23 février 2007

Pierre Bourdieu - La domination masculine

J'essaie ici d'initier une série ; qui consistera, tout simplement, à faire partager quelques morceaux choisis de certaines de mes lectures, à raison d'un article par mois, à peu près. J'essaierai également de varier les thèmes et les genres, et je vous invite évidemment à discuter les idées présentées. Je commence donc ici par un ouvrage qu'il m'a particulièrement plu de découvrir, "la domination masculine" de l'éminent sociologue Pierre Bourdieu. On comprendra aisément que ce titre ait attiré ma curiosité... Mais j'ai cependant vraiment fait une découverte au cours de ce relativement court essai. Bourdieu y met l'accent sur la domination "symbolique", ces petites choses, petits marques et petits actes qui font partie de l'environnement social, que l'on ne remarque pas, et qui créent pourtant le "climat" de cette domination, si l'on me permet l'usage de cette métaphore météorologique. En quelque sorte, ce qu'il décrit et explicite a été pour moi comme la révélation de quelque chose qu'il me semblait percevoir de loin, mais que je ne pouvais exprimer assez rationnellement pour pouvoir le transmettre ; des éléments de réalités qui me semblaient incohérents ou gênants, mais qu'il était difficile de relier à des expressions concrètes et extrêmes d'oppression des femmes, comme les violences domestiques, agressions, etc. En cela la vision de Bourdieu, son cheminement tortueux mais ne perdant jamais de vue une direction précise et réfléchie, m'a plutôt enchantée. Ce passage que j'ai sélectionné traite d'un aspect de la domination masculine que j'ai trouvé intéressant, parce que généralement sous-estimé dans son importance en matière de rapports sociaux : le rapport des femmes à leur corps, à leur apparence, en relation avec l'importance extrême qui est socialement accordée à cette apparence. La seconde partie évoque une distorsion de ce rapport dans le milieu sportif, et s'incsrit en quelque sorte comme un complément d'idée à mon article du mois dernier. Des éléments sur l'ouvrage et la manière dont il a été reçu seront disponibles en liens dans la colonne de gauche ; place à la lecture, donc.

"La domination masculine, qui constitue les femmes en objets symboliques, dont l’être (esse) est un être-perçu (percipi), a pour effet de les placer dans un état permanent d’insécurité corporelle ou, mieux, de dépendance symbolique : elles existent d’abord par et pour le regard des autres, c’est-à-dire en tant qu’objets accueillants, attrayants, disponibles. On attend d’elles qu’elles soient « féminines », c’est-à-dire souriantes, sympathiques, attentionnées, soumises, discrètes, retenues, voire effacées. Et la prétendue « féminité » n’est souvent pas autre chose qu’une forme de complaisance à l’égard des attentes masculines, réelles ou supposées, notamment en matière d’agrandissement de l’ego. En conséquence, le rapport de dépendance à l’égard des autres (et pas seulement les hommes) tend à devenir constitutif de leur être.

Cette hétéronomie est le principe de dispositions comme le désir d’attirer l’attention et de plaire, désigné parfois comme coquetterie, ou à la propension à attendre beaucoup de l’amour, seul capable, comme le dit Sartre, de procurer le sentiment d’être justifié dans les particularités les plus contingentes de son être, et d’abord de son corps. Sans cesse sous le regard des autres, elles sont condamnées à éprouver constamment l’écart entre le corps réel, auquel elles sont enchaînées, et le corps idéal dont elle travaillent sans relâche à se rapprocher. Ayant besoin du regard d’autrui pour se constituer, elles sont continûment orientées dans leur pratique par l’évaluation anticipée du prix que leur apparence corporelle, leur manière de tenir leur corps et de le présenter, pourra recevoir (de là une propension plus ou moins marquée à l’auto-dénigrement et à l’incorporation du jugement social sous forme de gêne corporelle ou de timidité).

