, donc forcément moins, au su de tout le monde. Il est absolument admis que les filles pleurent quand elles souffrent. A tel point que si elles ne pleurent pas, on ne croira pas qu’elles sont réellement blessées. C’est idiot, mais c’est un fait. Testé : les autres vous traitent normalement, rationnellement, tant que vos yeux et vos joues sont secs. Même si vous avouez être triste à en crever, il essaieront de vous faire face avec des arguments logiques. Ils peuvent même être durs ou désagréables s’ils sont eux-mêmes de mauvaise humeur, ou peu enclins à être à l’écoute. Mais à partir du moment où de l’eau brille sous vos cils, et que votre voix se brouille, tout s’inverse. Le ton le plus acariâtre se muera en une tendresse plus ou moins mêlée de pitié. Même moins, je n’aime pas la pitié. Et cette expérience est toujours vraie. Si vous êtes une fille du moins, on ne prend votre tristesse au sérieux que si votre visage s’inonde. Personne ne songe à sonder les blessures muettes, comme on le ferait chez un garçon têtu et fermé. Si vous êtes à même de former la carapace, celle-ci sera belle et bien impénétrable.
En conclusion, il faut bien avouer que les larmes sont un moyen, même inconscient, de se faire plaindre, de s’attirer au moins de la compassion, de cesser toute hostilité, et de passer pour attendrir dans le rôle du faible qui a besoin d’être protégé. Et tout cela, on le fait instinctivement ; ce n’en est pas moins vrai.
J’ai remarqué quelque chose cependant - ça s’est vérifié pour moi, je serais mal placée pour en parler à la place des autres. Je ne pleure que pour des choses relativement tristes. Et pas lors des véritables tragédies, si rares qu’elles puissent être ; ces évènements qui vous laissent totalement anéanti, incapable presque de réaction et de décision, et qui impriment tout en silence le traumatisme un peu partout. Ca rejoint la vérité physiologique : quand la blessure est trop profonde, on ne la sent plus. Quand les nerfs sont sectionnés, la douleur s’estompe, mais le corps est alors plus vulnérable que jamais, inapte à se défendre contre ce qui l’agresse, parce qu’il l’ignore désormais. Cette section des nerfs est un dernier retranchement ; la métaphore peut s’appliquer aux douleurs psychologiques, je pense. La partie de notre cerveau qui vit la souffrance se déconnecte de celle qui réfléchit. La seconde ne plus venir au secours de la première ; celle-ci l’a, du moins provisoirement, mise hors service. Le temps peut-être transforme les entailles en cicatrices et la connexion se refait, on revit, on réapprend, et plus tard, on découvre où se cachent les séquelles du choc. Mais pendant tout ce temps-là, pas une larme ne se sera échappée. L’extérieur sera demeuré froid. Selon les situations, en fonction de si la tristesse est partagée ou non, on vous en blâmera ou on vous ignorera. Dans les deux cas, personne n’est là pour tendre la main, car la douleur, trop enfouie, n’est pas directement perceptible.
Il ne s’agit alors plus de contrôle de soi, mais d’impuissance. Cela aura l’apparence de la dignité, ce ne sera qu’une paralysie provisoire. Si elle dure trop longtemps, je crois qu’on peut ne jamais en guérir.
Pour en revenir au sujet de départ, la question est de savoir où trouver les ressources nécessaires pour combattre la tendance descendante et nager vers la surface avant d’être trop engloutie. Il faut trouver quelque chose de suffisamment gai, et de suffisamment proche, pour s’y accrocher. Il faut trouver quelque chose de gai, mais de non lié à la chose triste, et c’est bien cela le plus délicat. Quand l’instant va mal, plein de morceaux de passé semblent idylliques, et s’y raccrocher est plus qu’inutile, ce sont comme de grosses pierres qui filent encore plus vite vers le fond de l’eau. Trouver n’importe quoi d’autre : des perspectives sur un plan différent. C’est difficile. C’est une question de volonté.
Il faut savoir si l’on veut s’arrêter à pleurnicher sur un état de fait, souvent inchangeable, mais qui ne doit pas nécessairement nous arrêter. Aller de l’avant. Ouvrir des portes sans trop se soucier de celles qui ont pu se fermer. Et quand il s’agit d’au revoirs, apprendre que si l’on n’est pas capable de les prononcer, il faut au moins savoir les entendre.
