03 septembre 2006

Pourquoi j'aime le beau Raphaël

Ses yeux pâles comme toujours à demi clos, ses cheveux un peu longs, son sourire innocent et son air faussement négligé feraient de ce jeune homme aux traits angéliques une icône presque parfaite, une image sans accroc destinée aux assauts de la plus large consommation. Et pour cause, toutes les filles en semblent hystériquement amoureuses quand les garçons ont définitivement décidé de bouder en bloc le musicien et sa musique sans plus faire de détail ; il suffit pour en arriver à ce constat de regarder les foules mouvantes qui se pressent aux pieds des scènes de ses concerts.

Aimerais-je Raphaël pour cette simple raison, son romantisme affiché et son visage charmeur ? Je suis peut-être une fille mais j’ai tout de même passé l’âge d’aimer la musique et ses multiples facettes pour la seule joliesse de ses interprètes.

Il y a donc autre chose et pour cela, il a fallu creuser un peu, derrière les écrans fades des images médiatiques, dans les recoins des albums dont on n’a jamais entendu parler...
A travers la façade d’un charisme assumé, on trouve l’artiste, pour peu qu’on le veuille bien.

Parce que son air pas réveillé, sa voix éraillée et irrégulière, ses phrases décousues aux accents pourtant si sincères rappellent ces garçons furtifs qui, au milieu d’une nuit égarée, offrent sans y penser des promesses infinies, la tête sur votre épaule, tout simplement par fatigue, par lassitude ou par la magie de l’alcool... parce qu’il a su faire partie, timidement et comme en cachette, de ces poètes contemporains qui ont su trouver les trois ou quatre mots en rimes qui viennent se coller, l’air de rien, aux souvenirs de chacun et à la mélancolie de quelques instants regrettés. Parce que néanmoins il porte dans sa voix de la douleur, la sienne mais aussi celle de beaucoup d’autres, et puis enroulée comme un fil aux paroles qui voudraient s’échapper les unes des autres, comme une envie fragile mais tenace, de se battre contre de petites choses qui soulèvent le coeur à force de trop les voir chaque jour, dans leur horreur impassible, leur froideur quotidienne. Parce qu’on sent qu’il aime trop et pas très bien, que ses rêveries pourtant pures semblent déçues par une vie décalée, parce que parfois il semble vouloir dire qu’il faut en rire et ne jamais regarder en arrière qu’avec un sourire, pour ceux à qui l’on s’est attaché ; parce qu’il exprime sans tournures philosophiques cet optimisme pourtant complexe, et paradoxal, qui consiste à reconnaître le tragique irrémédiable de l’existence pour mieux en accepter les joies seulement éphémères, virevoltantes, qui viennent de temps à autre se nicher entre vos mains, sans trop prévenir, ni qu’elles arrivent ni qu’elles s’en vont.

Parce que son regard qui regarde toujours plus loin, et ses doigts caressant nonchalamment les cordes de sa guitare, naviguent en solitaire sur des eaux troubles qui finissent toujours quelque part par croiser nos chemins.

Raphaël est peut-être un peu trop mignon, mais je pense qu’on peut aisément lui pardonner cet excès, l’essentiel étant qu’il a beaucoup plus à donner...