C’est dans la petite bourgeoisie, qui, du fait de sa position dans l’espace social, est spécialement exposée à tous les effets de l’anxiété à l’égard du regard social, que les femmes atteignent la forme extrême de l’aliénation symbolique. (C’est-à-dire que les effets de la position sociale peuvent, en certains cas, comme ici, renforcer les effets du genre ou, en d’autres cas, les atténuer, sans jamais, semble-t-il, les annuler.) A contrario, la pratique intensive d’un sport détermine chez les femmes une profonde transformation de l’expérience subjective et objective du corps : cessant d’exister seulement pour autrui ou, ce qui revient au même, pour le miroir (instrument qui permet non seulement de se voir mais d’essayer de voir comment on est vu et de se donner à voir comme on entend être vu), d’être seulement une chose faite pour être regardée ou qu’il faut regarder en vue de la préparer à être regardée, il se converti de corps pour autrui en corps pour soi, de corps passif et agi en corps actif et agissant ; cependant que, aux yeux des hommes, celles qui, rompant la relation tacite de disponibilité, se réapproprient en quelque sorte leur image corporelle, et, du même coup, leur corps, apparaissent comme non « féminines », voire comme lesbiennes - l’affirmation de l’indépendance intellectuelle, qui se traduit aussi dans des manifestations corporelles, produisant des effets tout à fait semblables. Plus généralement, l’accès au pouvoir, quel qu’il soit, place les femmes en situation de double-bind : si elles agissent comme des hommes, elles s’exposent à perdre les attributs obligés de la « féminité » et elles mettent en question le droit naturel des hommes aux positions de pouvoir ; si elles agissent comme des femmes, elles paraissent incapables et inadaptées à la situation. Ces attentes contradictoires ne font que prendre le relais de celles auxquelles elles sont structuralement exposées en tant qu’objets offerts sur le marché des biens symboliques, invités à la fois à tout mettre en oeuvre pour plaire et séduire et sommées de repousser les manoeuvres de séduction que cette sorte de soumission préjudicielle au verdict du regard masculin peut sembler avoir suscitées. Cette combinaison contradictoire de fermeture et d’ouverture, de retenue et de séduction, est d’autant plus difficile à réaliser qu’elle est soumise à l’appréciation des hommes, qui peuvent commettre des erreurs d’interprétations inconscientes ou intéressées."


4 commentaires:

Anonyme a dit…

grrrr jen etais sur faut que je reagisse la!!!!!!!!parceque c typiquement le genre d etruc qui fout les nerfs(jexagere mais bon...)!enfin bref il a riaosn bourdieu il a tout tres bien decrit c sur que c'est exactement ca mais ca sert un peu a rien decrire des trucs comme ca parceque je pense que meme si tout le monde nest pas capable dexprimer ca aussi bien on en est tous plus ou moin conscient(meme inconsciament lol)!
bref tout ca pour dire que oui bourdieu il a raison oui les la féminité en gros c plaire aux hommes,oui le corps de la femme ne lui appartien pas vraiment et oui une sportive perd souvent de la féminité...mais bon il faut comprendre que ces comportement qui nous (enfin vous...)paraissent absurde sont le fruit de millier d'année d'evolution et nottament d'une epoque certes revolue mais a laquelle une femme sans une homme ne pouvait survivre (oui cest est tres loin je sais...)et ou l'homme été presque le salut de la femme(la ca va raler...)ce qui explique que le fait que la femme fasse pas mal de choses pour plaire...alors bon c'est sur de nos jour tout ca na plus bcp de sens mais bon c'est comme ca et les naifs(naives)qui croient que tout ca peut changer en un demi siecle ben...c'est bien continuez,enjoy!!!alors faut se rendre a levidence les hommes sont les hommes les femmes sont ls femmes,on est DIFFERENTS!!et a chaques fois qu'une femme voudra agir comme un homme ca paraitra bizarre au yeux de la société et c'est pareil pour les hommes faut pas se leurer,regardez tout les gars qui font de la danse ou qui kiffe d activité"de femmes"a mon avis ils en souffrent mais c'est pas pres de changer a mon avis.Chacun est libre de faire ce qu'il veut dans nos société mais chacun est egalement libre de juger les autres et pour changer ca faurdait que l etre humain change et c pas pour tt de suite!!
pour conclure je dirai que j'aime les filles feminines qui veulent plaire aux hommes(logique non?)et je croi pa ques les femmes aime les hommes efémines...
apres si on veut ds femmes-hommes et des hommes-femmes ben chacun son truc mais je pense pas que ce soit l'avis de la majorité...