Ce soir je n’ai pas mangé. C’est un premier signe que l’on va mal ; je vais essayer d’avaler la bestiole parasite qui coince mon oesophage, du riz et du poulet devraient la faire descendre, et moi, je vais remonter la première marche sur laquelle j’ai bêtement glissé.
Etrange, mais pour la première fois depuis longtemps, écrire m’a fait du bien.

8 commentaires:
Je suis sciée par ce post-ci.
Enorme, grandiose, définitif.
Je crois que je vais commencer par le relire une fois.
J'comprends pas, j'ai mis un com' et il s'affiche pas. J'espère qu'il est quelque part, sinon, j'ai les boules!
Eh bien... j'ai peur qu'il ne soit pas là, en tous cas... bizarre, il y a rarement des bugs avec les coms de blogger, mais je suppose que ça peut arriver... (c'est rageant j'en conviens).
Un résumé du contenu de ton message, peut-être ?
Arf... Ca me saoûle! A chaque fois que j’écris un bon com’, ça bugge! Fait chier!
Bon.
Contrairement à Louise, je ne suis pas sciée, et je ne trouve pas que ce post est grandiose. Je le trouve finalement très triste et très faux à la fois. Je suis même persuadée que tu essayes de te convaincre, d’une chose que tu sais pertinemment erronée.
On peut être maître de soi tout le temps; on peut ne pas s’écouter et ne pas se laisser glisser dans des tristesses vaines et larmoyantes. On peut. C’est difficile. Mais c’est possible.
C’est terriblement triste, ça, par exemple. Réduire l’être humain à un raisonnement quasi informatique. C’est comme ôter l’âme à l’homme. En faire, en somme, une sorte de machine-défonce: ça passe ou ça casse. Point barre.
Tu devrais pourtant savoir que le refus de s’écouter, le fait de nier la souffrance mène à de belles pathologies qui tuent beaucoup de jeunes filles, de nos jours. On appelle ça, entre autres, l’anorexie mentale, et j’insiste sur « mentale », voire le suicide, et le « voire » serait presque superflu ici.
Pour quoi je parle de l’anorexie? Parce que ce sont des filles qui souffrent, à la base, et qu’un élément déclencheur (en fait, la goutte qui fait déborder le vase) va mener à une dénutrition et à un ascétisme gravissime. Ces filles ont faim! Mais ces filles sont plus fortes que leurs corps, plus fortes que leurs émotions! Ces filles se contrôlent! Oui, elles ne mangent pas, elles dorment à même le sol, elles ont une activité sportive ahurissante... Elles nient complètement des souffrances psychologiques, qui loin de s’enfoncer au plus profond d’elles-mêmes, et loin de « disparaître » ressortent au-travers d’une auto-tuerie.
Et puis, ces filles meurent. Parce que leur coeur s’arrête de lui-même, ou parce qu’elles l'y aident un peu, avec quelques cachets.
Bravo, le contrôle. C’est fou c’que ça fait disparaître la souffrance!
Je ne suis pas d’accord avec ta condition « nécessaire pour être fort ». Etre rationnel, mais oui. Tu remarqueras néanmoins que ce qui nous plaît le plus, chez nos héros, c’est justement de savoir qu’ils sont aussi humains que nous. C’est de savoir qu’ils ont des faiblesses, et qu’ils les assument. Je vais prendre un exemple tout bête: Superman. Je pense que la réussite de cette série repose sur deux paramètres: l’amour et la kryptonite.
L’amour, parce que tout être humain recherche l’amour (donc, l’émotion, mais aussi tout ce qui tourne autour: les rencontres, les jeux de séduction, le sexe, ET les moments de crise, censés redonner du piquant à la relation, donc, quelques larmes aussi, c’est d’ailleurs ce qui tient la plupart des téléspectateurs: on se lasse, quand « tout va bien »); la kryptonite, qui fait de Superman un être vulnérable, qui a tout autant besoin des autres que nous, car, les humains ne sont pas sensibles à la kryptonite. En somme, on recherche aussi cette faiblesse-là.
