31 mars 2008

Louise Attaque - Réminiscences

"A la fille que je suis il est difficile de tomber amoureuse. Et peu importe qu’il s’agisse vraiment d’amour, il faut bien donner un nom aux belles choses ; et aux plus belles, les plus beaux noms.

Mon amoureux a un prénom en G, septième lettre de l’alphabet en accord d’un rêve de septième ciel ; un prénom pas vraiment beau, un prénom dansant, charismatique de deux voyelles accolées et distinguées d’un tréma, petite auréole scintillante au dessus de ces deux lettres tête-bêche, deux amants dans tous les sens qui scindent en deux la syllabe musicale. Un prénom d’enfant qui ne lui correspond pas, un prénom sans l’empreinte des gens autour de moi.

Tout est parti de quelques phrases timides sur la vie, de ce qui y est important ou pas, de l’incertitude qui nous porte parfois et de tous ces instants trop rapides trop simples qui sont à aimer. Tout est parti de rien du tout, d’une chanson à la radio dans une voiture qui ne voulait rien dire d’évident, je n’ai appris qu’ensuite qu’il n’y avait pas de chanson évidente entre nous, pas de chanson simple à laquelle je puisse donner un sens sûr et certain… seulement des taches de couleurs pastels où j’essaie de guider mes doigts vers une esquisse de l’éternel…

Alors j’ai pris le parti de le garder près de moi. Je l’ai emmené marcher au bord de l’océan, emmené à chaque fois que j’avais besoin d’être seule, emporté en moi en écoutant seconde par seconde ces rêves qui avaient le goût des miens. Je l’ai écouté d’abord distraitement comme une petite fille découvre, comme une histoire que le vent raconte auprès de mon oreille, comme lui là et pas vraiment, je sentais les aiguilles de pin sous mes pieds nus et sa lassitude égarée se mêler à la mienne, dans les taches de soleil que les arbres parsemaient au sol. Il était encore là quand je laissais mes illusions disparaître derrière la dune le soir, et que les vagues grisonnaient sous le soleil enfoui, il était encore là pour me tenir la main, pour me dire que certaines choses qu’on aime savent rester les mêmes, pour apaiser ma peur de ce qui se dressait devant moi.

Il n’est plus une journée sans qu’il ne soit avec moi, soutenant mes heures de détresse, enjouant mes élans de tendresse, entretenant mes rêves et mes faiblesses, me donnant chaque instant l’espoir presque la certitude que ce que je désire existe, quelque part, près de lui mais aussi ailleurs, que la vie continue et que les souvenirs ne gagnent rien à être oubliés.

Il a osé crier mes idéaux, les pousser au summum de la beauté des mots, crier qu’on peut aimer l’autre pour ses défauts, apprécier de la vie ses cassures et ses imperfections, ces petites marques posées par le temps sur la peau qui nous font hurler, rire, tourner la tête et souvent tomber par terre, il rêve de l’ingénue innocence d’une existence en conte de fée, il chante l’impatience et le regard languissant de ceux et celles qui, immobiles, essayent de caresser l’incertain trop furtif d’un glissement de doigts…

Il est simplement un murmure pour les jours à venir quand il semble qu’il ne reste plus rien, que les rayons orangés d’un soleil à la fin de trop courtes après-midi, un murmure de sa voix grinçante écorchant les syllabes qui laisse penser qu’il n’y a plus de fin possible, que l’amour des hommes m’est encore accessible. C’est tout ce dont j’ai besoin.

Merci, donc, à Gaëtan d’être…"