Anonyme a dit…

En fait il y a quelque chose qui me chagrine... même pas mal, à la réflexion.

Ca te fout les nerfs - tu trouves que c'est justifié, même vrai, mais, ça t'énerve profondément ces gens qui ont l'ambition utopiste de changer (ou continuer à changer) la condition des femmes dans la direction de plus d'égalité et de considération.
Mais par contre la chanson pourrie de l'article en dessous, ramassis d'insultes les plus répugnantes et incarnant le mépris le plus complet à l'égard d'une moitié de la population malheureusement et arbitrairement dotée d'un vagin, ça te te dérange pas... Tu trouves ça idiot mais "ce n'est qu'une chanson", ce ne sont que des mots, ce n'est pas bien grave. Au pire, il y a même ces pétasses de boîtes de nuit qui mériteraient que l'on s'adressent à elles de cette manière.

Ces gens qui insultent les femmes, ce n'est rien. Ces sociologues qui décortiquent le pourquoi du comment pour essayer de donner des pistes pour changer les choses en profondeur, pour améliorer la condition féminine, ça t'horripile.
Les premiers sont des crétins finis exprimant leur frustration à grand coups d'obscénités volontairement choquantes, les seconds cherchent à améliorer les choses, et dumoins à les comprendre, et c'est vers eux que tu diriges une vraie négativité passionnée, argumentée et spontanée...

Pour ce qui est du reste du message, ce que tu critiquerais serait la sociologie en général, voire les sciences humaines plus largement, puisqu'elles ont pour but de chercher à comprendre tous les phénomènes humains en profondeur, sans que ça ne serve à quelque chose, concrètement. Enfin, ça servira de base à d'autres, à faire réfléchir, à faire avancer, mais le travail du sociologue s'arrête là, à chercher à comprendre. Est-ce que ça ne devrait pas exister pour autant ? Est-ce qu'il vaudrait mieux éviter de se poser des questions et accepter les choses bonnes ou mauvaises telles qu'elles ont.

Il fut un temps où les femmes ne pouvaient se passer d'un homme (quoique... bien des vieilles filles ont survécu) mais parce qu'elles n'en avaient pas les moyens et les opportunités sociales et non parce qu'elles n'en étaient pas capables par essence.

Comme tu le dis si bien... des milliers d'années, et un demi-siècle qui a changé fondamentalement les choses. Impressionnant, non ? J'irai jusqu'à dire que le plus gros a été fait. Qu'y a-t-il de mal et de si exaspérant à vouloir perpétuer ce changement, le finaliser, en tentant d'y adapter les mentalités de chacun ?

Pour finir, connaissant ta virulence passionnée dans ce genre de débats, ton assurance (quoi que tu en dises) et ta volonté de convaincre, je peux presque dire avec certitude que tu vivrais mal au jour le jour d'être cantonné au rôle "inférieur" d'une manière ou d'une autre. Si tu étais né "de l'autre côté"^^ je suis sûre que ton caractère se serait bien mal accomodé de certaines choses pourtant habituelles. Et non, ce n'est pas un caractère typiquement masculin...

Je finirai en répétant les paroles ce chanteur très célèbre qui font partie de notre passé adolescent commun et qu'il me plait toujours de chanter "You may say I'm a dreamer - But I'm not the only one..." et je n'oublierai pas le "I hope someday you'll join us"...

Sur ce, bonne nuit !