On aime Superman, parce qu’il merde avec Loïs. Parce qu’il ne sait pas s’y prendre, parce qu’il fait parfois des choses dingues pour elle... sans réfléchir.
L’amour serait tellement triste, si l’on passait notre temps à raisonner! « Écoute, je ne sais pas si je vais t’embrasser, parce que ça pourrait libérer tout un tas d’hormones, dans mon oragnisme, et... ».
Le rationalisme conduit également aux pires crimes. C’est prôner la technique au mépris de l’humanité! C’est ne prendre en compte que les paramètres physiques, mathématiques, et finalement théoriques dans une entreprise, quelle qu’elle soit. En fait, c’est croire que l’être humain n’est pas un tout, mais l’addition d’éléments, qui n’ont aucun lien les uns avec les autres, et qu’on peut donc faire fonctionner comme bon nous semble, en appuyant sur le bouton « off » sur ce qui nous gêne pour l’expérience, par exemple: quitter le mode « émotion ».
Soit.
Pour moi, l’être humain est un tout. Ce n’est pas seulement une évidence. Je pense qu’on peut dire que c’est une vérité. Tu dis « ce soir, je n’ai pas mangé, c’est un premier signe que l’on va mal ». Vrai. Donc, quand on souffre psychologiquement, notre corps est aussi affecté. En fait, notre être entier est affecté par cette souffrance. Les personnes qui entrent dans la dépression vivent un véritable ralentissement psychomoteur. Ils n’arrivent plus à se lever, n’ont plus envie de rien, plus faim, et parfois même, ces personnes ne parviennent même plus à marcher!
Pour toi, la solution serait d’agir sur cette souffrance en la refusant, quelque part. Lui dire « tu t’en vas, tu mens, et je peux te combattre par ma seule volonté ». C’est un point de vue intéressant, quelque part, puisqu’elle constituerait une sorte de centre de décision, en fait, un parasite ayant pénétré dans l’organisme.
Néanmoins, pour rester sur mon parasite, on ne peut pas, lorsqu’on est malade, dire à l’agent pathogène: « va-t’en, tu n’existes pas ». On ne peut pas se convaincre qu’on n’est pas malade. Et d’ailleurs, si on ne va pas consulter un médecin pour qu’il nous prescrive des antibiotiques (dans le cas des bactéries, oui oui), le parasite va proliférer et on pourrait à terme être sacrément emmerdé. Loin d’aller mieux, on va plus mal, et au final, le parasite, loin de disparaître, prend de plus en plus de place dans notre organisme, et nous affecte d’autant plus totalement.
C’est pour ça que je ne suis pas d’accord avec toi. Je crois que la souffrance n’est pas quelque chose qu’on doit enterrer. Ce n’est pas de cette façon qu’on peut en guérir. Tu dis que pleurer, c’est se complaire dans sa souffrance, et même: la cajoler! Moi je dis: nier sa souffrance, en se réfugiant dans des pensées gaies, dans des projets, dans des perspectives plus attrayantes, c’est être lâche et surtout, menteur. Et c’est une forme de complaisance.
Quelqu’un qui pleure, c’est quelqu’un qui reconnaît que quelque chose ne va pas. Tu dis que pleurer, c’est être faible. Et bien, j’aime les faibles. Parce que ce sont eux, les plus réalistes, mais aussi les plus efficaces. Il n’y a rien de plus humain qu’un « pleureur », parce que c’est quelqu’un qui se comprend, mais qui comprend aussi les autres. C’est un atout, dans le monde individualiste et « rationnel » dans le quel nous vivons. Celui qui pleure a compris que le fait de reconnaître et surtout d’admettre qu’on a mal mène à la guérison mais aussi, à la force. Pourquoi? Parce que reconnaître et admettre la douleur, c’est savoir l’identifier. Tu noteras qu’on ne peut vaincre un ennemi qu’on ne connaît pas. Il doit bien y avoir dans tous tes mangas des scènes où le héros est confronté à un ennemi qui sait se rendre invisible. Comment faire pour lui porter un coup, si on ne le voit pas? Bien sûr, l’histoire finit souvent bien, et le héros arrive à bout de son ennemi. Mais... à quel prix? C’est tellement plus facile et surtout, plus efficace de combattre un ennemi qu’on connaît! Nier sa souffrance, « penser à autre chose », c'est équivalent à un gars qui prend la fuite face aux difficultés. Il voit son ennemi, il se barre en courant et en se bouchant les oreilles « tu n'existes pas, tu n'existes pas!!!! ».