Ceci est un texte que j'avais écrit il y a deux ou trois ans, une ode au chanteur de Louise Attaque, Gaëtan Roussel, que j'admirais absolument. La forme volontairement lyrique et l'exagération assumée du terme "amour" sont à imputer au contexte d'alors : j'étais dans une période trouble et solitaire, une jeune fille qui écrivait et se plaisait à le faire, des textes pour un forum d'écriture aujourd'hui disparu, et faisais par ce biais partager mes coups de coeur, de façon un peu moins directe et conventionnelle qu'ici. La beauté des mots était de mise et l'exercice portait à la fiction, cherchant à donner à cet amant supposé une présence semi-réelle, à faire de cette déclaration une devinette, pour ce petit cercle d'écrivains-lecteurs qui se connaissaient tous.
J'entrais à la fac et Louise Attaque était alors dans mon lecteur CD portable, un original de l'album "Comme on a dit", selon moi le meilleur du groupe et le plus subtil, prêté de longue date par ma cousine si bien qu'il m'était de fait acquis. Gaëtan et ses chansons me suivaient quasi journalièrement sur le chemin des cours, dans les calmes rues résidentielles de l'Avenue des Belges jusqu'à celle de Schuman.
Puis les temps ont changé et sans me lasser, j'ai tout simplement délaissé le lecteur CD pour les lecteurs mp3, sans penser pour autant à télécharger ces morceaux chéris tant ils semblaient à portée de main. Puis j'ai oublié, j'ai eu d'autres amours, et j'ai changé, et je me suis imaginée m'être lassée pour de vrai ; Louise Attaque était ce quelque chose de génial définitivement accrochée à une période du passé, quelque chose qui n'aurait plus jamais la même saveur mais dont on se souvient avec une nostalgie agréable.
Ce n'est que la semaine dernière que j'ai pensé à finalement télécharger ces titres, que j'ai réécoutés aujourd'hui. Avec une délectation grandissante et un plaisir inouï : Gaëtan est vraiment le chanteur de ma vie, et "Comme on a dit" est l'un des albums les plus réussis et les plus profonds que j'aie possédés. Voire le plus.
Il y a la voix particulière de Gaëtan, bien sûr, et les tourbillonnements incroyables du violon, la musique entraînante et l'air prenant, mais surtout, il y a cette poésie si magnifique que je m'étonne qu'elle puisse passer inaperçue. Un mélange de beauté et de bon sens, d'espoir et de lassitude, de sincérité et de passion...
Cet homme est bien plus qu'un amour furtif dont on s'amuse à écrire un texte que l'on veut littéraire, c'est un peu comme mon frère, une personne dont je me sens si proche que ça en devient troublant. Ces chansons semblent raconter des milliers de petits bouts de mon existence de fille de presque 22 ans, alors que son auteur est cet homme du Nord qui a à peu près deux fois mon âge... c'est comme si cet album avait été écrit pour moi, c'est une phrase banale que je n'ai jamais prononcée pourtant, et j'en éprouve à nouveau aujourd'hui toute l'intensité.
Si d'autres pensent comme moi, alors Gaëtan Roussel est un artiste génial. Si ce n'est pas le cas, il restera simplement ce frère à moitié inconnu qui ouvre sur le monde les mêmes yeux que moi. Ce serait encore plus magnifique et troublant.


18 mars 2008

Femmes en politique, différence et parité

Je lisais aujourd'hui un article sur la question de la parité et tout le débat que cela a soulevé en France, ainsi que le changement que représentait la candidature de Ségolène Royal aux présidentielles. Etait cité en note cet article :

Eric Fassin, « Le sexisme en campagne », Libération, 13 février 2007 : « avec Ségolène Royal, on voit se refermer le piège de la politique des sexes à l'heure de la parité. C'est ce qui faisait son succès hier encore : n'être pas un homme politique comme les autres pas un homme, donc pas tout à fait politique. Qu'on la célèbre naguère ou qu'on la dénonce depuis peu, c'est la même illusion : cette énarque qui a fait une longue carrière politique n'incarne pas plus ni moins qu'un autre la société civile, et elle n'est ni plus ni moins professionnelle ou compétente qu'un autre. La voici prise dans les mâchoires d'un piège qui encourage les femmes à s'élever en jouant d'une féminité censée les rapprocher des «vraies gens» pour mieux les écarter ensuite du pouvoir. »

Cette petite citation montre assez bien l'un des biais de la féminisation de la politique via la parité : la nécessité d'une vision "féminine", donc différente de la politique, qui apporterait quelque chose de plus, de nouveau, et d'essentiel - mais qui ne serait qu'un plus et ne doit pas perturber l'ordre politique, à savoir que le pouvoir est d'essence masculine.
Cette conception des choses repose bien sur l'idée, aussi archaïque puisse-t-elle sembler lorsqu'énoncée de façon directe, que les femmes ont une "nature" différente des hommes, qu'elles fonctionnent différemment, qu'elles ont des qualités propres que les hommes n'ont pas - et que les hommes ont, en
complémentarité, des qualités qu'elles n'ont pas non plus (on ne reviendra pas sur ces stéréotypes de qualités).
J'ai dit bien des fois combien ce principe me paraissait absurde, relevant très très largement d'un construit social. Néanmoins, je pense que nous nous référons tous à ce système de représentations dans la vie courante, dans notre appréhension du monde qui nous entoure et des autres - à un degré plus ou moins fort.
Justifier la présence et l'action des femmes en politique par une différence qu'elles apporteraient du seul fait d'être femme, c'est cependant renforcer ce stéréotype. Je me dirais partisane de l'indifférenciation : l'omission de la différence sexuée notamment dans les domaines où elle ne s'impose pas d'elle-même, comme la politique.

Force est de constater qu'en fait cette justification à la fois dé-légitime la présence féminine à de hautes fonctions, très symboliques du pouvoir - et peu le sont autant que la Présidence de la République. Il y a eu aussi des arguments bien moins fins et plus aisément réfutables : certains hommes politiques ont ainsi dénoncé l’illégitimité de ses prétentions dans la sphère publique en la renvoyant à sa sphère privée, à la fois en la rappelant à ses devoirs de mère (« qui va garder les enfants ? »), à son physique (« la présidentielle ce n’est pas un concours de beauté ») ; ils ont cependant le mérite d'être plus directs et d'attaquer directement les stéréotypes de la féminité : beauté et maternité.