Anonyme a dit…

attention j'ai rien contre la sociologie mais quand ca sert a quleque chose la comme je l'ai dit il nous apprend rien je trouve c'est pour ca que ca ma gavé...et ttc c'est pas que ca me saoule moins mais c juste que quand je vois les videos du concert ou ya une cinquantaine de meuf qui monte sur scene pour CETTE chanson et qui sont a donf...bah je me dit que meme si je comprend tres bien pourquoi ca te gave ca doit pas etre si grave pour bcp de meufs...
et pour en revenir a l'epoque ou les femmes avaient vrament besoin de l'homme je te parlé de la prehistoire a une epoque ou justement la pression sociale n'existé pas encore et ou nous etions des encore vraiment des animaux et ou ce qui te sauvé c était la force physique et c'est bien la seul époque ou vous avez eu besoin de nous pour survivre mé bref tout ca pr dire qu en un demi siecle on a reussi a changé notre société mais pas notre nature c'est pour a que ca m'enerve ce genre darticle parceque je pense pas qu'on puisse changer autre chose que la société et elle a deja changé!!c'est pour ca qu'apres je pense que lereste ben...c'est un coup ds l eau.reagrde de nos jours les hommes et les femmes sont considéré comme egau mais ya plein d egens qui le pense pas et ca ben ca sera bcppppppppp plus long a changer...bref je termine en disant que je suis pas plus du coté de ttc que du coté de bourdieu(pour schématiser...)mais c juste que ca me saoule dentendre d trucs qui brasse du vent(a mon sens...)!surtout que je me trompte peut etre mais je te voi pa opprimée non plus...
enfin voili voilou jespere metre mieu fait comprendre ce coup ci dreameuse et me prend pas pour un mysogine non plus je pense pas l etre mais ton combat je le soutiendrai a fond si on été en afghanistan mais la chez nous je trouve ca un peu obsolete(et hop encore un mot classe!)d'ou mon enervement encore une fois!
allé bonne nuit!

Anonyme a dit…

Lol. Je comprends toujours pas que tu t'énerves autant ; c'est pas comme si on te demandait à TOI de te battre pour quelque chose d'inutile (à ton sens), ce sont d'autres gens qui font ça, et à la base, l'intention est bonne, non ?
Pas plus du côté de TTC que de Bourdieu... ben je t'assure que c'est bof, comme position... enfin, moi je trouve ça triste.
Les paroles de TTC choquent beaucoup de gens, pour une fois, je ne pense même pas que les filles qui montent sur scène dans les concerts ne constituent une majorité ! Cela dit, est-ce qu'on doit toujours opérer un nivellement par le bas ?
Est-ce que ça doit être ça, l'évolution ?
Puisqu'il y a une majorité de cons, c'est aux gens plus rares qui réfléchissent de s'adapter à la connerie ambiante ?
Au lieu d'exprimer leurs idées pour faire avancer les choses ?
Même si c'est LENTEMENT... qu'est-ce qu'on s'en fout ?

En fait, ce que tu comprends pas, c'est la question du ressenti. D'une tu ne comprends pas parce que c'est un ressenti que tu n'as pas, et de deux, tu refuses d'essayer de comprendre.
Ressentir tout simplement qu'il y a des choses qui pourraient être mieux, des choses qui te gênent, et bien ça me paraît naturel, de chercher à s'en débarasser, et de réfléchir à comment.
L'ordre social et sexuel ne te pose pas de problème, c'est tout, et c'est simple, tu es un garçon ! Y'a plein d'emmerdes qui ne t'arriveront pas juste à cause de ça, de ce bon numéro de loterie, que ce soit en France ou en Afghanistan (et je ne répèterai pas pour quelles raisons visibles il y a encore un problème selon moi en France)

Donc non, je ne pense pas que tu sois misogyne, je pense juste que tu n'es pas capable de voir les choses autrement que de ton point de vue, pour lequel il n'y a pas de problème. Dommage, c'est tout