Pour avoir longtemps testé la technique que tu proposes, je peux affirmer que c’est un leurre. Parce qu’on a beau essayer de penser à autre chose, la douleur est là, sourde et latente, et plus on sourit aux autres, plus elle s’amplifie. Le problème, dans ce jeu, c’est qu’on joue un rôle. Si on est bon comédien, les autres ne s’aperçoivent de rien. On est toujours celui qui gueule le plus fort, celui qui est toujours en forme, toujours motivé, le boute-en-train de la bande, le rigolo... Et pour garder cette image, on s’épuise.
Or, que se passe-t-il alors? On développe une amertume qui va s’aiguiser de plus en plus. On se sent incompris, on se dit que nos amis ne sont pas de vrais amis, parce qu’ils ne se rendent pas compte qu’on va mal.
On devient méprisant, lorsque nos « faibles » amis se plaignent de leurs « petits » problèmes, parce qu’ils sont tellement infimes, à côté des nôtres! Mais qu’ils sont égoïstes, et quel égocentrisme, dit-on, en contemplant, intérieurement notre nombril, nous, qui sommes forts, nous qui souffrons vraiment, nous qui dominons notre mal. Mais que dis-je! Nous n’avons pas mal!
On devient dur, désagréable.
Et les autres ne comprennent pas.
Et quand on a bien joué notre petit rôle, on rentre, dans notre chambre, et on se surprend à se regarder dans la glace, sans aucun masque. On voit notre sourire tomber, notre regard sombre, triste affiche les airs de chien battu contre lesquels on a lutté toute la journée. Et on se tourne vers le seul qui nous comprenne vraiment, cet engin électronique, qui ne pense qu’en 1 et en 0, et à qui on peut confier notre révolte.
Ca peut aller loin. Ca peut aussi dégénérer, quand on a accès à Internet. Le boute-en-train de la bande dans la vie, devient un dévidoir de larmes et de plaintes et de profond nombrilisme dans sa vie virtuelle.
C’est « drôle », j’ai entendu à la radio qu’on peut mener une « seconde vie » sur Internet, maintenant. On peut même se trouver un vrai boulot. Faire vivre un personnage Sim, si j’ai bien compris, mais ce personnage, ce serait nous, et dans la réalité... virtuelle.
Ce concept m’effraie et me laisse perplexe. Peu à peu, les gens ne vont plus sortir de chez eux: ils vivront face à leur écran, une vie numérique. Ils vivront AU TRAVERS d’une création binaire, rationnelle et inhumaine en tout point.
C’est abominable!
Pour en revenir, donc, au contrôle de la souffrance et à ce que tu développes, je pense que tu ne pourras pas, à long terme te débarrasser de ce qui te fait mal de cette manière. C’est tout simplement impossible. Et là, oui, tu cajoleras ta souffrance, contrairement à ce que tu affirmes sur celui qui pleure.
Je déplore la séparation de la raison et des émotions. C’est une grave erreur que de les voir comme opposées. Pour moi, elles sont complémentaires. Le fait de pleurer va justement extraire cette boule que tu as dans la gorge. (Autant te dire que la description « physique » que tu fais au sujet de l’acte de pleurer continue de me laisser perplexe. Il me semblait pourtant que tu condamnais cet attachement au paraître dans tes articles précédents. Mais, j’ai peut-être mal compris. Remarque, c’est vrai que c’est très laid d’accoucher, tiens. On devrait pas faire de gosse. On gueule, on se fait dessus, on grossit. Bah! C’est vraiment répugnant. Allez, votons une loi pour interdire de pleurer et d’accoucher! Ok, je referme la parenthèse.)