Voilà maintenant autre chose :
« L’entrée des femmes en politique est une concurrence dont ils n’acceptent pas la légitimité parce qu’on ne colle pas à leur modèle, les femmes ne sont pas des hommes comme les autres. Ce genre de réaction on ne l’a pas entendu pour Martine Aubry. Pourquoi ? Parce qu’elle s’insère dans le style masculin. Ségolène Royal a une sensibilité qui fait qu’elle parle différemment d’un certain nombre de sujet, sensibilité féminine et féministe. »
Cette citation est d'Yvette Roudy, ancienne ministre des Droits de la femme sous Mitterrand, et fervente supportrice de la candidature de Mme Royal.
Elle fait réfléchir à plus d'un point de vue. Elle va à l'encontre de ma sympathie à l'égard de la "différenciation", à savoir qu'il faudrait, hors des stéréotypes, imposer une féminité politique légitime, une féminité du pouvoir ; en fait, concurrencer le système masculin en offrant une alternative féminine. Repenser le pouvoir afin qu'il soit compatible, dans nos schèmes de perception, avec une personnalité masculine ou féminine. Ne pas se fondre dans le modèle masculin sans le remettre en question.
C'est à vrai dire, très intéressant, et sujet à discussion. Est-ce réellement le moyen de faire évoluer vers l'égalité sexuée ce monde d'hommes qu'est la politique ? J'aurais tendance à penser que coller au modèle masculin peut certainement être une stratégie qui n'empêchera pas de le faire évoluer : une fois au pouvoir, on est encore plus à même d'user de son influence qu'en toute autre position. L'article mentionne Margaret Thatcher « qui n’a rien changé dans le rapport au pouvoir » ; effectivement, la "dame de fer" a sur régner comme un homme, ce qui lui a valu le respect de ses pairs et une haine de ses opposants bien plus valorisante, il me semble, que les critiques molles et le mépris dissimulé qui a entouré la campagne de Mme Royal, oeuvrant à sa perte. Mme Thatcher s'est elle collée à un modèle par défaut, ou était-elle ce genre de personne à qui la politique et son exercice "masculin" convenait, malgré le fait qu'elle soit une femme ?

La question de la parité est ainsi très complexe, en tant que mesure de discrimination positive, et au niveau des changements qu'on espère la voir apporter dans la société. Concilier différence et égalité dans un même discours est toujours très délicat, et mérite réflexion. C'eût été intéressant d'en débattre, il est dommage que désormais peu de gens fréquentent encore mon site après ces mois d'absence.


10 mars 2008

Kimya Dawson, kawaiii

Article directement en lien avec le précédent : Kimya est l'une des chanteuses de la BO de Juno, à vrai dire une bonne moitié de celle-ci est composée de ces chansons.
C'est un coup de coeur récent et rapide et pour une fois, je ne m'attends pas vraiment à ce que tout le monde l'encense à ma suite. Son style est assez particulier, qui éveille en moi un agréable sentiment mélancolique... ses mélodies sont agréables mais peuvent paraître peu recherchées, et elles se répètent, lentement et longuement ; certains y verront donc j'imagine des redites et des longueurs insupportables.En dehors du charme apparent : voix atypique, guitare légère, simplicité printanière, les paroles de Kimya sont aussi touchantes (et d'un anglais très accessible) ; chantées sur un ton enfantin, audacieux, d'une voix tout sauf exceptionnelle, elles ont la chaleur des confidences un peu folles que vous feraient des amis au terme d'une longue soirée d'été... Quelque chose de très mignon et de très sincère, relativement hors des convenances dans la forme, mais qui fait écho (comme toutes les bonnes musiques, en fait, et c'est profondément subjectif) à quelque chose à l'intérieur - des souvenirs, des mystères, des sourires, des visages...
Bref, des chansons comme un petit rayon de soleil : ça ne vous met pas en transe, c'est pas le grand moment de votre vie, mais c'est comme le nutella au p'tit déj et la lumière du matin qui passe par la fenêtre, ça fait partie des bonnes choses de l'existence...
Comme dit mon ami Souchon (pour faire une association totalement incongrue),
si tout est moyen, si la vie est un film de rien, ce passage-là était vraiment bien...
Oui, merci Kimya.

Une petite vidéo a-do-ra-ble et une dédicace spéciale à une certaine personne à qui elle était supposée remonter le moral ;) (elle chante avec le groupe "antsy pants", et soyez attentifs, elles parlent français au milieu ! Merci Flo pour cette trouvaille)

(J'essaierai de mettre un ou deux morceaux en share ensuite, mais j'ai changé de disque dur et ne sais plus où j'ai mis le setup du logiciel pour faire ça - sorry !)