27 octobre 2007

Toute petite réflexion sur le questionnaire de Proust


Voici un petit article pour accorder mon blog à l’air du temps. C’est-à-dire, rêveries éparses sur tout et rien, éphémères inspirations poétiques, et désir latent de toutes sortes de choses qui semblent simplement intouchables... et par là, adorables, comme toujours.

Je vais donc dans une nouvelle école et vois de nouveaux gens. Je participe le mardi à un cours d’anglais dont les discussions maladroites, langues étrangères obligent, m’amusent étonnamment bien que la professeur(e?) me soit un brin insupportable. Mais il y a de l’idée dans ses sujets de cours, je dois dire.

La semaine dernière nous avons donc discuté du « questionnaire de Proust ». Mais qu’est-ce ? Tout d’abord, la version complète de ce questionnaire peut être trouvée à cette adresse. Ce questionnaire est un exemple d’amusement des jeunes gens à l’époque de la Belle Epoque ; lors de fêtes d’anniversaire par exemple, on faisait remplir aux invités un questionnaire, que l’on pourrait rapprocher des longues séries de questions à se renvoyer indéfiniment dans les chain-mails d’aujourd’hui. Comme c’était une toute autre période, et certainement un autre milieu social, les questions sont évidemment plus spirituelles, culturelles, voire philosophiques. Ainsi, le questionnaire peut débuter sur « Quelle est votre idée du bonheur parfait ? » au lieu du terriblement intelligent « Quelle heure est-il ? » actuel. Mais passons.
On parle du « questionnaire de Proust » car ce dernier est connu pour y avoir répondu avec une certaine originalité, et un art particulier - quoique ses réponses ne paraissent pas forcément formidables à chaque fois, et que cet intérêt soit probablement lié à la reconnaissance de l’auteur de talent qu’il fut, j’ai pourtant aimé certaines d’entre elles.
Tout particulièrement celles-ci (en VO s’il vous plaît):

The quality you most like in a man?
- Feminine charm
The quality you most like in a woman?
- A man’s virtues, and frankness in friendship


Voilà qui m’enchante curieusement, me touche même. Proust aimait chez les hommes une once de charme féminin ; et chez les femmes des vertus masculines, ainsi que de la « franchise dans la camaraderie ». Ce qui est a priori original et étonnant, l’individu moyen apprécierait certainement l’inverse. La prof de préciser alors que « nous connaissons tous l’orientation sexuelle de l’auteur » - ce qui, même si on ne la connaissait pas (ce qui était mon cas), nous l’a révélé, car on ne spécifie l’orientation sexuelle des gens que lorsqu’elle est déviante...
Ces deux affirmations doivent-elles pour autant être mises en lien avec les mystérieuses lois de l’attirance ? Je ne crois pas. Car on aime plus souvent les hommes et les femmes dans un autre cadre. Et moi, qui suis pour l’instant formellement hétérosexuelle (pas forcément pour mon bien), je n’aurais pas su mieux répondre à ces questions en apparence si vastes.

Est-ce que j’aime les hommes pour leurs « charmes féminins » ? Pas exactement. Mais je recherche inconsciemment en eux des qualités féminines. Et me sens apaisée lorsque je les trouve. Par exemple, j’aime les hommes qui parlent beaucoup, sur quelque ton que ce soit. Querelleur, amical, amusant ou confident, peu m’importe, j’aime qu’ils communiquent et qu’ils soient capables de le faire sur tout, ou du moins d’en donner l’impression. J’aime qu’ils sachent, avec tact et dignité, exprimer leurs émotions. J’aiment qu’ils n’aient pas peur d’avoir l’air faibles parfois, j’irais même jusqu’à dire que j’admire ceux qui sont capables de pleurer devant autrui sans avoir honte. En résumé, qu’ils soient capables de relâchement et qu’ils oublient parfois d’être fiers. Car fiers, ils le seront toujours assez ; cela fait partie des qualités considérées comme masculines ; ils en auront appris bien assez en grandissant en tant qu’hommes. Et j’aime aussi la douceur, la gentillesse de certains ; ceux chez qui ce n’est pas un caractère exceptionnel, mais une partie de leur manière d’être. C’est agréable et ça inspire la confiance. Aussi féminin qu’on veuille que ça soit.
J’ai rarement rencontré de garçons dont j’ai pensé qu’ils ressemblaient trop à des filles. Et ceux qui sont exagérément maniérés ne m’inspirent que de l’indifférence. Comme tous ces gens qui s’attachent trop aux apparences.

A l’inverse, j’aime chez les filles cette force déclarée qui les pousse à ne pas vouloir rentrer dans la case. Car la case des filles est tout de même plus petite que celle des garçons, il me semble. J’admire les filles qui n’ont pas peur d’aller au-delà des limites de genre pour s’épanouir en tant qu’être humain et se réaliser à quelque niveau que ce soit. J’aime les filles ambitieuses et naturelles, voyantes et un peu rebelles, qui parlent trop fort, qui n’ont pas peur de l’adversité, et qui savent retenir leurs larmes quand c’est nécessaire. Bref, le contraire de ce que j’aime chez les garçons à peu près... parce que ce n’est pas ce qu’on leur aura appris, à elles.

Je n’aime pas les schémas de genre et ni les autres et j’ai l’esprit critique, pour cela comme pour le reste, je ne peux pas m’empêcher de tout remettre en question. Je suis curieuse. J’ai envie de voir le maximum de choses, de vivre le maximum de choses et mon corps à cela est déjà une assez grande limite. Pas la peine d’en créer d’autres ou de laisser les autres en créer pour moi là où elles ne servent à rien.
J’aime me trouver des points communs avec les gens, garçons ou filles, hommes ou femmes. Y a-t-il vraiment quelque chose de si illogique là-dedans ?

Pourtant, je vois bien que la majorité des gens se sentent bien dans les cases. Elles semblent largement assez grandes pour eux. Du coup, je me sens parfois orgueilleuse de penser ainsi. Ou à côté de la plaque. Les garçons aiment les filles « bien féminines », et les filles fantasment sur des hommes « bien virils ». Qu’ils désireront. Qui les protègeront. Clic - comme une pièce de puzzle bien enclenchée. Je ne pourrais jamais m’associer à quelqu’un comme ça. J’y perdrais mon estime... puis, ça ne m’intéresserait pas. J’ai besoin d’aller au plus profond des gens, pour trouver quelque chose à quoi m’accrocher. Connaître leurs opinions sur un millier de petites choses, qui les rendront réellement uniques. Mélanger mon monde au leur comme une flaque de peinture bleue se noierait avec une flaque de peinture jaune, donnant une nouvelle sorte de vert. Effaçant le maximum de barrières qui sont autant de possibilités de séparation. S’ouvrir... autant qu’on le peut. Ca ressemblerait à ça, un couple pour moi. En dehors de ça, je ne vois pas grand chose. Ce serait faire les choses à moitié. Alors qu’on parle de faire sa vie, à deux. Je ne pourrais pas mal le faire. Je suis vraiment trop utopiste ?