Une fois que tu auras pleuré, ton corps aura éjecté cette boule et va permettre à ta raison de dédramatiser les choses et de te rassurer. La douleur sera toujours là, mais tu pourras t’en décentraliser un instant pour réfléchir: « J’ai mal vécu ça, c’est vrai. Il m’a dit ça, et ça m’a blessée. Pourquoi? Est-ce qu’il avait raison? Quel problème sous-jacent cela met-il en évidence? Comment régler ça? »
Et là, tu vas agir. Là, seulement, tu vas pouvoir éradiquer la souffrance et la faire sortir de toi. Tu vas pouvoir rebondir, de manière authentique et saine et tu n'auras pas besoin de t'inventer des raisons d'être heureuses. Elles viendront d'elles-mêmes.
Je ne dis que que ça se fera vite, en un claquement de doigt. Parce que tu auras mal, peut-être longtemps. Mais ce mal là ne sera plus un mal qui te ronge. Ce sera un mal que tu traites en profondeur, comme on soigne une bronchite. On prend des médicaments, mais on continue à tousser et avoir mal à la gorge et aux bronches pendant un temps. Jusqu'au jour où on se rend compte qu'on est guéri.
En ce qui concerne l'aspect social de l'acte de pleurer, je ne dis pas qu'on doit forcément pleurer devant tout le monde. Tant mieux pour ceux qui savent le faire. Moi, je suis plutôt du genre à pleurer loin des regards. Question de caractère, je pense. Pour les idées reçues sur les garçons qui n'ont pas le droit de pleurer, je n'ai rien à dire. Quand je vois un mec pleurer, je ne lui dis pas « un gars, ça pleure pas». Je pense que ça ne tient qu'à nos réactions de faire changer ça. Tu vois un petit garçon qui pleure? Tu le consoles. Point barre. Les larmes n'ont pas de sexe, à ma connaissance.
Dans tous les cas, que ce soit entouré ou non, le fait de pleurer est libérateur.
Etre entouré a aussi sa part d'importance. Parce qu'en parler permet encore un impact. Quand on verbalise les choses, elles se matérialisent davantage, et ça nous aide même à affiner le tir. Il faut aussi prendre en compte la richesse de la considération de l'autre: son point de vue, son expérience... une somme de choses qui peuvent aussi nous apporter des clés. On dit que le travail de groupe est souvent difficile (je confirme!!!), mais, il a cela d'intéressant que nos limites ne sont pas forcément les mêmes que les autres. Ainsi, lorsqu'on se trouve dans une impasse, l'autre peut au même niveau déboucher sur une avenue.
Il en va de même pour la souffrance. Ce qui nous fait mal, ce qui nous arrête, c'est peut-être quelque chose que l'autre a déjà dépassé. Il va pouvoir non seulement nous donner des conseils pour la suite, mais il sera surtout la preuve vivante qu'on peut s'en sortir, puisqu'il y a survécu, lui-même.
Je terminerai sur ton avant-dernier paragraphe. Aller de l'avant. Oui, c'est cela qu'il faut faire. Mais si une porte s'est refermée sur un pan de ta veste, il te sera difficile d'aller vers les autres, tant que tu n'auras pas coupé les liens qui te rattachent à cette dernière. On dit qu'il faut prendre le mal à la racine: un poil rasé repousse plus vite qu'un poil arraché lol. Une veste coupée est foutue. Prends le temps de reprendre ce que tu as perdu derrière la porte. Puis, va ouvrir les autres. Et rappelle-toi de ce qui a été fermé. Prends-en de la graine, plutôt. Ce sont nos échecs et nos maux vaincus qui nous font grandir.
Enfin, on ne peut pas entendre si on ne s'entend pas soi-même. Pour accepter un au-revoir, il faut déjà avoir travaillé sur soi. Sinon, il y aura toujours une étape essentielle manquée, et l'on ne renoncera jamais.
Finalement, c'est un résumé puissance 4. Mais, j'ai bien aimé réfléchir là-dessus.
J'espère que tu ne resteras pas longtemps dans cet état d'aveuglement forcé. Ton texte est l'illustration-même de tout ce que j'ai dit, et il te contredit à merveille. J'espère que tu en prends conscience! Remets-toi vite. Et bien!
Lol.
Je me demande si tu ne me prends pas quelque part pour une idiote. Si c'est parce que j'en ai vraiment l'air, effectivement c'est grave. Je ne pense pas pour autant que ce soit le cas.
La parenthèse sur la non-joliesse du fait de pleurer et de celle d'accoucher m'est particulièrement blessante - preuve que sur un terrain de rationalité et d'idées, je ressens quand même des émotions, puisqu'il me faut annoncer que je ne dissocie pas les deux (ce serait idiot à un point que j'ai du mal à croire que tu croies que ce puisse être ce que je pense - hihi, affreuse grammaire dans cette parenthèse, pour le coup). Oui, on est moche quand on pleure et d'ailleurs quand on accouche aussi, et aussi quand on fait du sport et qu'on transpire de partout, je l'ai nié ??? J'ai bien le droit de trouver les choses estéthiques ou non, de le mentionner ou non. Ma position sur le paraitre est que c'est de moindre importance et que l'on n'est pas aimé pour ça. Point. Et non que je trouve qu'on est tous d'une beauté à toute épreuve.
Ceci précisé : tu fais une belle affaire de rhétorique, dans ce post. Premièrement, tu m'énumères des lieux communs et donc communément admis. "Il ne faut pas nier ses souffrances" "Avoir des faiblesses c'est humain" "L'être humain est un tout" "Emotion et raison sont complémentaires" "Il faut connaître sa souffrance pour la combattre" etc etc. A tout ça je dis : ok ! Tout le monde est d'accord dans une certaine mesure avec ce genre d'assertions hors-contexte.
Deuxièmement, tu ne me réponds pas mais me caricature. Me fais rentrer dans une catégorie précise qu'il t'est aisé de critiquer avec de tels arguments. Tu me pousses vers un extrême que je ne mentionne pas mais que tu déduis, parfois à tort (puisque je suis encore la mieux placée pour savoir ce que je pense, et ce que j'en ai exprimé). Un exempler : je dis, on peut se contrôler, on peut freiner ses émotions et non "il faut refuser sa souffrance, seul moyen pour la dépasser !" et c'est pourtant cette deuxième affirmation que tu dénonces avec véhémence. Je dis qu'on a un moi rationnel et un moi émotif, qui forme évidemment un seul moi où ces caractéristiques prennent l'une ou l'autre le dessus en fonction de situations. Tu réponds que j'oppose les deux et que c'est aberrant. De toute évidence, tu as raison et tu ne t'adresses pas à moi.
Conclusion : tu m'as bien mal comprise, mais à la lecture de ton commentaire, je comprends assez facilement pourquoi. Comme souvent quand on est en désaccord sur une idée, mais en présence de personnes raisonnables et de bonne foi, le désaccord vient bien moins du raisonnement mais du postulat de base.
Parce que tu dis : j'ai testé "ta" méthode mais c'est un leurre. Et parce que je peux répondre : j'ai testé la "tienne" et c'est un leurre aussi. Du moins, les extrêmes de nos chacunes sont visiblement des leurres. Ni nier sa souffrance ni l'exprimer à outrance, à soi et aux autres, ne sont des solutions à aucun problème. Il faut évidemment de la mesure, comme toujours difficile à trouver.
Pour la petite histoire, de peu méconnue : j'ai été longtemps cette fille qui a eu des problèmes et qui a tourné autour de long en large, les examinant sous toutes leurs coutures, les sondant jusqu'au coeur et jusqu'à l'écoeurement, la transmettant aux autres sous milles formes différentes, cherchant l'absolution par le combat. En somme, j'ai été l'extrême de ce que tu préconise comme un magnifique exemple d'humanité. J'ai incarné une faiblesse, presque. J'ai été celle qui a bouffé les antibiotiques du gentil docteur à s'en faire exploser les intestins et les neurones. Et il me semble que les gens qui coulent dans une dépression ne sont que dans le prolongement d'un tel état.
Alors certes, cette souffrance-là était certainement profonde et justifiait que je ne sache pas vraiment comment lui faire face, autrement qu'en la combattant de cette manière éperdue, ce qui était bien au final une façon de lui céder. Elle était devenue l'axe tournant du globe sur lequel se déroulait ma vie. Et tous mes écrits emplis d'émotion d'autrefois en découlent d'une manière ou d'une autre (c'est pourquoi je ne les regrette pas, mais c'est une autre histoire)
Je ne dis pas qu'elle a disparu mais elle est maintenant rangée dans un coin, et ma vie se passe ailleurs. J'ai changé de thérapie et me suis rendue compte que tourner la tête vers ce qui allait bien était un bien meileur moyen de tuer la bête que de s'acharner à la combattre obsessionnellement. Ce n'est pas refuser, occulter, qui peut faire ça ? C'est diminuer l'espace mental qu'on lui consacre, et donc lui offrir moins de prise pour se développer.
C'est loin d'être aberrant et même essentiel
Ce en cas de blessures graves. Toutes les tristesses ne le sont pas. Certaines sont extrêmement simples et les sonder ne reviendrait qu'à tourner en rond ! Parfois elles ne dépendent pas de nous, et au fond on sait que l'issue sera dans le détournement, parce qu'il n'y a pas vraiment d'autre choix. On le dit et on le sait : avec le temps tout passe ; ça reste quelque part mais n'handicape plus. On est redisposé à se sentir heureux. Ca semble facile quand tout va bien, qu'on réfléchit normalement, et ça semble irréel quand on est au fond du gouffre, même si ce gouffre n'est qu'un trou dans le sable et qu'on ne fait que le creuser un peu plus du sillon de nos larmes.
Ce que je dis, c'est qu'on peut réfléchir avant de tomber dans le trou, quand on sait ce qu'il en est (parce que, même seul, on a vécu, et les situations se répètent) et se dire : est-ce que je veux aller mieux dans quelques mois ou dans quelques jours ? Et amorcer la marche arrière, à son rythme.
S'ouvrir à de nouvelles choses qui nous feront envie alors qu'on croyait n'avoir plus envie de rien. Comme dit la chanson de la Rue Kétanou "La chance ne sourit pas à ceux qui lui font la gueule" : notre volonté a une petite chance d'agir en faveur de notre bien-être, il est astucieux de la saisir.
Je n'aspire pas pour autant au "grandiose" de Louisette ;) D'ailleurs, on ne sait toujours pas ce qu'elle pense après relecture approfondie.
Toujours sympa de disserter avec vous.
PS sans rapport : je suis admissible à l'IEP de Lyon mais pas à celui d'Aix. Petite victoire :)
Un mois après, on m'en voudra?
C'est qu'entre temps vite fait j'ai passé une quantité d'examens impressionnants.
Les résultats étant largement au rendez-vous (purée j'en reviens toujours pas); je peux enfin revenir là.
(la classe, hein, les nouvelles perso en intro, je vous ai pas complètement oublié les filles..)
salut Flo, salut Fanny;
Quand je parlais d'énorme, grandiose et définitif.
C'est bien plus pour le ton et la fermeté des propos que pour mon avis sur la question de fond.
Je suis impressionnée par une rhétorique ferme (et en cela "définitive") que je ne te connaissais pas.
Ton post est (et purée là encore ça me l'a refait) impressionnant. Superbe au sens antique, tu vois. Fascinant.
Je suis totalement incapable d'être aussi sûre que vous l'êtes.
Parce que j'ai la ferme sensation que je peux changer d'avis aussi vite que de casquette.
Il y a tout de même plusieurs éléments qui ne me laissent aucun doute, bien que je ne sache pas les démontrer avec autant d'âpreté et de mathématisme que vous:
-se fixer comme condition "ne jamais pleurer" me semble contre-productif: si ça devait arriver malgré tout, chaque larme sera considérée comme un échec.
Et on a pas besoin de se rajouter des échecs, quand on est mal, ça m'a l'air évident.
-pleurer pour extérioriser son mal, pour le rendre légitime aux eux des autres, m'a l'air tout aussi discutable.
J'ose croire que les gens qui sont chers comprennent sans qu'il y ait besoin de montrer comme ça. Et surtout, surtout!, qu'on est encore capable de communiquer de manière normale pour dire clairement: j'ai mal comme un chien.
Bon admettre que ça va pas c'est un bon début, je crois que personne se chamaille là-dessus.
[mode d'emploi: se regarder dans la glace, porter les mains à la hauteur des seins, et dire de manière très claire "j'ai mal" en éloignant d'un geste rapide les mains du corps]
Mais, et c'est là que je ne suis pas d'accord du tout avec Flo, si c'est pour être aimé (!!) c'est même pas la peine d'y penser.
A lire ça:
"On aime Superman, parce qu’il merde avec Loïs."
J'ai franchement haussé les sourcils. Ca veut dire que si on regarde dans l'autre sens, on peut dire "on est mal parce qu'on est aimé ainsi"??
Je n'aime pas mes amis parce qu'ils vont mal.
Ah non!
J'aime mes amis, et comme je les aime je voudrais être là, dans l'espoir qu'ils puissent être mieux.
« c’est d’ailleurs ce qui tient la plupart des téléspectateurs: on se lasse, quand « tout va bien ») »
On s'ennuie quand tout va bien?
AH? On parle pas de TV, là; mais de vraie vie.
J'échange volontiers une soirée à essuyer des larmes contre une après-midi à discuter littérature.
Et je suppose que tu échangerais très volontiers un divorce compliqué contre un mariage heureux.
J'ai l'impression qu'ici tu t'es laissée emporter par la démonstration Flo.
A mon sens la faiblesse rend davantage l'être touchant qu'aimable. (au sens de "à aimer")
Et justement c'est là tout le danger. Si on est touchant quand on est mal et qu'on est pas aimé (ou qu'on sait pas qu'on est aimé), alors on risque bien de se complaire dans cette douleur.
Puisque c'est elle qui rend touchant.
Etc…
Quant aux larmes, vite fait :
J'avais eu une discussion du genre il y a quelques années... et on avait accolé deux mots qui m'ont paru très subtils:
Pleurer a quelque chose d'obscène.
Obscène.
Au sens qu'il y a un consensus à dire qu'il faut le cacher.
Je crois que c'est pour ça que Floriane dit que "qq'un qui pleure, tu le consoles"; pour cacher ces larmes.
C'est plus une consolation, simplement un retour à ce qui peut être montré, un retour à un socialement acceptable dans un certain sens (il est socialement acceptable d'être mal comme un chien dans le métro, mais pas de pleurer de tristesse)
Voilà pourquoi je crois qu'il faut séparer l'analyse des pleurs de celle de la douleur.
Ca n'a rien à voir.
p.s. Ce paragraphe me fait peur, Floriane. Et je crois que c’est là où tu as le plus raison.
« On devient méprisant, lorsque nos « faibles » amis se plaignent de leurs « petits » problèmes, parce qu’ils sont tellement infimes, à côté des nôtres! Mais qu’ils sont égoïstes, et quel égocentrisme, dit-on, en contemplant, intérieurement notre nombril, nous, qui sommes forts, nous qui souffrons vraiment, nous qui dominons notre mal. Mais que dis-je! Nous n’avons pas mal!
On devient dur, désagréable.
Et les autres ne comprennent pas. »
Et pour autant que ce passage me parle, je ne sais pas y répondre.
Peut-être dans un autre mois ?
Yo les filles !
Je ne t'en veux pas pour le mois de vacances, Louisette, cette fin de printemps a été aussi harrassante pour moi. Quelle joie d'en avoir finalement fini !! Bravo pour tes exams ; de mon côté j'ai eu ma licence et je suis acceptée à l'IEP de Bordeaux (grand changement dans ma vie !)
J'espère que l'année universitaire s'est aussi bien achevée pour Flo - pour les vacances ça tiendrait toujours, mais j'ai été absente tout ce temps, j'ai essayé de t'appeler et je crois ne pas avoir le bon numéro !!
Breeeef, essayons de nous contacter en plus privé. Vive les vacances. Et je vous promets un nouvel article d'ici peu :))
Fanny!!! Tu es vivante! C'est magnifiqueeeee!!!!
J't'envoie mon num' par mail! Bravo pour Bordeaux! Mais ça tue! C'est à côté de chez moi, Bordeaux! On va pouvoir se voir au taquet! La claaaasseee!!!
J'te maile, à toute!
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